Série Grèce Antique

Partie I : Géopolitique du monde antique

Alexandre le Grand

Biographie, Conquêtes et Héritage

Le Grognard

I. Le Contexte Grec

L'effondrement des cités-États (367-359 av. J.-C.)

Alexandre était le fils de Philippe II de Macédoine et d’Olympias. Pour comprendre son ascension fulgurante, il est essentiel de se plonger dans la vie de son père, mais aussi de saisir la profonde mutation géopolitique de la Grèce à ce moment-là. Comme nous l'avons vu dans la biographie de Lysandre, l'or et l'impérialisme nés de la victoire spartiate ont fini par gangréner la cité de Sparte, qui s'est effondrée à la bataille de Leuctre. Thèbes a alors brièvement repris les rênes, sans parvenir à stabiliser la région. En s'entre-déchirant ainsi, les grandes cités grecques se sont mutuellement épuisées, laissant un vide géopolitique majeur que s'empressa de saisir Philippe II de Macédoine pour imposer son hégémonie. Isaac Asimov, dans son ouvrage Les Grecs, nous en parle : 

« Le décès des hommes assoiffés de pouvoir ne sauva pas les cités-États grecques. Sitôt un danger disparu, un autre apparaissait. Le vrai problème, c'est que la cité-État avait fait son temps. La question n'était pas de savoir si la Grèce allait tomber sous la domination d'un royaume d'un nouveau type, cela ne faisait aucun doute. La seule question était : lequel ?

En 365 av. J.-C., personne ne voyait dans la Macédoine un danger. Elle avait été dominée récemment par la Thessalie, sous Jason de Phères, et plus récemment encore avait été plongée dans les troubles de l'assassinat de son roi, Alexandre II. Le jeune roi Perdiccas III, fils d'Alexandre, était entre les mains de l'assassin, qui gouvernait à titre de régent.

La Macédoine était en outre entourée de tribus à moitié non civilisées qui représentaient un danger constant. Et comme il lui fallait faire face à ces tribus, elle n'avait guère le temps ou l'occasion d'agir fortement en Grèce. Ainsi, loin d'être dangereuse pour celle-ci, elle servait de région tampon entre la civilisation grecque et le Nord barbare.

En 365, cependant, les choses commencèrent à changer. Le jeune roi, ayant prudemment attendu son heure, fit assassiner le régent à son tour et exerça seul le pouvoir en Macédoine. Et l'année suivante, son jeune frère, Philippe, rentra.

Philippe prend la régence (367-359 av. J.-C.)

Philippe avait été emmené en otage à Thèbes en 367. Durant ces trois années, il apprit à connaître Épaminondas. Jeune homme extrêmement brillant, Philippe observa la phalange thébaine et la façon dont Épaminondas faisait manœuvrer ses armées. Surtout, il n'oublia rien de ce qu'il apprit.

On allait avoir grandement besoin de son savoir et de ses capacités, car la Macédoine avait des ennuis. Ses désordres internes étaient une invitation permanente pour les tribus environnantes. En 359, Perdiccas fut tué dans une escarmouche à la frontière. Le royaume se trouva dans la position d'être menacé d'une invasion de toutes parts, et il n'y avait plus sur le trône qu'un enfant, le fils de Perdiccas, Amyntas III.

Il fallait à l'évidence que quelqu'un agît pour le compte du jeune roi, et son oncle Philippe (qui n'avait encore que vingt et un ans) prit la régence. Il s'était déjà assuré de l'amitié de l'Épire voisine, à l'ouest (qui n'avait naguère été sous le contrôle de Denys Ier de Syracuse, mais était désormais gouvernée par des princes indigènes), en épousant Olympias, la nièce du roi de l'Épire, en 359.

Avec une énergie incroyable, Philippe se mit à frapper dans toutes les directions et, en 358, il avait mis fin aux assauts aux frontières. Il se précipita d'abord sur les Péoniens (au nord), puis sur les Illyriens (au nord-est), et les chassa de Macédoine. (Dans une campagne ultérieure, il les écraserait encore une fois, mettant fin, de son vivant, au danger qu'ils représentaient.)

Cela étant fait, et l'Épire étant sûre, Philippe contrôlait maintenant toute la région septentrionale de la Grèce, de la Thrace, à l'est, à l'Adriatique, à l'ouest.

Désormais en mesure d'affronter les Égéens, il conquit rapidement des territoires précieux dans le sud-est de la Chalcidique. La cité la plus puissante de la péninsule était Olynthe. Elle forma une ligue des cités chalcidiques et se mit sur le chemin des ambitions de Philippe.

Consolidation et réformes de l'armée (358-356 av. J.-C.)

Philippe consolide son pouvoir et réforme l'armée (358-356 av. J.-C.)

ni les Athéniens ni les Olynthiens ne regardèrent au début Philippe avec inquiétude. Les Macédoniens n'avaient jamais été par le passé que de simples nuisances, et aucun parti ne voyait d'inconvénient à se servir de Philippe contre l'autre.

Philippe trouva extrêmement facile de tirer parti de la gourmandise de chacun des deux camps pour les tromper tous les deux. Il calma les Athéniens en leur promettant de leur livrer le territoire d'Olynthe quand il l'aurait conquis, et calma les Olynthiens en leur promettant de leur livrer Potidée, rivale voisine de longue date. Puis il garda pour lui, bien sûr, tout ce dont il put s'emparer, et fit face aux cris de fraude et de trahison avec le plus grand flegme. Il s'empara, en particulier, de la cité d'Amphipolis, en 358.

Quelques mois plus tard, il élargissait et renforçait une ville située à une centaine de kilomètres au nord-ouest d'Amphipolis et la rebaptisait, par modestie, Philippes. Ses environs abritaient de précieuses mines d'or, qui rapportèrent à Philippe de belles sommes d'argent, avec lesquelles il put acheter des alliés chez les Grecs.

Dans ces premières années, Philippe avait aussi entrepris de réorganiser ses troupes. Il disposait déjà d'une cavalerie, l'élément traditionnel de l'armée macédonienne ; il avait désormais besoin de fantassins bien formés. Il adopta l'idée d'Iphicrate et constitua des contingents de peltastes et de frondeurs, légèrement armés.

Plus important encore, il adopta la phalange thébaine et lui apporta même des améliorations cruciales. Il voulut que la phalange ne fût pas qu'une simple bûche de bois ne pouvant se déplacer que dans la direction dans laquelle elle était pointée. Il en réduisit la densité et en diminua le nombre de rangées, lui donnant ainsi plus de place pour manœuvrer. Les hommes à l'arrière posaient généralement leurs longues lances sur les épaules de ceux placés devant eux, si bien que la phalange thébaine ressemblait à un porc-épic. En se retournant et en inversant le sens, le porc-épic pouvait faire face à l'ennemi de tous flancs.

En 356, Olympias donna naissance à un fils, qui fut nommé Alexandre, et dont nous reparlerons  plus loin. On raconte qu'il vint au monde le jour même où l'Artémision était incendié à Éphèse par Hérostiate, mais c'est probablement une invention. Philippe avait désormais prouvé sa capacité, la grande satisfaction de la nation. Il avait de grandes ambitions, qu'il ne voulait pas voir entraver par le jeune Amyntas, qui allait devenir majeur, d'autant plus que Philippe avait maintenant un héritier. Il fit donc déposer Amyntas en 356 et prit pour lui le trône de Macédoine, sous le nom de Philippe II.

Les orateurs d'Athènes (Démosthène & Isocrate)

Les orateurs d'Athènes

Dans le siècle qui suivit la Guerre du Péloponnèse, un nouveau groupe d'hommes importants se forma à Athènes : les « orateurs ». Ils étendirent leur influence sur toute la Grèce par la force de leurs idées, qu'ils présentaient de façon logique et persuasive dans leurs oraisons (Cela témoigne qu'Athènes passait des actes aux paroles, de l'action au discours.)

Un des plus célèbres, Isocrate, était né en 436 av. J.-C. Il n'avait pas une voix faite pour prononcer des discours, mais il en écrivit quantité et fut un maître capable. Presque tous les orateurs de la période furent de ses élèves.

Isocrate était un Grec (peut-être même le seul) qui avait retenu la leçon de l'histoire récente, à savoir que la cité-État avait fait son temps. Dès 380, il commença à prêcher à l'envi le même sujet : les Grecs devaient cesser de se battre entre eux. Ils devaient s'unir dans une ligue panhellénique. S'il leur fallait absolument un ennemi commun pour cela, il y avait toujours la bonne vieille Perse. Isocrate cherchait un chef fort qui pourrait conduire les forces grecques unies et fixa un moment son regard sur Denys Ier de Syracuse.

Mais Isocrate ne trouva, toute sa vie (et il mourut presque centenaire), personne pour l'écouter. La Grèce avait décidé de se suicider, et suicide il y aurait.

C'est alors que le plus grand orateur athénien, Démosthène, qui était aussi le grand opposant de Philippe de Macédoine, arriva. (Il ne faut pas le confondre avec le général athénien du même nom, qui, pendant la guerre du Péloponnèse, prit Pylos et mourut à Syracuse.)

Démosthène l'orateur était né en 384, quand Athènes se remettait tout juste de la guerre du Péloponnèse. Il eut une enfance difficile, car son père mourut quand il était petit et des proches subtilisèrent la fortune de sa famille. Démosthène fut forcé de s'élever par ses propres efforts, et beaucoup d'histoires ont été racontées sur les moyens inhumains qu'il employa pour s'élever à la grandeur. Il se serait ainsi rasé un côté de la tête pour s'obliger à rester seul, confiné dans l'étude. Il copia tout Thucydide par huit fois pour avoir un bon style. Il s'exerça à parler en mettant des cailloux dans sa bouche pour s'obliger à bien articuler. Il s'exerça aussi à crier sur la grève, face au bruit des vagues, pour apprendre à parler fort. Cela paya : il devint un grand orateur, un des plus grands de tous les temps.

La Troisième Guerre Sacrée et la Chute d'Olynthe

Le rêve de Démosthène était qu'Athènes servît de bouclier à toute la Grèce, qu'elle pût venir à tout moment au secours de toute cité grecque menacée par les Barbares. Pour Démosthène, Philippe était un Barbare, et il observa avec crainte la Macédoine prendre le contrôle, morceau par morceau, de la rive nord de la mer Égée.

La Troisième Guerre Sacrée et la Chute d'Olynthe

En 355, la situation en Grèce elle-même commençait à jouer en faveur de Philippe. Cette année-là, dans une autre de ses multiples tentatives pour contrôler la cité sacrée qui avait jadis fait partie de son territoire, la Phocide prit Delphes. Ainsi commença la « troisième guerre sacrée ».

Les Thébains marchèrent contre la Phocide et défirent les Phocidiens en 354, pour des raisons déçues cependant. Une fois les Thébains partis, la Phocide, sous un chef pas l'opposition de l'orateur à la Macédoine. Ils ne voyaient pas dans Philippe un Barbare dangereux, mais un Grec des frontières qui serait peut-être assez puissant pour unir les cités-États et les conduire dans une guerre panhellénique contre la Perse. Isocrate était l'un d'entre eux. Et il y avait aussi Eschine, un orateur à peine inférieur à Démosthène, et qui prônait la paix.

Philippe, faisant peu de cas des paroles de Démosthène, marchait maintenant sur ce qu'il restait de la Chalcidique, Olynthe elle-même. Celle-ci, prise de panique, sollicita l'aide des Athéniens, et Démosthène fit trois autres discours pour que cette aide lui fût apportée. Tout ce que put faire Athènes fut d'envoyer son général, Charès, à la tête de quelques mercenaires. C'était totalement insuffisant. Philippe balaya Charès et prit Olynthe, en 348.

Athènes ne pouvait plus que demander la paix. Dix ambassadeurs furent envoyés à Philippe pour en négocier les termes, parmi lesquels Eschine et Démosthène. Philippe trouva des prétextes pour retarder les choses et en profita pour étendre son contrôle sur la Thrace. Il signa enfin une paix qui assurait la Chersonèse de Thrace à Athènes et par laquelle celle-ci se soumettait (au bout de huit ans) à l'inéluctable et renonçait à tout droit sur Amphipolis.

Une fois la paix signée, Philippe emprunta calmement le défilé des Thermopyles pour aller punir les Phocidiens, qui contrôlaient Delphes depuis dix ans. Allié avec Thèbes, il enleva Delphes à la Phocide. En 346, c'est Philippe lui-même (qui n'était pas même grec, du moins aux yeux d'un Démosthène) qui présida aux Jeux pythiques, que Clisthène de Sicyone avait créés deux siècles auparavant à l'occasion de la première guerre sacrée.

La Bataille de Chéronée (338 av. J.-C.)

La Bataille de Chéronée (338 av. J.-C.)

Rien ne put détourner Démosthène de son inimitié contre Philippe, et il banda tous ses efforts pour organiser une nouvelle ligue panhellénique. Il dénonça le danger que représentait Philippe dans une série d'oraisons appelées les Philippiques et, en 341, dans sa Troisième Philippique, il s'écria : « Philippe est devenu le plus grand ennemi de ce pays, parce que son ambition de nous conquérir ne connaît pas de limites. »

Le danger devint pressant quand Philippe envahit la Thrace, où les Athéniens avaient encore des intérêts. À la suite de la Quatrième Philippique de Démosthène, Athènes s'efforça de se procurer des alliés. Elle s'allia à Byzance et à Rhodes, que Philippe avait récemment menacées. Grâce au génie oratoire de Démosthène, elle réussit même à obtenir l'amitié de Thèbes, traditionnellement l'ennemie d'Athènes. Ensemble, elles organisèrent l'armée de la ligue.

Philippe poursuivait son chemin et occupait ce qu'il restait de la Thrace. En 341, il fondait Philippopolis, la « cité de Philippe », à cent soixante kilomètres au nord de la mer Égée (c'est aujourd'hui Plovdiv, en Bulgarie), depuis l'invasion de la Thrace par Darius, un siècle et demi plus tôt. Cette année-là, Démosthène donna sa Troisième Philippique et persuada les cités grecques de la Préponide, dont Byzance, de se lever contre Philippe. Il put alors se soutenir effectivement Byzance, ce qui signifiait la reprise de la guerre entre Athènes et la Macédoine. Philippe connut alors son plus grand échec, car, après un long siège, il fut forcé d'abandonner sa tentative de prendre Byzance. Son prestige en fut terni, et celui de Démosthène éclata.

Cependant, la cité d'Amphissa, en Phocide, cultivait certains champs qui avaient appartenu à Crissa, deux siècles auparavant, et sur lesquels pesait une malédiction depuis la première guerre sacrée. Les prêtres qui contrôlaient Delphes décidèrent d'en prendre offense et la « quatrième guerre sacrée » commença. Une fois encore, Philippe fut appelé à intervenir, et son armée apparut bientôt sur les rivages du golfe de Corinthe.

Démosthène remporta alors une grande victoire diplomatique. Il persuada Thèbes de s'allier avec Athènes contre Philippe. S'ils avaient très peu fait depuis la mort d'Épaminondas, un quart de siècle plus tôt, les Thébains se dressaient encore du souvenir des batailles de Leuctres et de Mantinée, et se considéraient une grande puissance militaire. Démosthène y croyait aussi et se sentait à l'abri à l'ombre de l'armée thébaine. C'est donc en alliées qu'Athènes et Thèbes affronteront la puissance macédonienne à Chéronée, dans l'ouest de la Béotie.

En 338, la rencontre inévitable eut lieu à Chéronée, au nord-ouest de Thèbes, le long de la principale route du Sud. Les Grecs étaient moins nombreux que les Macédoniens, mais les Athéniens, qui occupaient l'aile gauche, combattirent avec une vaillance renouvelée, due à leur chef, Démosthène lui-même, qui avait mis une armure pour cette occasion unique. Mais Philippe commandait à l'aile droite. Au centre se tenait la redoutable phalange macédonienne, dont le bras droit était commandé par le fils de Philippe, le jeune Alexandre (âgé de dix-huit ans), qui faisait là sa première expérience du combat.

Philippe mit en déroute l'aile gauche athénienne et, rompant les rangs des soldats terrifiés, les poursuivit de si loin que le reste de la ligne athénienne fut isolé du reste de la force grecque. Pendant ce temps, Alexandre mettait en déroute la droite thébaine. Les Grecs furent écrasés. La ligue panhellénique était détruite.

Le bataillon thébain, qui n'avait jamais été vaincu au combat depuis sa création par Épaminondas, vingt-cinq ans plus tôt, se retrouva devant la phalange macédonienne. Ce fut, pour celle-ci, le premier véritable test.

Le résultat fut désastreux pour les Grecs. Les Athéniens rompirent et détalèrent. Et parmi eux Démosthène, qui n'était pas encore prêt à mourir pour ses idées. (Au reproche d'avoir pris la fuite, qu'on lui fit après la bataille, il répondit par des paroles qui restèrent célèbres. Elles disaient en gros : « Qui s'enfuit reste en vie pour combattre un autre jour. »)

Les Thébains à Chéronée se battirent plus qu'honorablement. Le Bataillon sacré rompit et saigna contre la phalange macédonienne, mais ne prit pas la fuite. Ses soldats moururent jusqu'au dernier, comme les Spartiates aux Thermopyles, le visage tourné vers l'ennemi. Thèbes était défaite, mais pas déshonorée.

Ce fut la fin de l'hégémonie thébaine et le début d'une hégémonie macédonienne qui allait durer un siècle.

On raconte que le vieil Isocrate mourut le cœur brisé en apprenant la nouvelle de Chéronée, mais la chose est douteuse. Il avait toujours été pour Philippe, reconnaissant en lui l'homme du moment, et le pressant de mener une Grèce unie contre la Perse (c'est précisément ce que Philippe se préparait à faire). Il est plus probable qu'Isocrate soit mort de son grand âge. Il n'avait pas moins de quatre-vingt-dix-huit ans au moment de Chéronée.

CHÉRONÉE : LA MANŒUVRE DE RUPTURE
⚔️ Inf. : ~32.000
🐎 Cav. : ~2.000
Aile Gauche
ALEXANDRE
La Charge DécisiveAlexandre conduit les Compagnons dans la brèche ouverte, perçant la ligne grecque.
Peltastes
🏹
Légers
CriblageCouvrent le flanc gauche d'Alexandre et harcèlent l'ennemi.
Phalange
⚔️
Macédonienne
Pression du CentreMaintient une pression mortelle sur le centre grec.
Phalange
⚔️
Hypaspistes
Garde d'ÉliteAssurent la cohésion de la ligne macédonienne.
Aile Droite
PHILIPPE II
Fausse RetraitePhilippe recule volontairement, attirant les Athéniens dans un piège.
Aile Gauche
⚔️
Bat. Sacré
L'AnéantissementL'élite thébaine est encerclée par la cavalerie et massacrée sur place.
Hoplites
⚔️
Thébains
DislocationLe centre cède sous la poussée des sarisses macédoniennes.
Hoplites
⚔️
Alliés
PaniqueLes contingents alliés fuient face au désastre.
Peltastes
🏹
Mercenaires
DérouteLes lignes brisées, les mercenaires abandonnent le terrain.
Aile Droite
⚔️
Athéniens
Poursuite FataleIls avancent aveuglément, brisant la ligne grecque et s'exposant.
⚔️ Inf. : ~35.000
⚔️ Bataillon Sacré : 300
LA RUSE MACÉDONIENNE : Philippe (à droite) simule une retraite. Les Athéniens le poursuivent, déchirant la ligne grecque en deux et permettant à Alexandre (à gauche) de charger dans la faille.
L'EFFONDREMENT : Alexandre pulvérise le flanc du Bataillon Sacré (rouge vif) qui meurt sur place. Le reste de l'armée grecque, pris de panique, s'effondre et fuit le champ de bataille.

Le Sacrifice du Bataillon Sacré & Le Lion de Pierre

338 AV. J.-C. — LE LION DE CHÉRONÉE

MONUMENTUM

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Allégorie Andréia (Courage)
Dimension 12.5 Mètres
Sculpture Marbre de Béotie
Localisation Béotie, Grèce

"Le gardien de marbre d'une liberté hellénique perdue mais d'un honneur à jamais préservé."

Le Sacrifice du Bataillon Sacré

ISur l'aile droite de l'armée coalisée grecque se dressait l'élite absolue de Thèbes : le Bataillon Sacré. Composé de cent cinquante couples d'infanterie lourde soudés par un serment d'invincibilité, ce corps d'élite représentait l'armature morale de la résistance face à la Macédoine. À Chéronée, devant la poussée de la phalange, ces trois cents guerriers choisirent de mourir sur place plutôt que de rompre les rangs, subissant l'assaut foudroyant de la cavalerie des Compagnons menée par le prince Alexandre, alors âgé de dix-huit ans.

La Symbolique du Fauve de Pierre

IIPour perpétuer le souvenir de cette résistance désespérée, un immense lion de marbre fut érigé sur le Polyandrion, la sépulture collective des héros. Incarnant la force d'âme supérieure et la fierté souveraine, ce fauve assis mais redressé fixe éternellement l'horizon, protégeant le sommeil des deux cent cinquante-quatre guerriers retrouvés alignés lors des fouilles modernes. La tradition rapporte que le roi Philippe II de Macédoine lui-même ordonna l'érection du monument, frappé de respect devant la vaillance thébaine.

« Maudits soient ceux qui soupçonnent ces hommes d’avoir fait ou subi quoi que ce soit de honteux. »

— Plutarque, Vie de Pélopidas (évoquant Philippe II devant les corps du Bataillon Sacré)

Philippe occupa Thèbes et la traita durement, mais ne toucha pas à Athènes et se gagna sa soumission par sa bienveillance. Peut-être était-ce là le résultat de son admiration pour le passé de la cité, ou pour sa flotte, qui était encore intacte et qui pouvait causer beaucoup de problèmes même s'il occupait l'Attique.

Il ne restait que le Péloponnèse, et Philippe s'y engagea. Il ne rencontra aucune résistance, sinon de Sparte. Elle seule, fière du souvenir de son passé glorieux, refusa de se soumettre. On raconte que Philippe lui envoya un message disant : « Si j'entre en Laconie, je raserai Sparte. » Les éphores spartiates ne lui auraient répondu que d'un mot : « Si ! » C'est l'exemple de la laconisme le plus fameux de l'histoire.

Peut-être Philippe conçut-il une admiration étonnée pour la fierté de la cité désormais impuissante. Ou se rappela-t-il les Thermopyles et se dit-il que Sparte ne pouvait lui faire aucun mal, après tout. Quoi qu'il en fût, il quitta le Péloponnèse sans essayer d'exercer sa force contre Sparte.

La Ligue de Corinthe et l'expédition en Asie

La Ligue de Corinthe et l'expédition en Asie

Contrôlant désormais toute la Grèce (à l'exception de l'isolée Sparte), Philippe décida de réunir un conseil de toutes les cités grecques. Elles se rencontrèrent à Corinthe, en 337, comme elles l'avaient fait un siècle et demi plus tôt pour affronter l'ennemi perse. Cette fois, cependant, la table était renversée. Elles votèrent la guerre contre la Perse et élurent Philippe général en chef. Une avant-garde macédonienne serait envoyée en Asie Mineure pour préparer la voie d'une attaque générale.

C'est alors que survinrent chez lui des désordres. Philippe avait défait Démosthène et régnait sur la Grèce, mais il y avait dans sa famille quelqu'un de plus fort que lui : son épouse épirote, Olympias.

Cela faisait longtemps que Philippe était las d'Olympias, femme violente et difficile. En 337, il décida d'en divorcer et d'épouser la jeune nièce d'un de ses généraux. Olympias partit pour le royaume de son frère, l'Épire. Elle était furieuse et décidée à se venger par tous les moyens.

Philippe n'en procéda pas moins au mariage et eut un enfant de sa jeune épouse. La possibilité qu'il déshéritât son fils Alexandre en faveur de celui-ci s'en trouvait augmentée, tout comme la possibilité que cela déclenchât un conflit qui bouleverserait ses plans. »

carte geopolitique de la Grece en - 336 au moment du couronnement d'alexandre 

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Clés de lecture géopolitique

Bassin Égée — 336 av. J.-C.
Puissances Hégémoniques
Royaume de Macédoine Centre de l'hégémonie militaire.
Empire Achéménide Contrôle des côtes d'Asie Mineure.
Ligue de Corinthe Cités grecques sous tutelle de Pella.
Alliés & Dépendances
Thessalie Fournit la cavalerie d'élite.
Thrace Région pacifiée, source d'infanterie.
Royaume des Molosses Alliés d'Épire (Lignée d'Olympias).
États Neutres / Insoumis Sparte et factions dissidentes.
Marqueurs Stratégiques
Garnison Macédonienne Place forte verrouillant la Grèce.
Cité Majeure Nœud urbain et politique régional.
Bataille Historique Choc décisif (Chéronée...).

II. L'Empire Perse : Le Colosse aux Pieds d'Argile

L'antithèse absolue du monde grec (Structure de l'Empire)

Pour comprendre la nature profonde de l’Empire achéménide, l’historien Johann Gustav Droysen pose en préambule un contraste philosophique et politique absolu avec l'univers grec. La construction même de la puissance perse est, selon ses mots, « tout à fait l'opposé de ce que nous avons vu se produire dans le monde hellénique ».

Droysen analyse cette fracture structurelle avec précision : « Dans ce dernier [le monde hellénique], nous trouvons un seul peuple divisé en mille petits cercles complètement autonomes, se créant des caractères différentiels par l'isolement de sa vie et l'inépuisable fécondité de son génie mobile et original. En Perse, au contraire, nous voyons quantité de nations dont la plupart n'ont plus d'existence particulière et n'en sont même plus capables, et qui sont réunies par la force des armes et maintenues dans cet assemblage par la domination rigide et orgueilleuse du peuple perse ayant à sa tête le Grand Roi, « l'homme semblable aux dieux » ».

Cette immense théocratie militaire déploie son ombre sur un espace géographique sans précédent, s'étendant depuis la mer Hellénique jusqu'aux cimes de l'Himalaya, et depuis les immensités arides du désert d'Afrique jusqu'aux steppes de la mer d'Aral. Pour gouverner une telle mosaïque de peuples, le pouvoir central applique un pragmatisme impérial strict : la monarchie laisse aux nations soumises leur individualité propre ainsi que leurs coutumes traditionnelles, protège leurs droits fondamentaux, affiche une tolérance totale pour toutes les religions et favorise activement le commerce. Le Grand Roi va jusqu'à tolérer le maintien des dynasties princières indigènes à la tête de leurs territoires, mais à une condition inflexible : « pourvu qu'elles se soumettent et paient tribut ».

L'administration des Satrapies et la Poste Royale

L'unité et la sécurité de ce royaume continental exigent que toute l'autorité administrative et militaire soit verrouillée par la puissance fondatrice de l'empire. Ce monopole est l'apanage exclusif de la nation dominante, celle des « Perses et Mèdes ». C’est à Suse et Persépolis que convergent les forces vitales qui maintiennent le colosse debout :

  • La militarisation de la noblesse : L'union impériale s'enracine dans une similitude de religion et dans la vie rude et austère des champs et des forêts que partage la noblesse perse. Dès sa jeunesse, cette aristocratie est arrachée à ses provinces pour être éduquée directement à la cour, sous les yeux du Grand Roi, intégrant le service des armes. Il en résulte une hiérarchie rigoureuse de rang et d'emploi qui lie chaque noble, « depuis le plus humble jusqu'aux « commensaux » et aux « parents » du Grand Roi ».

  • La Garde Royale permanente : Le cœur du pouvoir est protégé par une force militaire d'élite massée autour du souverain, composée des fameux dix mille Immortels, de deux mille soldats armés de lances et de deux mille cavaliers d'élite.

  • L'hyper-centralisation des richesses : Une multitude de nobles venus de tous les points de cet empire immense se réunissent continuellement dans la capitale, entassant de manière ininterrompue dans le Trésor royal les tributs obligatoires et les présents fastueux recueillis dans les provinces.

  • La logistique et la Poste Royale : Pour assurer l'intervention immédiate du pouvoir central, Darius Ier fait tracer un réseau de grandes routes stratégiques à travers le royaume, flanqué de fortifications pour protéger les défilés et les frontières. Des stations de poste parsèment ces axes, où des estafettes se tiennent prêtes jour et nuit. Grâce à cette organisation révolutionnaire, les courriers du Grand Roi portent des dépêches de Suse à Sardes — une distance de 350 milles — en moins de dix jours, maintenant les forces armées provinciales sous alerte constante.

Pour rationaliser la gestion de ses domaines, Darius Ier découpe l'Empire en vingt satrapies. Rompant avec l'histoire, ce découpage ignore délibérément les frontières nationales ou historiques antérieures : ce sont des territoires purement géographiques, délimités par des frontières naturelles.

À la tête de ces immenses circonscriptions, les satrapes sont de véritables « rois soumis seulement au Grand Roi ». Leurs obligations envers la couronne sont claires : maintenir les indigènes dans l'obéissance, percevoir le tribut, et fournir le contingent requis lors des levées militaires générales. En contrepartie, les populations locales doivent financer et entretenir entièrement le satrape, sa cour fastueuse et les troupes d'occupation qui tiennent les forteresses frontalières.

Le satrape jouit d'une indépendance presque royale : pour protéger son domaine, l'agrandir ou accroître ses revenus, il dispose du droit de faire la guerre et de conclure la paix, avec ou au besoin sans l'ordre de la cour centrale. Il peut subdéléguer des districts entiers de sa province à des indigènes ou à ses favoris à gages, qui gouvernent et perçoivent l'impôt à leur tour. Pour contrôler ces vice-rois, le pouvoir central s'appuie sur une surveillance continue exercée par des rois ou sous-satrapes locaux, renforcée par des envoyés royaux circulant constamment dans les provinces.

Cependant, cette structure décentralisée porte en elle les germes de sa propre ruine. Si les provinces intérieures, soumises volontairement à une discipline sévère, s'accommodent de leur asservissement, les satrapies maritimes périphériques cherchent constamment à s'émanciper. Profitant de l'influence corruptrice de la cour et des intrigues du harem, les satrapes des frontières deviennent de plus en plus hardis à rechercher leur propre intérêt, tentant de transformer leur domaine en un pouvoir indépendant et héréditaire. L'Égypte parvient même provisoirement à secouer le joug en rétablissant l'ancienne dynastie des Pharaons. Néanmoins, la fidélité de la noblesse et la solidité originelle de l'institution achéménide restent assez vivaces pour, selon la formule de Droysen, « cicatriser les blessures que cette organisation recevait çà et là ».

La fracture dynastique : Artaxerxès II contre Cyrus le Jeune

La crise la plus dramatique éclate à la mort de Darius II (424-404 av. J.-C.). Une guerre fratricide pour la tiare éclate entre le fils aîné, Artaxerxès II, et son cadet, Cyrus le Jeune. L'ambitieux Cyrus conteste la légitimité de son frère en invoquant une règle de succession s'appuyant sur l'exemple de Xerxès : Artaxerxès est né avant l'accession de leur père au trône, tandis que lui, Cyrus, est né alors que son père était déjà roi.

Soutenu en sous-main par sa mère Parysatis, dont il est le fils bien-aimé, Cyrus a été investi par son père de la charge de Karanos en Asie Mineure, obtenant la souveraineté sur les satrapies majeures de Cappadoce, de Phrygie et de Lydie. Tandis que ses rivaux maritimes, Tissapherne et Pharnabaze, se conduisaient en rivaux instables durant la guerre entre Athènes et Sparte, favorisant alternativement l'un ou l'autre camp, Cyrus adopte une politique conforme aux intérêts à long terme de son empire en se déclarant promptement et résolument pour Sparte.

Droysen brosse un portrait flatteur de ce rebelle : « ce jeune prince était plein d'esprit, d'énergie, de talent militaire, à la manière austère de son peuple ». Cyrus aime à montrer au Spartiate Lysandre le grand parc qu'il a établi en grande partie de ses propres mains ; face à l'incrédulité du général grec devant ses chaînes d'or et ses habits somptueux, Cyrus lui jure par Mithra que chaque jour, il ne prend de nourriture qu'après avoir fait son devoir, soit au travail de la terre, soit dans l'exercice des armes.

Ayant appris à estimer la bravoure des Hellènes, et sachant que c’est par son soutien financier que Lysandre est devenu le maître des Athéniens, Cyrus profite de la chute d'Athènes pour engager sa course au trône. La puissance navale athénienne étant anéantie et Sparte ayant consenti à ce que les villes grecques d'Asie Mineure retournent à l'Empire, Cyrus se sent assez en sécurité pour enrôler le noyau de son armée : 13 000 mercenaires grecs recrutés dans tous les États helléniques, complétés par 700 hoplites envoyés par Sparte à Issus. Cette armée privée pénètre au cœur de l'Empire.

Averti par Tissapherne, le satrape de l'Ionie et ennemi personnel de Cyrus, le roi Artaxerxès II lève le ban de l'empire et marche contre son frère. Le choc a lieu à Cunaxa, à l'entrée de la Babylonie, en juin 401 av. J.-C.. Tactiquement, les mercenaires grecs triomphent sur leur aile, enfonçant et renversant les masses de l'armée royale dirigées par Tissapherne. Mais au centre, emporté par sa rage, Cyrus se précipite avec seulement 600 cavaliers contre les 6 000 gardes qui environnent le Grand Roi. Il rompt leurs rangs, pénètre jusqu'à Artaxerxès, le blesse, avant de s'effondrer sous les coups des fidèles du monarque. La blessure du roi est guérie par son médecin grec, Ctésias, tandis que le harem de Cyrus tombe entre ses mains. Parmi les prisonnières se trouvent deux Grecques amenées de Sardes : l'une, une Milésienne, s'échappe vers le camp des Grecs ; l'autre, la belle et cultivée Milto de Phocée, intègre le harem royal où elle jouera pendant longtemps un rôle politique de premier plan.

L'Anabase de Xénophon

Trahis et perdus au cœur de l'Empire perse, les Dix-Mille de Xénophon ont défié l'impossible lors de l'Anabase. Cette épopée retrace une odyssée sanglante de 4 000 km à travers des contrées sauvages et des sommets hostiles.

Une marche héroïque vers la survie dont le cri final, gravé dans la légende, résonne comme la plus belle des victoires sur le destin :

"Thalassa ! Thalassa !"
(La Mer ! La Mer !)

La bataille de Cunaxa (401 av. J.-C.)

Cunaxa : Le Choc des Dix-Mille
Garde Royale
👑Artaxerxès II
🛡️Tissapherne
🛡️Ariée
Cyrus
🛡️Dix-Mille

Centre : L'Échec

La charge de Cyrus est brisée par l'interception latérale de la Garde Royale. Cyrus est tué au contact, scellant le sort politique de sa révolte.

Aile : L'Othismos

À droite, les Dix-Mille imposent leur poussée. Ils percutent et enfoncent Tissapherne bord à bord, restant maîtres du terrain.

Conclusion

Tactiquement vainqueurs mais isolés par la mort de leur chef, les mercenaires entament leur retraite : l'Anabase.

La journée de Cunaxa affirme extérieurement la puissance d'Artaxerxès II, mais elle révèle une désorganisation interne effrayante. Immédiatement avant la bataille, de nombreux nobles de l'armée royale sont passés dans le camp du rebelle. Plus inquiétant encore : une petite troupe de Grecs isolés, ramassés au gré des circonstances et totalement étrangère à l'organisation de l'empire, a pu culbuter l'armée du Grand Roi et traverser impunément trois ou quatre satrapies fortifiées, bafouant les garnisons des frontières pour retourner vers les côtes du Pont-Euxin en criant « Thalassa ! Thalassa ! ». Droysen décharge le système des satrapies maritimes de la responsabilité de cet échec, incriminant plutôt « la politique parcimonieuse de laisser ses sujets, la plupart des Grecs ou des Tyranies, dans les Tyranies des villes, les fermiers d'impôts et leurs favoris à gages, un parti perse [...] qui leur donne assez de force pour qu'ils fussent insolents avec leurs supérieurs et oppressifs envers leurs inférieurs ».

Intrigues de sérail, terreur et l'avènement de l'eunuque Bagoas

À la suite de cette crise, le déclin de la dynastie s'accélère au milieu des intrigues de palais. L’Histoire de cette période offre, selon les termes de Droysen, « un tableau plus triste de la faiblesse du vieil Artaxerxès dans le domaine de sa cour, où il joue le rôle d'une balle entre les mains de sa mère, de son harem, de ses eunuques ». Devenu nonagénaire, le roi désigne son fils Darius comme successeur et l'autorise à porter la tiare. Mais à la suite d'une faveur refusée par son père, Darius fomente une conspiration contre la vie d'Artaxerxès II ; le complot découvert, le prince est exécuté. Les deux autres héritiers légitimes, Ariaspe et Arsane, subissent un sort tragique : un troisième fils, Ochos, pousse Ariaspe au suicide en répandant de faux bruits sur une prétendue disgrâce paternelle, puis fait assassiner Arsane par des tueurs stipendiés. À la mort d'Artaxerxès II, Ochos s'empare de la couronne sous le nom d'Artaxerxès III.

Artaxerxès III installe un régime de terreur, gouvernant depuis sa capitale avec un arbitraire et une cruauté effrénée qui lui valent la haine de tout l'empire. Il accorde sa confiance exclusive à son confident, l'eunuque égyptien Bagoas. Bien qu'ayant collaboré à la soumission de sa propre patrie, Bagoas reste secrètement dévoué aux croyances de sa race ; il n'a pardonné ni le pillage des sanctuaires égyptiens par Ochos, ni le meurtre sacrilège du bœuf Apis. Profitant de la haine universelle contre le souverain, l'eunuque corrompt le médecin royal et met fin à la vie d'Artaxerxès III par un breuvage empoisonné, à l'époque de la bataille de Chéronée.

Désormais maître absolu de l'ombre, l'eunuque fait sacrer le plus jeune fils du roi défunt, Arsès, et ordonne le massacre de tous ses frères, dont un seul, Bisthanès, parvient à réchapper par la fuite. Mais le jeune Arsès supporte mal l'orgueil insolent de l'eunuque et manifeste l'intention de venger le meurtre de son père et de ses frères. Bagoas le devance et fait assassiner Arsès ainsi que tous ses enfants après seulement deux ans de règne.

Le crépuscule des Achéménides et le couronnement de Darius III

Pour la seconde fois, la tiare est entre les mains de Bagoas, mais la maison royale des Achéménides est vidée de ses forces vivantes : Ochos a massacré les fils d'Artaxerxès II, et Bagoas a exterminé les descendants d'Ochos. Il ne reste qu'Arboupalos, fils du prince conspirateur Darius, mais la noblesse perse tourne ses regards vers Codomannos, issu d'une ligne collatérale de la famille royale. Codomannos est le fils d'Arsane (lui-même fils du frère d'Artaxerxès II) et de Sisygambis, fille d'Artaxerxès. Ce prince s'est couvert de gloire lors de la guerre menée par Ochos contre les Cadusiens : il est le seul à avoir osé accepter le défi du géant qui servait de général à l'ennemi, le terrassant en duel singulier. Célébré par tout le peuple pour sa valeur, il avait été récompensé par Ochos qui l'avait nommé satrape d'Arménie.

Bagoas cède à l'opinion publique et fait couronner Codomannos, qui prend le nom de Darius III, espérant que ce dernier lui resterait inféodé. L'eunuque réalise rapidement son erreur : le nouveau roi hait le meurtrier de la famille royale et méprise ouvertement ses conseils. Résolu à éliminer ce souverain trop indépendant, Bagoas verse du poison dans la coupe royale. Mais Darius III, averti à temps de la machination, fait appeler l'eunuque lors d'une audience et lui ordonne calmement de boire la coupe en feignant de lui accorder une marque de sa faveur royale. C'est ainsi que Bagoas trouve sa punition. Darius III reste seul à la tête d'un empire profondément épuisé par les purges, les trahisons satrapiques et l'anarchie interne, au moment même où la puissance macédonienne s'apprête à franchir l'Hellespont.

Lignée des Achéménides

Chronologie synthétique de l'Empire de Perse

I. Les Fondateurs

Cyrus II le Grand

559-530 av. JC

Fondateur de l'Empire. Souverain magnanime et conquérant de Babylone.

II. L'Héritage

Cambyse II

530-522 av. JC

Fils de Cyrus. Conquérant de l'Égypte. Sa mort précoce ouvre une crise dynastique.

III. Apogée Constitutionnelle

Darius Ier le Grand

522 - 486 av. JC

Branche collatérale. Organisateur des 20 satrapies et du réseau de la Poste Royale.

IV. Choc des Civilisations

Xerxès Ier

486-465 av. JC

Fils de Darius Ier et petit-fils de Cyrus. Souverain des Thermopyles et du sac d'Athènes.

V. Transition

Artaxerxès Ier

465-424 av. JC

Fils de Xerxès Ier. Son long règne consolide l'autonomie des satrapies périphériques.

VI. Lignée Brisée

Darius II

424-404 av. JC

Fils d'Artaxerxès Ier. Son décès déclenche la guerre civile immédiate entre ses fils.

VII. Crise de Cunaxa

Artaxerxès II

404-358 av. JC

Fils aîné. Vainqueur politique de Cunaxa. Finit son règne affaibli par les intrigues du sérail.

Cyrus le Jeune

† 401 av. JC

Fils cadet. Lève l'armée des 13 000 mercenaires grecs. Tué au combat lors de sa charge à Cunaxa.

VIII. L'Arbitraire

Artaxerxès III Ochos

358-338 av. JC

Fils d'Artaxerxès II. Élimine ses frères pour régner par la terreur. Empoisonné par son eunuque.

L'Épuration de Bagoas

L'eunuque Bagoas empoisonne Artaxerxès III et extermine sa descendance directe. Il installe le jeune Arsès sur le trône avant de le faire assassiner deux ans plus tard, brisant définitivement la légitimité dynastique.

IX. Le Crépuscule

Arsès

338-336 av. JC

Dernier fils d'Ochos. Éliminé par Bagoas dès qu'il manifeste sa volonté de venger sa famille.

Darius III

336-330 av. JC

Branche collatérale. Force Bagoas à boire son propre poison. Dernier souverain face à Alexandre.


Carte geopolitique de l'empire Perse sous darius iii

Chargement de l'Atlas...

Légende de l'Empire

Administration Achéménide (Darius III)
Zone d'Hégémonie Contrôle direct du Roi des Rois.
Capitale Royale Suse, Persépolis, Babylone...
La Route Royale Artère stratégique Sardes-Suse.
Limites de Satrapie Provinces des Gouverneurs.
Cité Majeure Villes et garnisons régionales.
S
Peuples Limitrophes Nations aux frontières (Scythes...).

« Il est des moments dans l'histoire des peuples où le passé s'écroule, où les formes anciennes ne suffisent plus à contenir la vie. Dans ce crépuscule des nations, le destin appelle un homme pour briser les vieilles tables de la loi et jeter, sur les ruines des empires, les fondations d'un monde nouveau. »

— Johann Gustav Droysen