
Serie Grèce antique
Alexandre Le Grand
Partie II : L'expedition
Jeunesse
Deux faits importants sont à mentionner. Le premier est lorsqu’il a douze ans , il a dompté Bucéphale un cheval originaire de la Thessalie, une région du nord de la Grèce réputée pour la qualité exceptionnelle de ses chevaux. Plus précisément, il aurait appartenu à l'élevage de Philonicos de Thessalie, un marchand qui l'a amené à la cour du roi Philippe II vers 344 av. J.-C. Ils seront ensemble pendant la quasi totalité de l’épopée d’Alexandre. Le second est qu’il a eu comme tuteur Aristote. Il est l’un des plus grands philosophe Grec de son temps arrêtons-nous quelques instants sur ce grand personnage. Aristote est un philosophe grec né en 384 av. J.-C à Stagire en Macédoine Il est l’un des penseurs les plus influents de l’histoire occidentale, fondateur du Lycée et de la logique formelle. Son père, Nicomaque, était médecin à la cour du roi Amyntas II, ce qui a influencé l’intérêt d’Aristote pour les sciences naturelles. À 17 ans, il rejoint l’Académie de Platon à Athènes, où il étudie pendant 20 ans. Bien qu’il admire Platon, il s’en détache sur plusieurs points philosophiques. En 343 av. J.-C., il est chargé par Philippe de Macédoine d’éduquer son fils, Alexandre. Cette relation lui vaudra plus tard des accusations de sympathie envers les Macédoniens. En 335 av. J.-C, il retourne à Athènes et fonde le Lycée, une école rivale de l’Académie, où il enseigne en marchant — d’où le nom de péripatéticien donné à ses disciples. Après la mort d’Alexandre, Aristote est contraint de quitter Athènes pour éviter un procès pour impiété. Il meurt en 322 av. J.-C. sur l’île d’Eubée.
Le père d’Alexandre Phillipe s’était remarie et Olympya, qui était prête à tout pour se venger, le fit donc assassiner. C’est dans ce cadre qu’Alexandre monte sur le trône de Macedoine, il a vint ans. Vers 335 av. J.-C., Alexandre, jeune roi alors au’il venait d’écraser la révolte de Thèbes. Fit une visite à Corinthe, la il rendit visite au célèbre philosophe cynique Diogène de Sinope, célèbre pour son mode de vie provocateur. Diogène vivait dans un tonneau (ou plus exactement une grande jarre) et prônait l’autosuffisance, le rejet des conventions sociales et la liberté intérieure. S’en suit un dialogue qui nous ai relate par Plutarque :
- Je suis Alexandre, roi des Macédoniens. Que puis-je faire pour toi ?
- Détournes toi donc de mon soleil
Loin de se vexer, Alexandre aurait été impressionné par l’audace et la liberté d’esprit de Diogène. Il aurait alors déclaré à ses compagnons :
- « Si je n’étais pas Alexandre, je voudrais être Diogène. »
En 334 av. J.-C, il franchissa l'Hellespont pour mettre à exécution le plan que son père avait laissé en suspens : porter la guerre en Asie et défier l’immense Empire perse. En reprenant ce projet, Alexandre transforma une ambition familiale en une quête personnelle sans limite. Accompagné de 40 000 hommes, il quitte les rivages connus pour s'enfoncer dans le territoire de Darius III, marquant le véritable début d'une épopée qui allait changer la face du monde antique.
Debut de l'expedition
L’expédition débute avec la bataille de Granite ou 37 000 macédoniens font face à 40 000 Perses. La bataille se déroule sur les rives du fleuve granite en Turquie actuelle . Alexandre aurait précipité la bataille qui se serait deroule en fin de journée les Perses aurait été éblouit par le soleil. Lors du déroulement de la bataille la cavalerie des compagnons Grecs auraient pecer les lignes Perses suivis de l’infantrie qui aurait achevé le travail. Les mercenaires Grecs du camp Perses seraient reste passif.
Après la victoire du Granique, Alexandre poursuivi sa campagne en Asie Mineure. Sur sa route il s’empara de la ville de Gordion la ville antique ancienne capitale du roi Midas[1]. Arrien nous relate la légende du noeuf Gordien :
« Il y avait dans le temple de Zeus Basileus un ancien char, dont le joug était attaché au timon par un nœud de bois de cornouiller, si compliqué qu’on ne pouvait en voir ni le commencement ni la fin. Un oracle avait déclaré que celui qui parviendrait à le dénouer deviendrait maître de l’Asie.
Alexandre, curieux de vérifier la prophétie, tenta de le dénouer, mais ne parvenant pas à en trouver l’extrémité, il trancha le nœud d’un coup d’épée. Certains disent qu’il retira la cheville centrale, révélant ainsi les extrémités du nœud. »
A la suite de la bataille de Granique Darius, prenant personnellement le commandement, tenta de couper la ligne de ravitaillement d’Alexandre en le contournant. Ce dernier fit alors demi-tour pour l’affronter à Issos.
L’armée macédonienne s’avançant toujours plus loin en Asie Mineure comptait 37 000 combatants, cote Perse on alignait 60 000 combattants commande par le roi des rois Darius en personne qui va livrer sa premiere bataille contre Alexandre qu’il attend de pied ferme. Le champ de bataille, étroit et bordé par la mer et les montagnes, neutralisa l’avantage numérique perse. Alexandre plaça sa phalange au centre, sa cavalerie des Compagnons à droite, et les Thessaliens à gauche. Il mèna une attaque décisive sur l’aile gauche perse, traversa le fleuve Pinaros, et brisa les lignes ennemies. Darius, voyant son armée en déroute, fuya le champ de bataille, abandonnant son char, et ses insignes royaux… sa famille fut même capturée. Cette victoire ouvra la Phénicie et l’Egypte a Alexandre. Les pertes Perses furent considérables environ 20 000 tues.
A la suite de la bataille Darius envoya des ambassadeurs a Alexandre afin de lui proposer d’en rester la contre une somme d’argent et qu’il pouvait garder l’Asie mineure.
S’en suit ce dialogue célèbre entre Parménion le vieux general Macédonien qui servait déjà sous Phillipe II et son roi.
Parménion en parlant de l’offre de Darius :
« - Moi, j’accepterais
- Et moi, je ne suis pas Parménion » répondit Alexandre.
Alexandre continua l’expédition se rendant maitre de la Phénicie et de Chypre, cependant une ville résista de façon extraordinaire. Il s’agit de la ville de Tyr. Plutarque nous raconte :
« Il assiega Tyr pendant sept mois a l’aide digue et de machines et du cote de la mer avec deux cents trieres , durant le siege il eut un songe ou il vit Herackles qui lui tendait la main du haut des remparts et l’appelait. »
Une fois le siege de Tyr termine , il fit le siege de Gaza puis s’avança jusqu’en Egypte.
Lorsque Alexandre arriva en Égypte il ne rencontra aucunes résistance et le satrape qu’il la dirigait remit les clefs de la province a alexandre sans combattre. Il occupa sans sa capitale Memphis. « En s’emparant de l’Egypte, Alexandre avait acheve la conquete des cotrs meditarenennes qui avaient été sous domination Perses. La pensee la plus hardie de la politique de Pericles, qui consistait a donner l’affranchissement de l’egypte pour base et pour gage a duree a la puissance maritime et commerciale d’athenes, était non seulement accomplie, mais beaucoup depassee, le bassin orientale de la mediteranenn était acquis au monde hellenique, et avec la domination de l’egypte on avait aussi le golf voisin, d’où partait les grandes routes maritimes qui conduisit en ethiopie et dans les merveilleuses contrees de l’inde. La possession de l’egypte ouvrait des perspectives immenses. » C’est ce moment la qu’il fonda Alexandrie. Je laisse la parole a Benoist Mechin :
« Du fait que nous avons fait débuter ce récit au moment où Alexandre arrive à Hécatompyles et dépose son manteau sur la dépouille de Darius (début de 330 avant J.-C.), il ne nous a pas été possible de revenir en arrière pour évoquer la fondation d'Alexandrie, qui avait eu lieu un peu auparavant (c'est-à-dire vers la fin de 332). Pourtant la fondation de cette ville fut un des actes les plus importants et les plus durables de son règne puisqu'elle survécut à l'effondrement de son empire, au conflit des Diadoques, à la conquête romaine, à l'avènement du christianisme, à l'invasion musulmane et que, jusqu'à nos jours, sa lumière n'a cessé de rayonner sur le monde méditerranéen. Omission regrettable dans une biographie d'Alexandre ; plus regrettable encore dans une série d'ouvrages où cette ville lumineuse ne cessera de reparaître, comme si « le Rêve le plus long de l'histoire » ne pouvait s'en détacher.
C'est là, en effet, que viendra mourir Pompée après la défaite de Pharsale ; que César recevra sa tête en abordant l'Égypte ; que le conquérant des Gaules rencontrera l'héritière des Ptolémées, en qui sa présence fera revivre le rêve d'Alexandre ; qu'Antoine et Cléopâtre mèneront leur « Vie inimitable » ; qu'Octave deviendra le maître de l'Occident après avoir écrasé le « serpent du Nil » ; que professeront Plotin, Porphyre, Jamblique et les philosophes néo-platoniciens qui inspireront l'empereur Julien ; de là que partiront certains ambassadeurs que le Sultan Malik-el-Kamil enverra à la cour de Frédéric II et qui auront une influence décisive sur la sixième croisade ; c'est là que débarquera le jeune Bonaparte, au début d'une aventure « digne d'un nouvel Alexandre » et que Lawrence quittera définitivement l'Orient en emportant avec lui sa colère et son désespoir. Autant de raisons qui nous poussent à combler cette lacune avant de clore la biographie du fils d'Olympias.
Car Alexandrie elle-même est un songe réalisé avec un sens extraordinaire des réalités pratiques ; un équilibre harmonieux entre la clarté géométrique des Hellènes et le goût de la monumentalité propre à l'Égypte et à l'Asie. »
C’est également en Egypte qu’il traversa durant trois jours le desert libyque jusqu’à l’oasis de Siwa, pour consulter l’oracle d’Amon, assimilé à Zeus-Ammon dans la tradition gréco-égyptienne. Selon les sources antiques (notamment Arrien et Plutarque), l’oracle aurait proclamé Alexandre comme “fils de Zeus”, ce qui renforça son autorité divine auprès de ses troupes et des peuples conquis.
Après avoir jeté les bases d’Alexandrie et consulté l’oracle d’Ammon, Alexandre quitta les rivages de l’Égypte au printemps 331 av. J.-C. Si son séjour sur les bords du Nil avait consolidé son prestige, le cœur de l’Empire perse restait encore à conquérir. Tandis qu’il remontait vers la Mésopotamie, Darius III l'attendait avec une armée immense, patiemment rassemblée pour écraser l’envahisseur. Ce n'était plus seulement le sort d'une province qui se jouait, mais bien le trône du « Roi des Rois ». Le face-à-face devint inévitable dans la plaine de Gaugamèles. C’est là, loin des temples égyptiens et de sa nouvelle cité nouvellement érige que le génie tactique d’Alexandre alla affronter la démesure des forces perses dans ce qui demeura son plus grand chef-d’œuvre militaire.
La bataille de Gaugamele
(cliquer sur l'image ci dessous pour visionner une video de la bataille)
| Grecs | Perses |
|---|---|
| 40 000 hommes [35 000 fantassins + 5 000 cavaliers] | 120 000 hommes [80 000 fantassins 30 000 cavaliers 2 000 mercenaires 200 chars 15 elephants] |
L'organisation des troupes suivit une logique rigoureuse. Alexandre plaça ses phalanges au centre, formant des carrés compacts de 256 hommes de côté. Sur sa gauche, il disposa les hoplites et les peltastes, tandis que les hypaspistes et les javeliers occupèrent le flanc droit. La cavalerie fut répartie sur les ailes : Parménion reçut le commandement de l'aile gauche, alors qu'Alexandre dirigea personnellement l'aile droite. Un corps de réserve vint compléter ce dispositif pour parer à tout encerclement.
Du côté perse, la structure était tout aussi imposante. Le gros de l'infanterie se tint à l'arrière, tandis que Darius commandait depuis son char, placé au centre. De part et d'autre du souverain, il avait posté ses mercenaires grecs. En parallèle, un mélange de cavalerie et d'infanterie, originaire des quatre coins de l'empire, formait une ligne de front démesurée.
Phase I
La première phase de l'engagement débuta par l'initiative de Darius. Ce dernier frappa le premier en envoyant sa cavalerie sur les ailes macédoniennes. Alexandre, à la tête de sa cavalerie de choc, partit alors sur la droite, entraînant une partie de l'armée perse à sa suite. Cette manœuvre audacieuse eut pour conséquence immédiate d'étirer la ligne de front adverse, créant ainsi la faille qu'il attendait.
Phase 2
Darius envoya ses chars à faux contre le centre macédonien, espérant en venir à bout rapidement, mais ces derniers furent promptement repoussés par les phalanges qui s'écartèrent pour les laisser passer avant de les cribler de traits. Voyant la déroute de ses chars, le Grand Roi décida de jeter une partie de son infanterie légère au centre de la mêlée. Pendant ce temps, Alexandre, qui avait étendu le front à la tête de son aile droite, obliqua soudainement pour revenir vers le centre. Cette manœuvre périlleuse fut couverte par les peltastes, qui parvinrent à contenir la cavalerie perse lancée à sa poursuite.
Pendant qu'Alexandre amorçait ce mouvement, l’aile gauche macédonienne dut encaisser le choc brutal du gros de l’armée perse, commandée par Mazée. Parménion résista avec ténacité pour contenir la poussée adverse à gauche, tandis qu'à droite, les peltastes firent de même.
Au centre, Alexandre appuya ses phalanges et ses hypaspistes pour s'engouffrer dans la brèche qu’il avait créée en étirant les lignes ennemies. Il enfonça les lignes perses avec une telle vigueur qu'il se retrouva bientôt à portée visuelle du Grand Roi. Saisi d'effroi, Darius s'enfuit du champ de bataille, bientôt suivi par le centre de son armée qui se débanda. Cependant, la victoire n'était pas encore totale : l’aile gauche de Mazée avait pris le dessus sur Parménion, et Alexandre dut renoncer à poursuivre Darius pour faire demi-tour et venir en aide au reste de son armée.
Phase 3
L’aile gauche de l’armee Perse commande par Mazeus a pris le dessus et Alexandre doit renoncer a poursuivre Darius pour venir en aide a son armée. Les Grecs accusèrent 3 000 pertes , les Perses 50 000 , route de Babylone était désormais ouverte.
Babylone était la capitale de l’Empire perse connu pour ses jardins suspendus. Alexandre s’attendait à une farouche résistance, mais elle fut livrée par ses administrateurs. Malgré l’accumulation de victoire, l’Empire perse à ce moment-là est encore loin d’être anéanti. Alexandre le savait, c’est pourquoi il continua sa marche. Il prit les villes de Suse, puis Persépolis.
Babylone, la perle de la Mésopotamie. Située sur les rives de l'Euphrate, cette cité antique fut le centre névralgique du monde babylonien sous Nabuchodonosor II. Entre ses remparts massifs de briques bleues et sa célèbre porte d'Ishtar, elle abritait la légendaire ziggourat d'Etemenanki (souvent associée à la Tour de Babel) et les mythiques Jardins suspendus.
Puis il fit une pause de quatre mois durant l’hiver – 329 et en profita pour organiser l’adminastration , faire reposer ses troupes, pacifier l’arriere pays. Puis il reppris sa marche a la poursuite de Darius il fait le siege de Ectabane . Darius abandonne par ses généraux, et alors qu’un détachement macédonien tomba sur un convoie Perse il fut tue par l’un de ses satrape Bessos. Alexandre en voyant son corps le recouvra de son manteau d’or. Benoist Mechin nous raconte :
« D’autres actes du roi de Macédoine ont frappé plus vivement l’imagination des chroniqueurs. Ils ont retenu de préférence les scènes où l’on voit Bacchus domptant Bucéphale, bousculant la sibylle ou encore tirant son épée pour trancher le nœud gordien. Pourtant, le geste D’Alexandre déposant son manteau sur le cadavre de Darius est autrement plus important. Il ne signifie pas seulement que le roi de macédoine entend prendre sous protection la dépouille du défunt. Il symbolise la volonté de s’identifier a lui […] La chute de son manteau sur la dépouille de son ancien ennemi en fait plus qu’un vainqueur : l’héritier du grand roi. »
En 329 av. J.-C., Alexandre traverse l’Hindou Kouch et entre en Bactriane. Bessos fuit vers la Sogdiane. Bactres ouvre ses portes sans combat majeur, probablement en raison de la peur inspirée par la réputation d’Alexandre et de la trahison de Bessos par ses propres officiers.Alexandre y installe un gouverneur macédonien, Artabaze, et fait de la ville une base arrière pour ses campagnes ultérieures en Sogdiane. C’est à Bactres qu’Alexandre épouse Roxane, fille du noble bactrien Oxyartès, en 327 av. J.-C. Ce mariage symbolise sa volonté de fusionner les élites macédoniennes et orientales.
Arnold Tonybee nous parle de la ville :
« Que les touristes qui s’extasient sur Chicago en prennent de la graine ! Je suis certain que les alexandrins qui visitèrent Bactres au temps où elle était la capitale de l’empire gréco-bactrien durent être frappes de stupeur. Et je suis certain que les Romains qui la visitèrent au temps ou elle était une des capitales de l’empire Kouchan éprouvèrent le même sentiments. Pour ma part j’en suis reste muet de stuppeur. Ces murailles cyclopéennes, ces tours, ces amoncellement de terre, même dans leur état de délabrement actuel, donnent une haute idée de la majesté à laquelle peut atteindre un effort humain soutenu sans faiblir à travers douze siècles… »
Apres Bactre Alexandre se rendit en Inde c’est la , le long du fleuve de L’hydapse qu’eut lieu la bataille du même nom contre le roi Indou Porus. Pôrus pensait qu’Alexandre ne pourrait pas traverser, et campa sur la rive est. Alexandre feignit l’attente, mais organisa secrètement une traversée nocturne en amont, à l’abri d’une île fluviale. Il laissa Cratère et Méléagre simuler une présence sur la rive ouest pour tromper Pôrus. Pendant ce temps Alexandre débarqua avec une partie de ses troupes sur la rive est, surprenant Pôrus. La cavalerie macédonienne attaqua les flancs, évitant les éléphants au centre. Les éléphants, bien que redoutables, devennerent bientôt incontrôlables sous les assauts, piétinant parfois leurs propres troupes. Alexandre utilisa la mobilité de ses cavaliers pour harceler les Indiens, tandis que l’infanterie macédonienne tenna bon face aux éléphants. Plutarque nous raconte :
« Pôros, instruit qu'Alexandre passait le fleuve, envoya contre lui son fils avec deux mille chevaux et cent vingt chars. Mais Alexandre les chargea avec vigueur, tua le fils de Pôros, renversa ses chars et mit sa cavalerie en fuite. Pôros, voyant qu'Alexandre lui-même avait passé le fleuve, marcha à lui avec toute son armée, ne laissant que peu de troupes pour empêcher le reste des Macédoniens de passer. [...]
Le combat fut long et opiniâtre. Les éléphants surtout firent beaucoup de mal aux Macédoniens ; mais enfin, vers la huitième heure du jour, ils commencèrent à lâcher le pied. »
« Pôros, qui avait montré dans le combat une valeur extraordinaire, ne se retira pas comme un capitaine qui fuit, mais comme un homme qui succombe à la force. Alexandre, qui l'admirait, voulut le sauver ; il envoya Taxile vers lui. Taxile l'ayant joint à cheval, le pria de s'arrêter et d'écouter ce qu'Alexandre avait à lui dire.
Mais Pôros, voyant son ancien ennemi, se tourna vers lui et allait le percer de son javelot, si Taxile n'eût soudain poussé son cheval au galop. Alexandre, ne se décourageant pas, envoya d'autres officiers, et enfin Méroès, qui était ami de Pôros. Celui-ci, vaincu par la soif et par la fatigue, s'arrêta et descendit de son éléphant.
Dès qu'il fut devant Alexandre, ce prince lui demanda comment il voulait qu'il le traitât. — En roi, répondit Pôros. Alexandre lui ayant demandé s'il n'avait rien autre chose à désirer : — Tout est compris, repartit Pôros, dans ce seul mot : En roi. »
La victoire sur l'Hydaspe, bien que totale, marqua paradoxalement le début de la fin de l'aventure indienne. Si Alexandre souhaitait s'enfoncer davantage vers l'Orient, ses troupes, elles, étaient à bout de force. Épuisés par les pluies tropicales et terrifiés par la perspective d'affronter des armées encore plus vastes au-delà du Gange, les soldats macédoniens finirent par se mutiner sur les rives de l'Hyphase.
Plutarque nous relate l'evenement :
« Cette victoire sur Pôros ralentit beaucoup l'ardeur des Macédoniens, et ne leur laissa aucune envie de s'avancer plus loin dans l'Inde. [...] Ils s'opposèrent donc avec force à Alexandre, qui voulait leur faire passer le Gange. [...] Alexandre, affligé et en colère, se renferma dans sa tente ; [...] mais les soldats s'étant assemblés à l'entrée, où ils ne cessaient de pousser des cris lamentables et de le conjurer d'avoir pitié d'eux, il se laissa enfin fléchir et se disposa au retour. »
Ce renoncement modifia la nature de l'épopée. Puisqu'il ne pouvait plus conquérir de nouveaux territoires vers l'Est, Alexandre décida de redescendre l'Indus vers l'Océan pour consolider ses acquis et explorer les limites du monde connu. Ce fut dans ce contexte de repli stratégique qu'il confia à son ami d'enfance, l'amiral Nearque, la direction d'une flotte immense. Sa mission était alors de longer les côtes désertiques de la Gédrosie pour relier l'embouchure de l'Indus au golfe Persique, ouvrant ainsi une nouvelle route maritime entre l'Inde et Babylone.
L'expedition de Nearque et la traverse du desert de Gedrosi
Une fois la décision du retour actée, Alexandre divisa ses forces pour mener de front une double exploration. Néarque, amiral et fidèle compagnon du roi, reçut la mission périlleuse de ramener la flotte macédonienne depuis l’embouchure de l’Indus jusqu’au golfe Persique. Ce périple, entrepris vers 325 av. J.-C., visait non seulement à sécuriser le retour des navires, mais aussi à explorer les côtes inconnues de la mer des Indes pour établir une route maritime pérenne entre l’Inde et la Mésopotamie.
Après la conquête du royaume de Pôros, la flotte longea les côtes arides du Makran (Gédrosie). Les marins affrontèrent des tempêtes violentes, des pénuries d’eau chroniques et des rivages hostiles où la survie tenait du miracle. Ce voyage scientifique et militaire, qui permit de cartographier des régions alors légendaires, nous est parvenu grâce au récit de Néarque lui-même, conservé par l’historien Arrien dans son Indica, et plus tard traduit par William Vincent au XVIIIe siècle.
Parallèlement à cette expédition navale, Alexandre entreprit une marche terrestre à travers le désert de Gédrosie (l'actuel Baloutchistan).
En choisissant de défier les sables de Gédrosie après avoir soumis les rois de l'Inde, Alexandre ne chercha plus seulement à étendre ses frontières, mais à s'élever au-dessus de la condition humaine. Cette quête de l'impossible illustra parfaitement ce que les Grecs appelaient l'hybris, cette démesure tragique qui poussait l'homme à braver l'ordre naturel et la volonté des dieux. Le philosophe Héraclite avait pourtant prévenu, dans l'un de ses fragments les plus célèbres :
« Il faut éteindre l’hybris plus encore qu’un incendie. »
Pour le conquérant, ce feu intérieur, qui l'avait porté jusqu'aux confins du monde connu, finit par consumer ses dernières forces dans la fournaise du désert. Si l'expédition de Néarque ouvrit les voies du commerce et de la science, la traversée terrestre, elle, marqua le crépuscule d'un homme qui, à force de vouloir dominer les éléments, oublia sa propre finitude. Ce fut un roi victorieux mais hanté par ses pertes qui regagna finalement Babylone, où l'incendie de son ambition s'éteignit brusquement, laissant derrière lui un empire immense mais déjà fragmenté par l'excès de sa propre démesure.
Le projet d'un empire universel
Au-delà des conquêtes militaires et du contexte géopolitique de la Grèce antique, il convient d'interroger la finalité ultime de l'épopée d'Alexandre. Son projet, d'une ambition grandiose, visait à fusionner l'Orient et l'Occident en une seule entité universelle, une civilisation nouvelle irriguée par la beauté, l'harmonie et le savoir.
Pour cimenter cette union, Alexandre employa des moyens tant religieux que politiques :
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Le culte impérial : Il tenta d'imposer une religion commune à ses sujets et se consacra lui-même comme une divinité, cherchant à légitimer son pouvoir absolu par une essence sacrée.
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La proscynèse (la révérence) : Il introduisit à sa cour la proscynèse, cette coutume perse consistant à se prosterner devant le souverain. Ce rite heurta profondément les Macédoniens et les Grecs, pour qui un tel geste était réservé aux dieux et restait contraire à leurs mœurs égalitaires.
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L'union par le sang : Alexandre donna l'exemple de la fusion culturelle en épousant Roxane, une princesse de Sogdiane. Cette politique d'intégration atteignit son apogée lors des Noces de Suse, une cérémonie monumentale où des milliers de soldats et d'officiers macédoniens épousèrent des femmes perses.
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La réforme de l'armée : Sur le plan militaire, il décida de fusionner les unités macédoniennes et orientales. L'intégration de jeunes « barbares » entraînés à la manière grecque au sein de la prestigieuse phalange fut très mal perçue par ses vétérans, qui y virent une trahison de leur identité.
Ce projet de monarchie universelle, bien que visionnaire, accentua les tensions entre le roi et ses compagnons d'armes, transformant peu à peu le conquérant libérateur en un monarque absolu aux traits de plus en plus orientaux.
« Soudain, les trompettes de l'armée, massées devant la tente impériale, sonnèrent pour annoncer le com- mencement de la fête. Les invités du roi, au nombre de neuf mille, s'assirent à la table du festin. Une seconde fanfare annonça à travers le camp que le roi offrait une libation aux dieux. Tous les invités burent à la santé d'Alexandre dans les coupes d'or qu'il leur donna en guise de souvenir. Une troisième fanfare annonça l'entrée des princesses, qui s'avancèrent en une longue procession, le visage à demi-voilé selon la coutume orientale. Chacune d'elles se dirigea vers le fiancé qui lui était destiné : Statyre, la fille de Darius, vers Alexandre lui-même sa plus jeune seurs Drypétis vers Héphestion, le favori du roi, qui devait ainsi son beau-frère ; Amastris, fille d'Oxathrès et nièce du Grand Roi, vers Cratère ; la fille d'Atropatès, prince des Mèdes, vers Perdiccas ; Artakama, la fille du vénérable Artabaze, vers Ptolémée le Lagide ; sa sœur Artonis, vers Eumène de Cardes, le Grand chancelier ; la fille du Rhodien Mentor, vers Néarque, l'amiral de la flotte ; Apama, la fille de Spitamène de Sogdiane, vers Séleucos, le chef des éphèbes royaux et ainsi de suite jusqu'à ce que chacune des jeunes filles eût rejoint son futur époux. À ce moment, le roi donna à Statyre le baiser nuptial et chacun des fiancés suivit son exemple. Le festin dura tard dans la nuit, jusqu'au moment où tous les couples se furent retirés dans leurs chambres respectives .Les fêtes et les réceptions se succédèrent pendant cinq jours. Les pays étrangers avaient envoyé des ambassadeurs ; les villes et les provinces de l'empire, leurs satrapes et leurs gouverneurs ; les alliés d'Europe et d'Asie, des délégations officielles. Tous remirent au roi des cadeaux somptueux. Les couronnes d'or, à elles seules, valaient plus de quinze mille talents. De son côté, le roi offrit une dot à chaque Macédonien qui avait épousé, ce jour-là, une jeune fille asiatique. Leur nombre s'élevait à plus de dix mille. Il leur promit en outre que leurs enfants seraient considérés comme les « Parents » des siens et élevés gratuitement aux frais de l'État. »
Alors que les Noces de Suse semblaient sceller l'avenir de l'empire, Son alter ego, Héphestion, succomba brutalement d'une maladie à Ecbatane. Cette perte plongea le conquérant dans une détresse absolue, comme en témoigna Plutarque :
« Sa mort causa au roi un chagrin tel que nulle réflexion ne put le modérer. »
De retour à Babylone, Alexandre reçut Néarque, qui revenait de son expédition maritime et lui raconta les merveilles de son voyage. Mais ces retrouvailles furent de courte durée. Le roi fut pris soudainement d'un violent accès de fièvre – peut-être la malaria ou le virus du Nil occidental – qui ne lui laissa aucune chance. En l'espace de huit jours, l'homme qui avait fait trembler la terre s'éteignit à l'âge de 32 ans, le 11 juin 323 av. J.-C. Pour clore cette biographie la plus importante de notre série Grèce antique, il convient de laisser la place à la réflexion sur l'héritage presque mystique qu'il nous laisse :
« La fascination qui s’en dégage est d’une intensité sans égale car elle incarne d’une façon tangible la fusion de l’Orient et de l’Occident. On a envie de retenir son souffle devant elle, pour ne pas troubler le mystère qui la baigne. Sont-ce des portraits de rois ou des effigies divines ? Ne cherchons pas à le savoir. Bornons-nous à imaginer, dans le sourire intemporel qui flotte sur leurs lèvres, le lieu où toute la peine des hommes se transforme, imperceptiblement, en la sagesse d’un dieu. » Ainsi s'acheve la vie d'Alexandre.
Mais si l'âme du conquérant semblait rejoindre le panthéon des dieux, sur terre, son immense empire allait sombrer dans le chaos. Sans héritier en âge de régner, le lit de mort d'Alexandre devint le théâtre d'une lutte fratricide. Ses plus brillants généraux les Diadoques (du grec diadokhoi, signifiant « les successeurs ») allaient s'entre-déchirer pendant des décennies pour se partager les dépouilles du monde connu. Dans cette époque impitoyable de trahisons et de sang, une figure sombre et calculatrice allait bientôt s'élever pour s'emparer de la Macédoine et sceller tragiquement le sort de la propre descendance d'Alexandre : le redoutable Cassandre.