
Le Groenland
Histoire
Bien avant l'arrivée des Européens, plusieurs vagues de peuples paléo-eskimos venus d'Amérique du Nord (actuel Canada) traversèrent le détroit de Nares sur la banquise.
Les cultures Saqqaq et Dorset, chasseurs nomades de phoques et de rennes, vécurent pendant des millénaires dans le Grand Nord avant de disparaître ou d'être remplacés, probablement en raison des changements climatiques.
L'épisode suivant marqua la partie la plus célèbre de l'histoire groenlandaise. Banni d'Islande pour meurtre, le Viking Erik le Rouge explora une terre massive à l'ouest. Pour attirer des colons, il la nomma "Grønland" (Terre Verte), un habile coup marketing pour l'époque, bien que le sud de l'île fût effectivement plus vert qu'aujourd'hui grâce à l'optimum climatique médiéval.
Les Vikings fondèrent deux colonies principales et vécurent de l'élevage ainsi que de l'exportation d'ivoire de morse, alors très prisé en Europe. Cependant, vers 1450, les Vikings disparurent totalement du Groenland. Les causes probables en étaient le refroidissement climatique (le "Petit Âge Glaciaire"), la chute du cours de l'ivoire et les conflits avec les nouveaux arrivants.
En effet, pendant que les colonies vikings déclinaient, une nouvelle culture arriva d'Alaska : les Thulé, ancêtres directs des Inuits actuels. Contrairement aux Scandinaves, ils possédaient une technologie parfaitement adaptée à la glace : le kayak, l'umiak (grand bateau en peau) et le traîneau à chiens. Ils s'imposèrent ainsi comme les véritables maîtres de l'Arctique.
Après des siècles de silence, le Danemark décida de reprendre contact avec l'île. En 1721, le missionnaire luthérien Hans Egede partit à la recherche des descendants des Vikings pour les convertir, mais ne trouva que des Inuits. Il fonda la ville de Godthåb (aujourd'hui Nuuk). Le Groenland devint alors officiellement une colonie danoise où le commerce, centré sur la pêche et l'huile de baleine, fut monopolisé par l'État.
Le tournant géopolitique s'opéra lors de la Seconde Guerre mondiale. Alors que l'Allemagne occupait le Danemark en 1940, les États-Unis prirent le Groenland sous leur protection pour empêcher les nazis d'y installer des bases météorologiques. Le territoire devint une pièce maîtresse de la stratégie mondiale. Les Américains y construisirent des bases aériennes, comme celle de Thulé, qui restèrent cruciales pendant la Guerre froide pour surveiller l'URSS.
L'évolution politique s'accéléra par la suite : en 1953, le Groenland cessa d'être une colonie pour devenir une province danoise. En 1979, l'île obtint l'autonomie interne (Home Rule). Enfin, en 2009, cette autonomie fut élargie (Self-Government) : les Groenlandais furent reconnus comme un peuple selon le droit international et le kalaallisut devint la langue officielle.
Géopolitique
Situé au cœur du cercle polaire, ce territoire immense ne compte que 56 000 habitants repartis essentiellement autour de la ville de Nuuk sa capitale. Sa surveillance dans les zones les plus isolées est assurée par une unité de légende : la Patrouille Sirius. Cette force d’élite, composée de seulement 27 soldats danois et de leurs traîneaux à chiens, patrouille dans le parc national du Nord-Est (le plus grand du monde). Bien que le Groenland soit un territoire d'outre-mer du Danemark, il jouit d'une autonomie quasi totale depuis 2009. Copenhague ne conserve la mainmise que sur deux domaines régaliens stratégiques : la défense et les relations étrangères. Comme on mentionne plus haut, l’intérêt des États-Unis pour le Groenland n’est pas nouveau, il est historique et pragmatique :
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1941 : Lors de la Seconde Guerre mondiale, le Danemark occupé confie la sécurité de l'île aux États-Unis, qui y bâtissent la base stratégique de Thulé (récemment renommée Pituffik).
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1946 : Le président Harry Truman tente d'acheter l'île pour 100 millions de dollars en or. Le Danemark refuse.
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Depuis 2019 : L'idée d'une annexion ou d'un rachat est revenue au cœur de la doctrine américaine, marquant un regain d'intérêt vital pour la zone d'influence proche.
Au-delà des ressources naturelles, la priorité absolue de Washington est aujourd'hui de sanctuariser le continent via un bouclier technologique global : le « Golden Dome ». Cette stratégie de défense aérienne repose sur une réalité géographique implacable. En cas de conflit, les missiles balistiques russes partiraient de leur bastion stratégique de la péninsule de Kola. Sur un globe, la trajectoire la plus courte vers les États-Unis passe par le pôle Nord, plaçant le point culminant (l'apogée) du missile au-dessus du Groenland. Pour le Pentagone, l'objectif est d'intercepter ces vecteurs lors de leur « boost phase » (segment ascendant). C’est le moment où le missile est le plus vulnérable : massif, relativement lent et dégageant une signature thermique colossale. En positionnant ses radars avancés et ses intercepteurs sur le sol groenlandais, Washington s'offre la capacité de briser la frappe russe avant même qu'elle n'atteigne l'espace.
Le duel face au bloc Sino-Russe
Le constat est sans appel : la Russie possède plus de la moitié de l'Arctique. Moscou a fait de cette zone sa priorité nationale numéro 1 (voir MARITIME DOCTRINE OF THE RUSSIAN FEDERATION section II point 14), revendiquant le contrôle de la Route Maritime du Nord (RMN) pour concurrencer le canal de Suez. Pour appuyer cette ambition, la Chine s'est alliée à la Russie en investissant massivement dans les infrastructures et les brise-glaces. Pendant que les yeux de l'Occident sont rivés sur le conflit ukrainien, Washington réorganise ses priorités stratégiques. Et l'Ukraine n'en fait plus partis, le contrôle du verrou groenlandais lui l'est.
"Tout ce qui est bouclier anti-missile remet en cause l'equillibre de la dissuasion entre les etats au niveau strategique" Caroline Galecteros
Le discours de Davos (cliquer sur l'image en dessous pour analyse complete)
L'aspect le plus spectaculaire du discours de Trump est son exigence d'obtenir la pleine propriété du Groenland auprès du Danemark. Trump présente cette acquisition comme une récompense pour la protection accordée par les États-Unis à l'Europe depuis 1945. Il rappel que le Groenland est vital pour la sécurité nationale américaine. Il permettrait d'installer un nouveau bouclier antimissile le fameux 'Golden Globe'. En raison de la courbure de la Terre, les missiles russes lancés depuis la péninsule de Kola vers les États-Unis passent au-dessus du Groenland. Être présent sur place permet d'intercepter ces missiles à leur apogée. L'enjeu est aussi commercial avec l'exploiation de la route maritime du nord RMN.
Le "Board of Peace" (BOP)
Trump a également annoncé la création d'un "Conseil de la Paix", une structure qui semble vouloir contourner ou doubler les instances multilatérales traditionnelles comme l'ONU ou le G7. Ce conseil réunit Russie, Turquie, Israël, la Biélorussie ont été mentionnés comme invités mais la Chine est exclu pour l'instant.Trump en est le premier président et détient un pouvoir total (choix des membres, droit de veto, désignation de son successeur). L'entrée dans ce club coûterait un milliard de dollars, fonds officiellement destinés à la reconstruction de Gaza. Le BOP s'appuie sur une résolution de l'ONU concernant Gaza (résolution 2803) pour acquérir une personnalité juridique internationale, offrant ainsi immunité et privilèges à ses membres. L'Europe est mise au pied du mur par Trump : soit elle accepte ses exigences sur le Groenland, soit elle s'expose à de lourdes représailles économiques et un abandon total sur le dossier ukrainien.
Vous l'avez compris, les États-Unis ne lâcheront rien pour le Groenland et fait cocasse, en marge du discours de Davos, ils ont tout simplement 'court circuite' les Danois. Rappelez-vous que le Gouvernement danois exerce les compétences de politique étrangère et du domaine de la défense pour le Groenland. Malgré ça on a appris que ce mercredi 21 janvier que Donald Trump et le Secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, ont scelle un accord en validant l'intégration du Groenland au bouclier antimissile "Golden Dôme", Washington semble avoir acté une stratégie du fait accompli qui contourne de facto la souveraineté danoise. En négociant directement avec l'Alliance atlantique un statut de "souveraineté opérationnelle" pour ses bases calqué sur le modèle des enclaves britanniques à Chypre, les États-Unis s'arrogent désormais la liberté de déployer des capacités balistiques stratégiques sans nécessiter l'aval politique de Copenhague. Ce mouvement démontre sans ambigüité que, pour la Maison-Blanche, l'impératif de sécurité du "Dôme" prime désormais sur l'intégrité territoriale de ses alliés, reléguant le Danemark au rang de spectateur sur son propre territoire.
L'aspect sécuritaire est le point primordial de cette affaire, mais il y en a un autre, secondaire, mais qui arrange aussi les Américains : l'exploitation des terres rares du Groenland. La aussi les États-Unis ont le moyen de 'court circuiter' le gouvernement danois, souvenez vous en 2009 Le Groenland est devenu autonome, dans ce cadre il dispose de la compétence exclusive sur ses ressources minérales. C'est le gouvernement de Nuuk (Naalakkersuisut) qui délivre les permis, et non Copenhague ou Bruxelles. Pourquoi il aurait été question de Bruxelles ? Car les Européens ont tenté d'imposer leurs normes (ESG) qui auraient pu constituer un moyen de pression légal, mais le Groenland a refusé. Le « Mineral Resources Act » du Groenland est la seule loi régissant l’extraction des sols. Par conséquent, les États-Unis peuvent traiter directement avec eux, sans l’accord de l’Europe. Et ils ne s'en sont pas privés, en effet, en juin 2024, on a appris que l'agence de crédit à l'exportation des États-Unis (US EXIM Bank) a émis une lettre d'intérêt formelle pour financer le projet minier de Tanbreez (sud du Groenland) à hauteur de centaines de millions de dollars. Il est important de se souvenir que la diversification de l’approvisionnement en terres rares fait suite aux sanctions imposées par la Chine aux États-Unis dans le domaine de la défense. Dans ce cadre les États-Unis en 2022 ont signé le CHIPS ACT, qui a pour objectif d'augmenter la production de semi-conducteurs de 12% actuellement à 20% [la Chine en contrôle 70%].
Le Groenland n'est plus seulement une île, c'est devenu le pignon de sécurité du "système Amérique". La démonstration est implacable : en sécurisant le ciel via l'accord Trump-Rutte pour le "Golden Dome", et en verrouillant le sous-sol via le financement de Tanbreez pour alimenter le CHIPS Act, Washington a de facto intégré le territoire à son périmètre national. Le Danemark se retrouve piégé dans un étau : juridiquement souverain, mais stratégiquement obsolète. Face à cette double offensive militaire et industrielle l'histoire semble déjà écrite. Dans le silence glacé de l'Arctique, une certitude demeure : l'aigle américain étendra bientôt, ses ailes sur Nuuk.
En vous remerciant de votre lecture.