Dossier : Le porte avions

Partie III : État des lieux de la flotte mondiale en 2026

Où en sont nos compétiteurs dans leurs quêtes des ponts plats ? Sans surprise se sont les États-Unis qui disposent de loin de la première force aéronavale mondiale, avec dix porte-avions et quelques 1300 aéronefs. Le rival chinois entend bien concurrencer cette force. Son livre blanc ambitionne d’en d’aligner six à l’horizon 2036. L’Inde quant à elle vient de mettre en service son troisième porte-aéronef, le premier de conception nationale dans le cadre de son programme « made in India »[1] et prévoit déjà d’en construire un quatrième. Le Japon a pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale retrouvé une capacité aéronavale en transformant ses porte-hélicoptères de la classe Izumo en porte-aéronef STOLV. La Russie conserve (pour l’instant) son unique porte-aéronef l’Amiral Kouznetzov à grands frais. La Turquie a réalisé une première mondiale en mettant en service un porte-drone. Enfin, Royal Navy a récemment mis en service ces deux nouveaux porte-aéronefs de classe Queen Elizabeth, avec un certain nombre de déboires qui seront détaillés en encadré deux, démontrant la nécessité de la continuité d’un savoir-faire stratégique.

Chine

Classe Configuration Propulsion Chasse embarque
Type 001 Liaoning STOBAR Diesel 24 J15
Type 002 Shandong STOBAR Diesel 28 J15
Type 003 Fujian CATOBAR Electrique 30 J15 + J35
Type 004 ? CATOBAR Nucléaire 50 J15 + J35
Type 005 ? CATOBAR Nucléaire ?   J15 + J35
Type 006 ? CATOBAR Nucléaire ?   J15 + J35

La Chine poursuit ses efforts afin de disposer d’une force aéronavale crédible Son entrée en la matière s’est faite avec une refonte de l’ex-Varyag, de la classe Kiev, rebaptisé Liaoning, acquis auprès de l’Ukraine en 2002 et mis en service en 2017. Par la suite, le rythme s’est accéléré avec la construction entièrement nationale d’un sistership, le type 002 Shandong, mis en service en 2019. Puis le type 003 baptisé Fujian (nom de la province de Taiwan) marque une montée en puissance de l’industrie chinoise avec le passage à la configuration CATOBAR de conception nationale grâce à l’ajout de catapultes électromagnétiques [EMALS] avec une propulsion diésel modernise diminuant son indiscrétion. Il a été mise en service le 5 novembre 2025. La prochaine étape pour la marine chinoise est le passage à la propulsion nucléaire [2] sur son prochain porte-avions de type 004 [3], en cours d’assemblage aux chantiers de Dalian et Jiangnan (proche de Shanghai), qui aura des dimensions aussi imposantes que le Gerald Ford de l’US Navy. Le livre blanc chinois en prévoit six à l’horizon 2035.

Russie

Classe Configuration Propulsion GAE
Kiev STOBAR Diesel 24 SU33 + MIG 29

Unique porte-aéronefs de la marine russe, il a participé deux mois à des opérations au large de la Syrie en 2016. En refonte depuis 2018, il a subi plusieurs incidents majeurs sur le chantier [4]. Sa remise en service a récemment été suspendue [5]. La marine russe est confrontée au manque de personnel qualifié pour armer l’équipage, et les surcoûts liés aux différents incidents poussent Moscou à abandonner le chantier. Le Kremlin s’est concentré sur sa force sous-marine et le renouvellement de sa flotte de surface, basé sur des bâtiments de moindre tonnage mais bien armé [6]. Cela leur permet un compromis adéquat entre leur stratégie maritime et le manque d’infrastructure des chantiers navals pour l’entretien des bâtiments de tonnage important.

Japon

Classe configuration Propulsion Chasse embarquée
Izumo STOLV COGAG 20 F35B
Kaga STOLV COCAG 20 F35B

La marine d’autodéfense japonaise, dans le cadre de son changement de doctrine en cours [7], est sur le point de retrouver sa capacité aéronavale, une première depuis 1945. En effet, la marine nippone a décidé de convertir ses deux bâtiments de la classe de classe Izumo en porte-aéronefs STOLV. Le Kaga est le premier à avoir été transformé lors d’une phase de travaux de 2021 à 2025. Le second, l’Izumo, a commencé ses travaux en 2024 pour une fin en 2027. Ils pourront embarquer un groupe aérien de 40 F35B chacun. En 2024 leurs classification a été modifié [8] en conséquence ils ne sont plus consideres comme DDGH (destroyer porte hélicoptère) mais comme CVM. (Porte aéronef d’escorte).

Inde

Classe configuration Propulsion Chasse embarquée
INS Vikramaditya STOBAR Diesel 12 MIG29K
INS Vikrant STOBAR électrique 24 MIG29K + Rafale
INS Vishal STOBAR électrique 24 Rafales

L’Inde a la volonté de disposer de capacité aéronavale crédible et a pour ambition d’être la première puissance maritime de l’océan Indien. Elle a débuté avec l’achat de l’Amiral Gorchkov (classe Kiev) auprès de la Russie. Il est rebaptisé INS Vikramaditya lorsqu’il est vendu en 2004 à la marine indienne, et après dix années de refonte, il entre en service en 2013. L’INS Vikrant est le second porte-avions de la marine indienne mis en service en septembre 2022. Il reprend le nom du premier porte-avions indien qui s’est illustré durant la troisième guerre indo-pakistanaise, qui signifie courageux. Sa devise est « je défais ceux qui se battent contre moi ». Cela ne trompe pas sur la volonté politique du pays. Construit par le chantier naval de Cochin, c’est le premier porte-avions « made in India ». Il dispose d’une configuration STOBAR avec un groupe aérien embarqué de 26 Rafale marine fournis par la France et 10 hélicoptères. Le 5 octobre 2023, le chef d’état-major de la marine indienne a annoncé le projet de construction d’un troisième porte-avions, sistership du Vikrant. Initialement prévu en configuration CATOBAR, le projet serait trop coûteux pour l’industrie indienne qui n’a pas pour le moment, les compétences pour un tel chantier, il sera donc en STOBAR. le contrat supplémentaire auprès de la France de 26 rafales fait suite à cette décision.[9]

Turquie

Classe configuration propulsion Chasse embarquée
TCG Anadolu STOLV Diesel 30 drones
Projet MUNGEN STOBAR Diesel 50 aéronefs

La Turquie ambitionne d’être la première puissance maritime de la méditerranée [10] et elle voit les choses en grand   pour sa flotte de surface, dont la capacité aéronavale. Le TCG Anadolu est dérivé de la classe espagnole Juan Carlos, de facture 70 % nationale, initialement prévu pour recevoir des F35B, dont la livraison a été suspendue par le congrès des États-Unis par mesure de rétorsion suite à l’achat par la Turquie des systèmes S400 russes. La marine turque décida d’en faire un « porte-drone » et y embarqua des Bayraktar. En 2024 elle dévoile le programme MUNGEN (porte-avion de conception nationale en Turque). Il s’agit de construire un porte-aéronef de 60 000 t à propulsion classique emportant 60 appareils avec et sans pilote. Il s’agit de la construction la plus imposante entreprise par l’industrie turque. En 2025 a eu lieu la découpe de la première tôle [11].

 

Italie

Classe configuration propulsion Chasse embarquée
Compte Di Cavour STOLV Diesel 12 F35B
Trieste STOLV Diesel 12 F35B

La marina militare ambitionne (comme la Turquie) d’être la plus importante du bassin méditerranéen. Elle maîtrise depuis longtemps la capacité aéronavale. En 2009, elle a mis en service le Compte Di Cavour, succédant au Vittorio Veneto. En décembre 2024 elle a mis en service le Trieste[12], officiellement classé en porte-hélicoptère (LHD) est équipé d’un tremplin plus d’un revêtement thermorésistant pour mettre en œuvre des F35B, qui seront probablement commandés dans les années à venir, reclassant ainsi ce porte-hélicoptère en porte-aéronefs. Cela a pour conséquence que sous peu la marine italienne disposera d’une permanence aéronavale.

Thaïlande

Classe configuration propulsion Chasse embarquée
Príncipe de Asturias STOLV COGAG 18 hélicoptères

Unique porte aeronef en Asie du sud  le HTMS Chakri Naruebet est un porte-aéronefs de la Marine royale thaïlandaise, et son vaisseau amiral. C’est le sistership de l’ex Príncipe de Asturias de la marine Espagnole. En 2025 le gouvernement Thaïlandais a signé avec l’industriel Français Thales un contrat sur l’intégration d’un IPMS (Integrated Platform Management System) en vue de moderniser le navire.

Espagne

Classe configuration propulsion Chasse embarquée
Juan Carlos  STOLV CODLAG 30 hélicoptères

Navire amiral de l’Armada española et unique porte aéronef Espagnole. Il a été vendu à l’export a l’Australie et la Turquie.

Australie

Classe configuration propulsion Chasse embarquée
HMAS Adelaide STOLV CODLAG 30 hélicoptères
HMAS Canberra STOLV CODLAG 30 hélicoptères

Dérives de la classe Juan Carlos Espagnole, ont la capacite  peut accueillir  NH90 ou /et CH-47 Chinook ou/et SH-60 Seawak.

Etats-unis

Classe configuration propulsion Chasse embarquée
Nimitz* CATOBAR Nucléaire 50 F18
Nimitz (Dwight Eisenhower) CATOBAR Nucléaire 50 F18
Nimitz (Carl Vinson) CATOBAR Nucléaire 50 F18
Nimitz (Theodore Roosevelt) CATOBAR Nucléaire 50 F18
Nimitz (Abraham Lincoln) CATOBAR Nucléaire 50 F18
Nimitz (George Washington) CATOBAR Nucléaire 50 F18
Nimitz (John C.Stennis) CATOBAR Nucléaire 50 F18
Nimitz (Harry Truman) CATOBAR Nucléaire 50 F18
Nimitz (Ronald Reagan) CATOBAR Nucléaire 50 F18
Nimitz (George W Bush) CATOBAR Nucléaire 50 F18
Gerald Ford CATOBAR Nucléaire 50 F35C
Ford (John Kennedy)** CATOBAR Nucléaire 50 F35C

*Désarmé en 2026.       **En construction livraison prévue en 2027.

L’US Navy est la seule avec la marine nationale à mettre en œuvre des porte-avions nucléaires. Elle dispose de très loin de la force aéronavale la plus importante au monde avec quelque 1 300 aéronefs et onze porte-avions, dont dix de la classe Nimitz et un de la classe Ford, mettant en œuvre leurs Carrier Air Wing (groupe aérien embarqué). Ils disposent d’une excellente expérience opérationnelle, d’un bon taux de disponibilité, et de pilotes qualifiés. L’US Navy divise ses GAN en dix Carrier Strike Groups dont neuf sont basés aux États-Unis et un au Japon. La classe Ford remplace au fur et à mesure les anciens de la classe Nimitz. Le prochain à être admis au service actif sera le Kennedy dont la livraison est prévue en 2027[13].

 

[1] Stratégie économique lancée par le premier ministre Indien Narendra Modi en 2014. https://www.indianewsnetwork.com/fr/20240926/make-in-india-a-decade-of-transforming-india-s-manufacturing-landscape#:~:text=L%27initiative%20Make%20in%20India%20a%20%C3%A9t%C3%A9%20lanc%C3%A9e%20par,atteindre%201%20billion%20de%20dollars%20d%27exportations%20d%27ici%202028.

[2] Il est très probable que le réacteur du Type 004 soit un dérivé agrandi des PWR utilisés dans les SNLE chinois Type 094/096, conçu par CNNC/CGN, avec une puissance doublée ou triplée pour répondre aux besoins d’un porte‑avions nucléaire.

[3] https://meta-defense.fr/2025/04/17/porte-avions-chinois-type-004-wuhan/.

[4] En octobre 2018 un dock flottant a coulé et une grue s’est effondre sur le chantier. Puis En décembre 2019 un premier incendie majeur a lieu et un second en décembre 2022.

https://www.opex360.com/2022/12/23/le-porte-avions-russe-amiral-kouznetsov-encore-victime-dun-incident/.

[5] https://www.opex360.com/2025/07/12/la-russie-serait-sur-le-point-de-retirer-son-unique-porte-avions-du-service/.

[6] En l’occurrence les bâtiments de la classe Buyan et Gorschkov équipé du système Kalibr.

[7] https://www.navalnews.com/naval-news/2024/09/japan-maritime-self-defense-force-set-for-major-organizational-change/#:~:text=The%20new%20reorganization%20process%20will%20abolish%20the%20Japan,by%20the%20Japanese%20MoD%2C%20will%20be%20created%20instead.

[8] JMSDF changes its largest 'destroyer' classification from 'DDH' to 'CVM' - Naval News

[9] https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/04/28/l-inde-confirme-l-achat-de-26-avions-rafale-a-la-france_6600920_3234.html

[10] https://meta-defense.fr/2025/01/07/marine-turque-mugen-milden-2025/.

[11] https://www.nouvelles-du-monde.com/debut-de-la-construction-du-nouveau-porte-avions-de-fabrication-locale-de-la-marine-turque/.

[12] https://www.meretmarine.com/fr/defense/l-italie-va-mettre-en-service-son-plus-gros-batiment-de-guerre.

[13] https://defence-industry.eu/delivery-of-uss-john-f-kennedy-delayed-until-2027-cutting-u-s-navys-aircraft-carrier-fleet-to-ten/.

nécessité de continuité du savoir-faire

Royaume-Uni

classe configuration construction Chasse embarquée
Queen Elizabeth STOLV DIESEL F35B
Prince of Wales STOLV DIESEL F35B

Concevoir, construire, exploiter un porte-avions fait partie des compétences dites « stratégiques ». Cela nécessite, tout comme pour les sous-marins, une continuité dans le savoir-faire et un appareil industriel capable de répondre aux enjeux de la construction et de l’entretien de ces ponts-plats. Le cas britannique est intéressant à bien des égards dans la mesure où il démontre les conséquences que peut avoir un manquement dans la continuité de ce savoir-faire.

En 1982, au lendemain du conflit des Malouines, la Royal Navy alignait une flotte conséquente de 30 sous-marins, 4 porte-aéronefs, 15 destroyers et 31 frégates. Aujourd’hui, elle ne paraît plus que l’ombre d’elle-même, les restrictions budgétaires successives et la situation du pays ayant durement touché son format. Aujourd’hui, elle ne compte plus que 10 sous-marins, 6 destroyers, 6 frégates, et 2 porte-aéronefs. Elle a retiré du service actif quatre de ses porte-hélicoptères en l’espace de cinq ans. Sa composante aéronavale ne fut pas épargnée. En effet, elle a désarmé le HMS Invincible en 2005, le HMS Ark Royal en 2011, et enfin le HMS Illustrious en 2014. Elle a mis en service ses remplaçants, le Queen Elizabeth et le Prince of Wales, respectivement en 2019 et 2021. Ce qui veut dire que pendant 7 années, la Royal Navy n’a pu entretenir sa compétence aéronavale.

Pour ne rien arranger, Lockheed Martin, constructeur américain du F-35B, accuse du retard dans les livraisons. Ainsi, lors de la mise en service des bâtiments, ils ont appareillé avec des appareils des Marines américains ou des hélicoptères. Pour couronner le tout, maintenant que la Royal Navy a reçu 40 de ses appareils, elle ne peut en embarquer qu’une douzaine (une flotille) par manque de moyens ; un peu léger pour un bâtiment de 85 000 tonnes [contre 26 avions pour le Charles de Gaulle 40 000 t et 50 pour le Gerald Ford 100 000 t]. Mais ce n’est pas tout, à cause de soucis techniques et de problèmes de personnel, la Royal Navy a dû annuler sa participation en 2024 à l’exercice majeur de l’OTAN Steadfast Defender[14]. 

Ces lacunes matérielles et capacitaires criantes se sont d'ailleurs confirmées l'année suivante : lors du déploiement du groupe aéronaval  britannique dans la zone Indopacifique en 2025 (mission CSG25), les F-35B britanniques ne disposaient toujours pas de missiles air-sol [15] (le programme du futur missile Spear 3 accusant de sérieux retards). Leur arsenal d'attaque au sol se limitait à des bombes guidées Paveway IV. Tactiquement, cette différence est capitale : alors qu'un missile de croisière permet au chasseur d'engager sa cible à très longue distance (en tir stand-off) tout en restant hors de portée des systèmes anti-aériens ennemis, l'utilisation de bombes oblige l'appareil à s'approcher dangereusement de son objectif pour larguer sa munition, compromettant sa furtivité et l'exposant directement aux défenses adverses. De plus, incapable de fournir une escorte souveraine complète, la Royal Navy s'est retrouvée avec seulement deux de ses propres escorteurs pour protéger l'escadre, le reste de la protection du porte-avions ayant dû être assuré par des bâtiments de marines étrangères.En 2026, la royale navy a proposé aux États-Unis d'envoyer leurs porte-avions prince of wales en méditerranéen orientale, les États-Unis ont refusé, car la plus-value opérationnelle offerte serait négligeable. Malgré tout le gouvernement britannique a hésité, mais l'indisponibilité de sa flotte avoisine les 70%, elle ne peut donc ni assurer la protection ni le soutien d'un groupe aéronaval loin de ses ports bases dans l'immédiat. Son groupe aéronaval se contente donc de patrouiller en mer du nord avec deux frégates anti-sous-marines type 23, un ravitailleur tideforce. Le reste de l'escorte  est assuré  par un destroyer de classe Arleigh Burke  américain, et la frégate norvégienne Noms Roald Amundsenses. La marine britannique mettra plusieurs années pour retrouver un niveau opérationnel crédible dans le domaine aéronaval.

[14]https://www.opex360.com/2024/02/05/le-porte-avions-britannique-hms-queen-elizabeth-est-forfait-pour-lexercice-de-lotan-steadfast-defender/.

[15]The UK’s F-35 capability - NAO report

Tableau II Synthèse de la chasse embarquée

Aéronef Capacité d’emport (kg) Rayon d’action (km) Envergure (m)
Rafale M 9 500 1 500 10,86
SU 33 6 500 2 300 14,7
F18 Super hornet 11 800 2 300 13,62
F35 B 8 100    870 10,40
F35 C 8 100 1 140 13,10
J35 ~ 8 000 1 200 11,5
J15 6 500    800 14,70

Au dessus un Rafale marine avant son catapultage. Il est utilisé par la Marine Nationale et la marine indienne.

En dessous le J35 un dérivé naval du programme FC31 avion de combat de 5e génération de l’armée chinoise.

L'analyse des flottes mondiales met en évidence une course à l'armement aéronaval. Loin de délaisser ce navire, les grandes puissances multiplient les investissements. Les États-Unis maintiennent une flotte inégalée de 11 porte-avions nucléaires et 1 300 aéronefs. Ils assurent actuellement la transition vers la classe Gerald Ford (le John F. Kennedy est prévu pour 2027), introduisant des technologies de rupture comme les catapultes électromagnétiques (EMALS). L'objectif de Pékin est clair : concurrencer l'US navy. Avec déjà trois navires (dont le récent Fujian, équipé de catapultes) et un quatrième (le Type 004) en construction qui devrait être à propulsion nucléaire, la Chine vise une flotte de six porte-avions d'ici 2035. Pour sécuriser l'océan Indien, l'Inde a mis en service l'INS Vikrant (100 % "Made in India") et s'équipe de Rafale Marine français, avec un troisième porte-avions en projet. De son côté, le Japon opère un tournant historique dans sa doctrine de défense en transformant ses porte-hélicoptères de classe Izumo en porte-aéronefs capables d'opérer des chasseurs furtifs F-35B. Tandis que la Turquie a innové en créant le TCG Anadolu, le premier porte-drones au monde, le Royaume-Uni a fait son grand retour avec la classe Queen Elizabeth mais  que les déboires actuels (manque d'escorteurs, problèmes d'effectifs et d'intégration des armements du F-35B) prouvent que l'aéronavale exige un savoir-faire industriel et opérationnel qui ne souffre d'aucune discontinuité.