Dossier : porte avions

VII La place du porte avion dans la puissance maritime

1 Histoire de la puissance maritime

Les puissances maritimes en Europe

On redécouvre souvent l’importance des océans en affirmant qu’ils furent ou seront maritime en réalité ils l’ont toujours été. La mer occupant 75% du globe a naturellement une place prépondérante dans l’affrontement des nations sur mer, ou leurs intérêts n’ont cessés de croitre avec des routes maritimes toujours plus importantes. Les exemples ne manquent pas. On peut citer les guerres médiques avec la bataille de Salamine (480 av. J.-C) ou le professeur Flacelière dans sa notice de Plutarque [1]  dit de Thémistocle qui mena la bataille : « Sa politique maritime et impériale tournée autant vers l’occident que vers l’orient, est à l’origine de celle de Périclès à qui il a préparé les voies en génial précurseur. » Puis dans la guerre du Péloponnèse avec Sparte contre Athènes avec la bataille d'Aigos Potamos (405 av. J.-C.) ou Lysandre vainquit définitivement Athènes. Comment ne pas parler des guerres puniques opposant la république Romaine à Carthage dont la bataille du cap Ecnome (256 av. J.-C.) en est le symbole ou Rome renversa la tendance à force d’une volonté de fer. En effet Rome malgré plusieurs défaites antérieur avait réussi à rebâtir une flotte en trois mois et à reprendre le combat comme si « elle avait été possédée par des démons » [2] pour reprendre l’expression d’Isaac Azimov.  Végèce [3] nous parle déjà de l’importance de la puissance maritime : « celui qui domine la mer semble tenir aussi l’empire sur terre. » Ainsi Après la conquête de la méditerranée par Rome elle devint une ‘mare nostrum’ « permettant le contrôle total de la mer et l'instauration de la Pax Romana, sur l'ensemble de l'empire, ouvrant ainsi une période de grande prospérité.[4] » Bien avant notre ère l’importance de la puissance maritime était déjà connue.

Au moyen âge pendant la période des grandes découvertes le Portugal et l’Espagne se partagèrent le monde lors du Traité de Tordesillas (1494) sous l’égide du pape. Puis l’Armada espagnole fut vaincue par l’Angleterre en 1588. Après le traité de Westphalie de 1648 les Provinces-Unies deviennent indépendantes et une puissance maritime en pleine ascension, et deviennent très vite rivaux de l’Angleterre dans le commerce mondial, notamment en Asie, en Afrique et dans les Amériques. Les tensions s’exacerbent avec les Actes de Navigation de 1651, qui favorisent les navires anglais et excluent les Néerlandais du commerce anglais. De ce fait  la Royal navy et la marine néerlandaise s’affrontèrent durant trois conflits : 1652–1654 1665–1667 1672–1674. C’est durant cette période que le célèbre l’amiral De Ruyter vécu, le lieutenant de vaisseau Barjot disait de lui : « Ruyter apporte la prudence et le courage du marin qui rendent pratiquement réalisable les grands desseins [5]. » L’Angleterre avait vaincu successivement deux rivaux maritimes l’Espagne et les Provinces -Unis, mais il lui fallut désormais vaincre un nouveau compétiteur de taille sur les mers. Elle lui livra un combat acharné de 1688 à 1815 dans ce qu’on appelle ‘la seconde guerre de cent ans [6] : Le royaume de France. Jacques Bainville [7] parlent de cette rivalité comme  « La France est Rome, l’Angleterre est Carthage. »

La naissance de la puissance maritime Française

Sous Richelieu, la France amorça sa politique maritime. En 1626, il créa la Marine royale, centralisa les arsenaux fonda les garde-côtes. Il regarda la mer comme un levier stratégique pour affirmer la puissance française face à l’Angleterre et l’Espagne. Sa vision est souvent résumée à cette citation « La puissance en armes requiert non seulement que le roi soit fort sur la terre, mais aussi qu’il soit puissant sur la mer. [8] » Puis Colbert ministre de Louis XIV, prolongea cette ambition. Il développa les ports militaires de Brest et Rochefort, fonda la compagnie de commerce des Indes orientales, et développa la flotte. Il imposa une discipline administrative, créa les écoles de marine, fit de la France une puissance maritime et navale. Ainsi en 1690 la puissance navale française atteint son apogée de 120 navires qu’elle failli réitérer sous louis XVI [9]. Contrairement a l’Angleterre la France a toujours été confronté à une dualité stratégique entre sa puissance terrestre et maritime de par sa position, ou durant les nombreux conflits qui ont fait son récit national elle du arbitrer ses dépenses en fonction des nécessités géopolitiques, souvent terrestres. Ajouter a cela une spécificité la France possède deux façades maritimes : Atlantique et méditerranée pour pouvoir concentrer ses forces elle devait obligatoirement faire transiter ses flottes par Gibraltar. Angleterre et France s’affrontèrent dans plusieurs conflits successifs : guerre de la ligue d’Augsbourg, guerre de succession d’Espagne, guerre de sept ans, guerre d’indépendance américaine, guerres révolutionnaire et napoléonienne. Durant cette période par deux fois la France « a été plus près que jamais d’avoir le control de l’Europe [10]. » 

Sous l’Empire, Napoléon tenta de rivaliser avec la Royal Navy. Malgré des efforts pour reconstruire la flotte [11] dans le prolongement de la politique de louis XVI, qui avait été interrompu par la révolution. La bataille de Trafalgar (1805) vint marquer une défaite décisive. La France perdra définitivement sa suprématie maritime au profit de l’Angleterre. Jean Mayer nous en livre un commentaire réaliste [12] « 1815 date fatidique, qui marquer au bout de 20ans de combats navals, la fin de tous rêves maritime de la France. La sentence, il est vrai, était tombe dès Aboukir. La suite n’est que conclusion inévitable. Se termine ainsi la deuxième guerre de cent ans, commencée en 1688, opposant en un duel sans merci, les deux grandes puissances navales que sont la France et l’Angleterre. Après l’élimination de l’Espagne avec sa défaite de l’invincible armada, celle de la hollande, obtenue au prix de trois grands conflits, voici celle de la France vouée jusqu’en 1880, au second rôle, en attendant moins encore. » Ainsi débute la pax britannia qui durera un siècle.  Le Second Empire de Napoléon III relança la marine avec des innovations techniques : apparition des navires à vapeur, des cuirassés comme le Gloire, et modernisation des arsenaux. La France devint la deuxième puissance navale mondiale, derrière la Grande-Bretagne. La chute du second empire avec la bataille de Sedan en 1870 mettra fin à cet effort maritime. Puis À la fin du XIXe siècle, un débat stratégique mena à des « errements [13]»  du  développement maritime de la France opposant :

  • La Vieille École, favorable aux grandes flottes de ligne défendu par des amiraux comme Darrieus [14] ou Castex
  • La Jeune École, qui prône l’usage de croiseurs légers, torpilleurs, et guerre de course défendu par l’amiral Aube[15]

Pendant la première Guerre mondiale, la marine française jouera un rôle secondaire, concentrée sur la protection des convois et le blocus de l’Adriatique. Puis dans les années 30 un certain Darlan s’occupa de réarmer la marine et fit de la marine nationale a la veille du second conflit mondial, la quatrième flotte mondiale derrière celles du Royaume-Uni, des États-Unis et du Japon. Elle comptait   300 navires de guerre avec le format suivant :

  • 7 cuirassés (dont Richelieu et Jean Bart, en construction)
  • 1 porte-avions (Béarn)
  • 19 croiseurs
  • 71 contre-torpilleurs et torpilleurs
  • 77 sous-marins

Laissons la parole à Jenkins [16] qui dresse le constat suivant : « Il avait vraiment fait d’elle un corps d’Elite mais sans remédier à toutes ses faiblesses. L’une d’elle était l’aviation navale et une autre l’insuffisance de défense contre avion a bord des navires ; la France était aussi très en arrière sur la grande bretagne pour tout ce qui était matériel et équipement anti sous-marin. »  Mers el Kebir et le sabordage de Toulon n’ont malheureusement pas laissé l’occasion à cette force formidable de participer pleinement au conflit.

[1] Plutarque, Vies. Tome II : Solon - Publicola - Thémistocle – Camille, Budé Belles lettres 1961.

[2] Isaac Asimov , Les Grecs, Belles lettres 1965.

[3] Renatus Flavius Vegetius Vegece De Re Militari : Traité d'instruction de la chose militaire, La bannière 2025.

[4] A de Graauw. Mare Nostrum -Le cœur de l'empire romain. Hérodote - Revue de géographie et de géopolitique, 2019.

[5] Hubert Granier (Amiral) L'amiral de Ruyter au combat (1607-1676), Economica 1992.

[6] Pierre Gaxotte La Révolution française, Paris, Fayard,1984.

[7] Jacques Bainville Histoire de France, édition Phoenix, 2024.

[8] Richelieu, testament politique, Honore Champion 2012.

[9] Louis XVI a lancé une politique navale ambitieuse, en 1792 la marine alignait la force considérable de 144 bâtiments, supérieur qualitativement aux bâtiments de la royale navy, rendu inutilisable à cause des désordres de la révolution.

[10] Paul Kennedy, naissance et déclin des grandes puissances, Payot 1991.

[11] Le format 1813 prévoyait une flotte de 150 navires, en raison des défaites d’Aboukir, Trafalgar et Aix celui-ci atteindra 118 navires.

[12] Hubert Granier (Amiral) Histoire des marins français 1789 - 1815, Marines edition,1998.

[13] Hubert Granier (Amiral) Histoire des marins français 1870 - 1940, Marines edition, 2007.

[14] Le vice-amiral Darrieus est officier de la marine française de 1881 – 1921 il a commandé le sous-marin Gymnote, le croiseur Du-Chayla, le cuirassé République. Il est l’auteur de La guerre sur mer paru en 1907 et membre de l’académie de marine.

[15] Le Vice-amiral Hyacinthe Laurent Théophile Aube est officier dans la marine française de 1846 à 1886. Il est l’auteur de La guerre maritime et les ports militaires de la France paru en 1882.

[16] E.H Jenkins Histoire de la marine Française, Albin Michel,1973.

 

L’aéronavale 70ans de maitrise opérationnelle française

Directement après le second conflit mondial la marine française fut engagée dans Le conflit en Indochine [1] et marqua le début de carrière de l’aéronavale française. Elle y emploiera successivement les portes avions Dixmude, Arromanches, et La Fayette. Ces bâtiments devenant trop vieux et étant des prêts de l’US Navy ou de la Royal Navy, la France décida de mener son propre programme dans le cadre de sa politique d’indépendance stratégique mené par le général De Gaulle [2]. Un premier projet émergea avec un porte-avions de 15 700 tonnes, rapidement stoppé par le manque d’appareils disponibles et le manque de budget.  « Finalement, l’arrêt du projet fut bénéfique, la Marine put entre temps adapter ses nouveaux plans à l’avance technologique que fut l’avion à réaction (crusader, étendard IV). Le successeur pourra donc recevoir une piste oblique, disposer d’une vitesse suffisante, et être capable de stocker et catapulter un avion à réaction [3]. » Le projet PA54 voit le jour en 1953. La marine table sur 3 porte-avions (6 étaient prévus en 1949). La construction du Clemenceau est lancée en 1955, puis celle du Foch en 1957. Ils furent admis au service actif respectivement en 1961 et 1963. Ils totalisent chacun le million de nautiques et ont eu un riche parcours opérationnel :

  • 1968 : déploiement de la Force Alfa dans le Pacifique. (Essais nucléaire en Polynésie)
  • 1974-1977 : opérations Saphir I et II dans l’océan Indien lors de l’accession à l’indépendance   de la République de Djibouti.
  • 1983-1984 : opération Olifant en Méditerranée orientale lors de la guerre civile libanaise.
  • 1987-1988 : opération Prométhée en mer d’Oman lors de la guerre entre l’Iran et l’Irak.

En 2001, la Marine nationale mit en service le Charles de Gaule, unique porte-avion à propulsion nucléaire européen. Il déplace 42 000 tonnes, mesure 262 m de long, peut embarquer au maximum 40 Rafales marine, 2 E2-C Hawkeye, plus 4 hélicoptères. Il dispose d’une autre spécificité : il peut embarquer le binôme ASMP-A/rafale. L’ASMP-A c’est quoi ? C’est un missile tactique capable d’emporter une charge nucléaire, d’une portée de 500 km. Le porte-avion participe donc pleinement à la dissuasion. Comme le dit Lars Wedin « elle peut être conventionnelle ou nucléaire » [4].

En effet, le GAN constitue un véritable outil de projection de puissance, nécessaire à l’heure ou nos interventions expéditionnaires ne sont plus sans entrave [5].

Depuis sa mise en service, il a prolongé le riche passé opérationnel de ses prédécesseurs [6] :

  • Mission Héraclès (2001-2002) : déploiement en mer d’Arabie pour soutenir les opérations de la coalition internationale en Afghanistan (opération Enduring Freedom).
  • Opération Harmattan (2011) : Déploiement au large de la Libye contre les forces de Kadhafi.
  • Opération Bois Belleau (2013-2014) : Déploiement dans le nord de l’Océan Indien et le golfe Arabo-Persique, participant notamment à des manœuvres avec le groupe aéronaval américain.
  • Opérations Arromanches (2015) : Déploiement à plusieurs reprises dans la lutte contre Daech au Levant, menant des frappes aériennes en Syrie et en Irak dans le cadre de l’opération Chammal.
  • « Foch » (2020): Déploiement au levant soutient à l’opération Chammal.
  • Missions « Clemenceau » (2019, 2025): déploiement en Indopacifique.

II Le basculement géopolitique

sommet de Kazan 

Dans la partie II en faisant un tour d’horizon des flottes mondiales de portes aéronefs et de portes avions nous avons observé la transposition des relations internationales dans les puissances navales. Ce regain d’intérêt découle directement du déclin de l’occident d’une part qui permet à de nouveaux acteurs de s’affirmer et d’autre part du basculement géopolitique qui n’est non plus en Europe comme du temps de la guerre froide et avant elle des deux conflits mondiaux et des guerres européennes, mais en Asie. Matérialisant cette mouvance du pivot mondial citons deux événements dont on ne mesure pas assez la portée. Commençons avec le sommet de Kazan qui s’est tenue en Russie, du 22 au 24 octobre 2024. L’institut Montaigne en parle comme ‘le plus grand événement diplomatique organisé par la Russie depuis la Seconde Guerre mondiale’ [1]. Les 9 membres des BRICS étaient présent : Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud, Égypte, Éthiopie, Iran, Émirats arabes unis plus une trentaine de pays invités, dont la Turquie, l’Arabie Saoudite, la Serbie, le Venezuela, et plusieurs États africains et asiatiques. António Guterres, secrétaire général de l’ONU, était également présent. Les thèmes évoqués furent l’affirmation d’un nouvel ordre mondial multipolaire, la volonté de réformer les institutions internationales, promotion de l’usage des monnaies locales pour réduire la dépendance au dollar et  appels à la paix dans plusieurs zones de conflit : Gaza, Liban, Ukraine, Soudan. Ce sommet a donné lieu à la déclaration des ’12 thèses’ [2] de Kazan. Ces douzes points affirment un monde multipolaire respectant le droit de chaque État à l'autodétermination, sans ingérence ni récits centrés sur l'Occident. un Appel à refonder l'ONU et les institutions financières (FMI, Banque mondiale) pour mieux représenter les puissances émergentes. Une promotion du droit international et de la médiation pacifique des conflits, tout en s'opposant aux sanctions unilatérales et à la prolifération nucléaire. Un plaidoyer pour une justice commerciale, une transition énergétique adaptée au Sud et une vision des droits de l'Homme respectueuse des contextes locaux. Enfin un renforcement de la coopération technologique et culturelle pour instaurer un nouvel ordre diplomatique fondé sur la dignité partagée.

Sommet de Tianjin

Le sommet s’est tenu à Tianjin, dans le nord de la Chine, les 30 et 31 août 2025. Le choix de Tianjin n’est pas anodin puisque c’est le lieu où fut signe la traite du même nom en 1862 [3]. C’était le plus grand sommet de l’OCS depuis sa création, avec plus de 30 chefs d’État et de gouvernement présents. Xi Jinping (Chine), Vladimir Poutine (Russie), Narendra Modi (Inde), Recep Tayyip Erdogan (Turquie), Kim Jong Un (Corée du Nord), Ebrahim Raïssi (Iran) en plus de trente délégations internationales. Le sommet a été suivi d’un défilé militaire à Pékin, en présence de Kim Jong Un et Poutine, renforçant l’image d’un front uni contre l’Occident. Le sommet (marqué par la visite historique de Modi en Chine) a acté l'union de l'Asie et du Moyen-Orient pour un ordre mondial "juste et ordonné", loin de l'influence américaine ainsi qu'un appel urgent à refondre le Conseil de sécurité de l'ONU [tout comme Kazan] pour le Sud Global et  dénonce de facon virulente des sanctions  des États-Unis. Il Condamne les frappes israéliennes et et l'élargissement de l'OTAN, avec la volonté de créer une architecture de sécurité régionale alternative. Il affirme  la Chine comme pilier de stabilité  des partenariats Sud-Sud dans l'énergie, la technologie et les infrastructures.

Il faut bien nuancer la portée de ces deux sommets celui de Kazan est une manifestation du sud global en faveur de la multipolarité. Celui de Tianjin est essentiellement au service des intérêts économiques et sécuritaire chinois et défie ouvertement l’ONU et son ordre internationale instaurer à l’issue de la seconde guerre mondiale, c’est pourquoi on parle souvent d’un nouveau Yalta [5]. Kissinger dès la première page de son ouvrage Diplomaty [6] nous disait

« Il semblerait qu’à chaque siècle surgisse, avec une régularité qui ferait croire à une loi de la nature un pays ayant la puissance, la volonté l’élan intellectuel et moral nécessaire pour modeler le système international conformément à ses valeurs propres. »

[1] Un moment BRICS ? Leçons du sommet de Kazan | Institut Montaigne

[2] Les 12 thèses de Kazan : rhétorique du nouvel ordre des BRICS | Le Grand Continent

[3] Le traité Tianjin est un traité de paix qui fut signé le 26 juin 1858, clôturant la première phase de la seconde guerre de l'opium (1856-1860). Les partis signataires furent le Second Empire français, le Royaume-Uni, l'Empire russe et les États-Unis. Ce traité permettait l'ouverture de onze nouveaux ports chinois  aux étrangers, autorisant des délégations étrangères à Pékin, ainsi que l'activité des missionnaires chrétiens et légalisant l'importation de l'opium. Il fut ratifié par l'empereur de Chine à la convention de Pékin en 1860, à la fin de la guerre. Cette période dans l’histoire Chinoise est nomme ‘siècle de la honte’.

[4] Poutine, Xi : la déclaration de Tianjin (texte intégral)

[5] Caroline Galecteros , vers un nouveau Yalta recueil de chroniques géopolitiques, SIGEST, 2023.

[6] Henry Kissinger, Diplomatie, Fayard 1996.

L’indopacifique zone pivot du basculement géopolitique

Lors de la guerre froide les priorités sécuritaires occidentales se situaient en Europe or avec la chute de l’URSS, et le déclin occidental et l’ascension de la chine au rang de superpuissance a eu pour effet de basculer la zone pivot historiquement situe en Europe à l’indopacifique ou l’on pense surtout à la rivalité sino-américaine, mais on ne peut pas résumer l’importance de cette zone a ce seul fait. La zone indopacifique comprend plus de 60% de la population mondial avec des géants comme l’Inde ou la Chine. La zone à elle seule représente 40% du pib mondial, traduction de la dynamique économique de la région avec des acteurs comme le Japon l’Indonésie, ou le Vietnam avec une croissance avoisinant les 7% annuelle. La zone est aussi le centre des échanges mondiaux avec une route maritime mondiale qui traverse le détroit de Malacca [1] ou transite 70% du commerce mondial.

La Chine une superpuissance en indopacifique

Fort de ce constat en 2003 le président Chinois Hu Jintao dévoile le dilemme de Malacca. Le constat est simple l’économie chinoise dépend en grande partie de son approvisionnement et exportation qui passe par Malacca. Ce détroit prendra d’autant plus d’importance que dans un des volets du plan China 2049 il y est question de la réunification de Taiwan sur laquelle nous allons revenir, mais aussi du projet de la new belt road  (BRI) ou nouvelle route de la soie initie par xi Jinping passant par Malacca et du point de vu chinois rend d’autant plus nécessaire le control de la mer de chine méridionale. C’est pourquoi en 2012 Hu Jintao appelle la chine à devenir une puissance maritime. La nature même de la géographie chinoise donne lieu à un paradoxe : c’est un pays immense mais dont le domaine maritime est enclavé. Au nord par la mer jaune, à l’est par la mer de chine orientale et au sud par la mer de chineméridionale. De ce fait la Chine possède un rapport zones économique exclusives sur surface terrestre de 0,4 contre 1,2 pour les états unis et 17,2 pour la France [2]. Ce constat a donné la stratégie maritime des onze traits apparue pour la première fois sur une carte chinoise en 1947, sous le nom de ligne en onze traits, réduite à neuf dans les années 1950, solution à la problématique de l’enclavement le domaine maritime chinois. Elle englobe environ 90 % de la mer de Chine méridionale, incluant les archipels des Spratleys, Paracels, Pratas, et le banc Macclesfield. La Chine affirme que ces zones sont historiquement sous sa souveraineté. En 2016, la Cour permanente d’arbitrage de La Haye a jugé que : La ligne en neuf traits n’a aucune base légale selon la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (CNUDM). La Chine a refusé de reconnaître cette décision, la qualifiant de "nulle et non avenue".

 

[1] 70 000 navires par an transit par Malacca , soit un quart du trafic mondial : un navire y passe toutes les 8 minutes.

[2] Numéro 109 De l’histoire navale aux défis maritimes contemporains institut de stratégie comparé 2015.

La république de Chine (Taïwan) dont la république populaire de Chine en revendique le territoire depuis la guerre civile qui opposa Mao Tse tung [3] (régime communiste chinois) à Tchang Kaï-chek [4] (parti nationaliste chinois) de 1948 à 1950. Le conflit se solda par le repli des nationalistes sur l’ile de Taïwan. En 1971, à la suite d'une demande formulée par 17 de ses membres, puis du rejet par la république populaire de Chine d'une proposition des États-Unis de reconnaître les deux nations chinoises l'ONU vote une résolution, par laquelle la république de Chine perd son siège au profit de la république populaire de Chine, qui devient le seul représentant de la Chine à l’ONU. En 2021 Xi Jing ping a déclaré [5]  ‘promettre une réunification pacifique’ des deux pays. D’un point de vue géopolitique le soutient à ce territoire permet à Washington d’avoir un point d’appui conséquent dans la région pour contre balancer la puissance chinoise. D’un point de vue géostratégique l’ile se situe au sud de ce qu’on appelle la première chaine d’ile, et elle control l’accès de la mer de chine orientale à  la mer de chine méridionale. Le control de l’ile par la chine pourrait ainsi lui permettre de se dégager de la marge de manœuvre pour son domaine maritime. D’un point de vue économique l’ile est leader mondial de production des semi-conducteurs avec 90% de la production mondiale. Elle abrite les entreprises comme TSMC (Taiwan Semiconductor Manufacturing Company) et  UMC (United Microelectronics Corporation) elles fournissent les géants du numériques comme Apple, Nvidia, AMD, Qualcomm, et même Intel pour certaines commandes.  Les États-Unis, l’Europe, le Japon et la Chine dépendent tous de Taïwan pour leurs puces les plus avancées. Cette dépendance est appelée le « bouclier de silicium » : toute perturbation de la production affecterait l’économie mondiale. Le niveau technologique de l’industrie Chinoise lui permet actuellement de produire de puces de gravure en 22 à 28 nm on est encore loin des 2 nm maitrise par l’industrie Taiwanaise qui garde une avance technologique durable. Les états unis pour réduire leurs de dépendance de ont considérablement renforcé leur capacité industrielle de production de semi-conducteurs, notamment grâce au CHIPS and Science Act [6]. Leur part dans la production mondiale est ainsi passée de 10 % en 2022 à environ 14 % en 2025 avec des ambitions d’atteindre 28 % d’ici 2032, tout comme Taiwan et contrairement à la chine les Etats-Unis maitrise la gravure jusqu’à 2 nm.

Pour appuyer ses revendications sur l’ile, Pékin organise un exercice bi-mensuel appelé ‘joint sword’ au large des côtes taiwanaise. Depuis quelques années les portes avions chinois participants à l’exercices ont permis à la PLAN d’augmenter significativement ses capacités aériennes puisqu’elle ne dépend plus de ses bases aériennes continentale. La PLAN en cohérence avec la stratégie Chinoise de devenir une puissance maritime (sea power) a développé rapidement sa puissance navale avec un tonnage passant ainsi de 1,5 million de tonnes en 2015 à plus de 2,3 millions de tonnes en 2025 avec une flotte de  400 navires, dépassant numériquement celle des États-Unis. Elle appuie ses moyens en proportion de ses ambitions et applique le principe de Richelieu « La logique requière que la chose qui doit être soutenue et la force qui doit la soutenir soient en proportion géométrique l’une par rapport à l’autre [7].» Dans ce rapport de force elle a fait du développement de sa capacite aéronavale une priorité [8]. Nous l’avons vu dans le chapitre II la Chine compte deux portes aéronefs, un porte avion et bientôt un second va suivre qui devrait être aussi important que ceux de la classe Ford. Face à cette montée en puissance l’US navy [9] ‘subit’ la montée en puissance de son rival, elle consacre désormais jusqu’ 70% de ses moyens à la seule zone indopacifique.

 

[1] 70 000 navires par an transit par Malacca , soit un quart du trafic mondial : un navire y passe toutes les 8 minutes.

[2] Numéro 109 De l’histoire navale aux défis maritimes contemporains institut de stratégie comparé 2015.

[3] Mao tse tung (1893-1976) dirigeant communiste et fondateur de la république populaire de Chine de 1949 à 1976.

[4] Tchang Kaï-chek (1887-1975) dirigeant nationaliste Chinois de Taiwan de 1950 à 1975.

[5] https://www.theguardian.com/world/2021/oct/09/xi-jinping-vows-taiwans-reunification-with-china-will-be-fulfilled.

[6] Le CHIPS and Science Act est une loi promulguée par le président Joe Biden en août 2022, visant à renforcer la production de semiconducteurs aux États-Unis grâce a un financement de 52 milliards de dollars.

[7] Richelieu, testament politique, Honore Champion 2012.

[8] Deux porte-avions chinois aperçus pour la première fois en opération simultanée dans le Pacifique

[9] La Marine chinoise progresse 7 fois plus vite que l'US Navy, et cela inquiète les amiraux américains

Les alliances en indopacifique

Le dynamisme de cette zone pivot s’exprime également par plusieurs alliances dans la région : l’OCS L’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) est une alliance régionale fondée en 2001 à l’initiative de la Chine et de la Russie, avec pour objectif principal la sécurité collective, la coopération économique et le dialogue politique en Eurasie. Elle a pour membre fondateurs : Chine, Russie, Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan, Ouzbékistan. Elle a depuis accueillie de nouveaux membres : Inde, Pakistan (2017), Iran (2023), Biélorussie (2024). Elle a comme pays observateurs la Mongolie, Afghanistan, Turquie, entre autres. Ensemble, ils représentent plus de 40 % de la population mondiale.

L’organisation du QUAD (Quadrilateral Security Dialogue) est un groupe stratégique informel réunissant quatre grandes démocraties de la région Indopacifique : États-Unis, Japon, Inde et Australie. Elle vise à promouvoir la sécurité, la stabilité et la coopération dans cette zone clé du globe. Elle fut créé en  2007, à l’initiative du Premier ministre japonais Shinzō Abe, avec un exercice naval conjoint appelé Malabar.

L’ASEAN (Association des Nations de l’Asie du Sud-Est) est une organisation régionale fondée en 1967 à Bangkok par cinq pays : Indonésie, Malaisie, Philippines, Singapour et Thaïlande. Son objectif principal est de favoriser la coopération économique, politique, sécuritaire et culturelle entre ses membres, tout en assurant la stabilité régionale. AUKUS est une alliance stratégique trilatérale formée en septembre 2021 entre l’Australie, le Royaume-Uni et les États-Unis. Elle vise à renforcer la coopération militaire et technologique dans la région Indopacifique, en réponse à la montée en puissance de la Chine.

La place de la puissance navale dans la stratégie maritime

La stratégie contemporaine : le sea power Américain

Dans la partie 1.1 nous avons brièvement évoqué l’histoire des puissance maritimes européenne et de son ascension qui mena à sa domination pendant 4 siècles, dont le facteur maritime fut décisif comme le dit Paul Kennedy « il est indéniable que l’apparition de bateaux à voile a grand rayon d’action équipé de canon prépare une progression fondamentale dans la position occupée par l’Europe dans le monde [1] » ainsi une zone du « monde de peuples clairsemés et relativement peu évolues [2] » s’est hissée à la tête du monde sur le plan commercial et militaire.

Cette suprématie est ce qui a permis ce qu’on a appelé les grandes découvertes puis les différentes périodes de colonisation. Mais ce n’est pas tout, cette ascension a eu pour conséquence un accroissement inédit du volume de marchandise transporté sur mer, entrainant inévitablement les différents compétiteurs Européens dans une course à l’armement naval ou chaque époque a eu son ‘capital ship’ déjà sous l’antiquité les romains avait repris la technologie carthaginoise [3] qu’ils avaient améliorer donnant les Quinquérèmes romaines. Puis sous l’ère de la marine à voile les caravelles puis les vaisseaux, sous l’ère moderne le cuirasse et aujourd’hui le porte avion. Avant d’aller plus loin dans le propos il ne faut pas confondre puissance naval et maritime. Comme nous l’enseigne Couteau Begarie le naval renvoie au militaire et maritime est plus globale désigne tout le reste.[4]Or une puissance maritime pour protéger ses intérêts doit se pourvoir du naval et donc adopter une stratégie cohérente. Dans l’histoire des puissances maritimes des principes reviennent souvent, tel que le control du commerce, des points stratégiques, le soutient des opérations terrestres ou encore la diplomatie. Un amiral américain le père de l’US navy qui est alors une puissance en devenir, a dans deux ouvrages théoriser et lier ces notions qui font d’un compétiteur une puissance maritime : The Influence of Sea Power upon the French Revolution and Empire, 1793–1812 et The Influence of Sea Power upon History, 1660-1783. Il estime que la puissance d’une nation est liée à sa puissance maritime. En outre celles qui contrôlent les mers ont un avantage stratégique, car cela leur permet de dominer le commerce mondial et de contrôler les routes maritimes principales pour assurer leurs prospérités économiques. Il identifie des points de contrôles clés (chokepoints) comme les canaux et détroits, et souligne la nécessité de bases navales stratégiquement positionnées.

 Il met en avant la nécessité de développer une flotte de combat puissante et technologiquement avancée pour assurer la protection des intérêts nationaux. Bruno Colson le résume ainsi « Mahan approcha la stratégie par le biais de l’histoire. Comme le souligne Stephen Luce, il réagit contre le technicisme ambiant et voulu insister sur les éléments humains de la guerre. Son entreprise visant à donner de plus grandes ambitions à l’us navy. Dans les années 1880, celle-ci jouait un rôle purement défensif, réduite à la défense des côtes et à la protection du commerce. En étudiant l’histoire européenne des XVII et XVIII siècles, Mahan allait montrer comment la puissance maritime (sea power) s’était révèle vitale pour la croissance la prospérité et la sécurité des grandes nations. En même temps la méthode historique allait lui permettre de découvrir par la méthode comparative, les ‘principes immuables de la stratégies navales’, c’est-à-dire la façon dont il fallait utiliser la puissance maritime. […] et la qualification des états unis comme puissance maritime [5]. »

Les bases de la pax americana étaient posées. En plus de Mahan, Corbett  eu une importance capital sur le développement de la stratégie maritime, au contraire de Mahan qui est partisan de la bataille décisive sur mer, Corbett dans son ouvrage  ‘Some Principles of Maritime Strategy’[6] développe l’idée du ‘sea control’ ou l’utilisation de la force de projection naval n’est pas une fin en soi pour engager la bataille décisive mais en faire une utilisation politique, plus diplomatique et lors de crises ou de conflits obtenir le control local et temporaire de la mer, dont Corbett nous dit « la situation la plus courante dans la guerre navale est celle ou aucun partis n’exerce de contrôle, la situation normale n’est pas une mer commandées [7]. » en bref la maitrise des mers est relative [8].

Fort  de cette constatation les portes avions qui sont des devenus les capitals ships lors du second conflit mondial possèdent toutes les qualités pour les missions qui desormait ont évolué de « la conquete du milieu maritime vers son exploitation. »

 Dans le chapitre sur la Chine nous avons évoqué la déclaration du président Jin Jintao disant vouloir faire de la Chine une puissance maritime, le fait est que « les discours de Hu Jintao et Xi Jinping ont été publiés simultanément en anglais et en mandarin montre que c’est acceptation Mahanienne du terme qui a été retenue par les deux présidents [9]. » La construction du porte avion type 004 Chinois qui sera l’égale du Ford est la traduction de cette approche stratégique à l’échelle des moyens.

[1] Paul Kennedy, naissance et déclin des grandes puissances, Payot 1991.

[2] Paul Kennedy, naissance et déclin des grandes puissances, Payot 1991.

[3] Lors des guerres puniques les romains ont capture une quinquérème de Carthage pour copier leur technologie et devenir une puissance navale.

[4] Herve couteau Begarie, traite de stratégie, Economica ,2017.

[5] Sous la direction Herve Couteau Begarie, Evolution de la pensée navale, FEDN, 1990.

[6] Julian S, Corbett, Principe de stratégie maritime, Economica, 1993.

[7] Cite dans vaincre en mer au XXIe Thibault Lavernhe (Commandant) Francois-Olivier Corman (Commandant) équateur 2023.

[8] Vaincre en mer au XXIe Thibault Lavernhe (Commandant) Francois-Olivier Corman (Commandant) équateur 2023.

[9] Numéro 109 De l’histoire navale aux défis maritimes contemporains institut de stratégie comparé 2015.

L’amiral Castex le stratège Français

Raoul Castex est un amiral Français né en 1878 fils d’un officier de l’armée de terre. En 1896 il est admis à l’école navale. En 1907 il devint aide de camp au ministère de la marine. Il fut impliqué dans sa rénovation à la suite du débat doctrinal qui avait opposé veille et jeune école. En 1909 il publie les idées militaires de la marine au XVIII ou il y aborde la stratégie de manière historique, se ralliant ainsi à l’idée Mahanienne. Durant la première guerre mondiale il commande un patrouilleur, après celle-ci il prit la tête du service historique de la marine et professeur à l’école de guerre navale. En 1920 il publie un ouvrage intitulé : guerre sous-marine. En 1923 il prend le commandement du cuirassé Jean Bart puis en 1928 devint contre-amiral. C’est à ce moment-là qu’il amorce l’écriture de ses théories sur lesquelles nous reviendrons. En 1936 il devint vice-amiral et premier directeur du collège des hautes études de la défense nationale. Il fut promu amiral en 1937 et devint inspecteur général des forces maritimes. A la suite d’un désaccord entre lui et l’amiral Darlan sur le fait de centraliser le commandement de la marine, il fut affecté comme commandant de la zone manche et mer du nord. Lucide, voyant la possibilité d’une attaque terrestre il demanda des renforts des 1938. Ils furent refusés par le haut commandement qui le jugeait défaitiste. Il prit sa retraite en 1939. Il désapprouva l’armistice qui selon lui parait ignorer l’arrière constitue par l’empire [1]. Puis il continua d’enseigner ou il donna des conférences à l’école de guerre et à l’institut des hautes études de la défense.   Il rendit son dernier souffle en 1968 et fut enterrer avec les honneurs, il est considéré comme l’un des plus grands théoriciens du XXiem siècle.

[1] Herve Coutau Begarie, La puissance maritime, Fayard,1985.

Les théories stratégiques

Les théories stratégiques sont une série de cinq volumes publiés de 1929 à 1935, lors de leurs publications initiales. Ils furent traduits en plusieurs langues comme le Japonais, l’espagnole, le Grec, l’Italien et russe. Une édition revue et augmenter par des notes et articles de l’auteur a vu s’ajouter deux tome[]. Lars Wedin[2] note l’évolution de sa pensée à partir du tome II ou « le relativement jeune Castex, adepte de Coulomb et Mahan, pensait que le premier objectif doit être toujours d’anéantir la flotte organise adverse. Avec le temps son raisonnement s’est approche des concepts plus élabore de Corbett. » cela se vérifie « La maitrise de la mer n’est pas absolue mais relative, incomplète et imparfaite[3]. » Ce constat sur le plan tactique a eu pour conséquence que les missions des portes avions « ont vus leurs actions bascules progressivement de la conquête du milieu maritime vers son exploitations, comme le témoigne l’emploi des portes avions dans des campagnes aéroterrestres depuis la fin de la seconde guerre mondiale[4]. »

 Je laisse la parole a des plus grands spécialiste Français Herve couteau Begarie qui nous résumes ainsi cette œuvre majeure : « Castex a bien réalisé une synthèse mais d’une ampleur beaucoup plus vaste que celle qu’on lui prête habituellement. Cette synthèse se situe sur trois plans :

  • Il y a d’abord la synthèse de la pensée stratégique de l’âge d’or et des innovations techniques du XXiem siècle ; c’est la dimension communément retenue, aussi bien par Brodie que par Till. Elle n’est pas contestable ;
  • Vient ensuite la synthèse de la stratégie navale et de la grande stratégie. Pour un continental, la stratégie ne peut se réduire a sa composante navale, alors que le problème principal auquel son pays est confronté vient de l’intérieur des terres. L’une des tâches essentielles de Castex est donc de réintégrer la stratégie navale dans une stratégie générale dont il admet qu’elle est d’abord terrestre par la force des choses. En ce sens, son œuvre apparait bien comme une adaptation des théories de la puissances maritimes au cas français, comme le soutiennent Reynolds et till.
  • Mais il y aussi, et à notre sens, surtout, synthèse de deux méthodes que l’on avait jusqu’alors opposées, la méthode historique et la méthode matérielle. Cela, un historien de la stratégie navale, Theodore Ropp, l’a vu dès 1943, mais sans en tirer les conséquences et après lui, personne n’a repris l’examen du problème, alors que c’est là ou se situe l’apport le plus puissant et le plus durable de Castex a la stratégie maritime, celui qui fait de lui, non pas seulement un continuateur, mais bien un théoricien d’une profonde originalité[5]. »

Comme nous l’avons vu les puissances maritimes à travers les âges ont occupé une place prédominante sur l’échiquier mondial dont les affrontements navals en sont le prolongement. Apres Rome contre Carthage, royal navy contre marine royale, après  US navy contre Voyenno-morskoy flot [6] ; voici les portes avions Américain jusque-là maitre des mers, maintenant défiés par leurs rivaux chinois.Ce fait illustre que l’orientation stratégique chinoise et « d’une acceptation Mahanienne [1] » de la puissance maritime. Comme disait Giambattista Vico « L’histoire suit une courbe en spirale : elle revient sur elle-même, mais à un niveau supérieur.[2] ». Pour illustrer notre propos voici un schéma illustrant la puissance maritime chinoise et Américaine :

 

[1] Raoul Castex (Amiral) , Théories stratégiques, Economica, 1997.

[2] Lars Wedin (commandant) Stratégie maritime au XXIem siècle l’apport de l’amiral Castex NUVIS 2015.

[3] Herve Coutau Begarie, La puissance maritime, Fayard,1985. 

[4] Vaincre en mer au XXIe Thibault Lavernhe (Commandant) Francois-Olivier Corman (Commandant) équateur 2023.

[5] Herve Coutau Begarie, La puissance maritime, Fayard,1985. 

[6] Nom donné à la flotte soviétique.

[1] De l'histoire navale aux défis maritimes contemporains, Institut de stratégie comparée, 2015.

[2] Giambattista Vico,Principes de la philosophie de l'histoire, Legare Street Press, 2022.

La place de la puissance maritime française dans l’échiquier mondial

La France possède le second domaine maritime mondial avec 11 millions de km2. La première place étant occupé par les états unis. La raison de cette immensit2 réside dans les DROM repartis sur toutes les mers du globe. On peut citer la Polynésie française, la nouvelle Calédonie, wallis et futuna, la Guyane et les Antilles et enfin les TAAF. Sur les 11 millions de km2 97% proviennent de ces territoires ultramarins. A savoir que les ZEE sont regis par le droit de la mer grâce a la convention de Montego bay qui permet à chaque états d’établir une ZEE jusqu’à 200 milles marins de ses cotes. La France a également déposé un dossier pour étendre son plateau continental au-delà des 200 milles marins dans certaines zones lui conférant la première place. Fort de ce seul constat la France se doit d’avoir une stratégie maritime associe a la puissance navale pour la protection de ses territoires et rester crédibles. Dans ses territoires ultra marins il y a la nouvelle Calédonie situe dans la zone indopacifique, zone où a lieu un basculement géopolitique actuel La présence française en indopacifique n’est pas nouvelle, elle date du 17iem siècle. Aujourd’hui indopacifique on de nos compatriotes vivent sur ces territoires, auxquels il faut ajouter indo-pacifique00 000 Français vivant dans les autres pays de la région, soit plus d’1,8 million de personnes. La possession d’une ZEE si vaste constitue un atout stratégique pour notre pays cela nous permet d’être présent l’Indopacifique qui Plus que jamais, représente donc une priorité pour la France [1].

 

[1] L’espace indopacifique,au cœur de la stratégie multipolaire de la France - L'IHEDN : Institut des hautes études de défense nationale

Un atout stratégique au service de la puissance maritime

La France peut Transformer son atout stratégique qu’est sa ZEE au sein d’une vision maritime. Elle a pour ambition d’affirmer sa présence dans ses ZEE et d’être une puissance d’équilibre. Pour se faire elle mène une diplomatie active dont le porte avion et ses déploiements successifs ont pleinement contribués. Malheureusement la stratégie maritime française de ses dernières années n’a pu bénéficier pleinement de l’apport de sa puissance navale, du a l’absence de permanence aéronavale. La puissance maritime française peut s’appuyer sur plusieurs partenaires dont voici les principaux :

Indonésie

À l’occasion du 75e anniversaire des relations diplomatiques entre la France et l’Indonésie (établies le 4 janvier 1950), les deux pays ont adopté une feuille de route ambitieuse intitulée « Horizon 2050 : 100 ans de relations diplomatiques au service de la souveraineté, la paix et la prospérité ». Elle vise à mettre en place des consultations politiques « 2+2 » (ministres des Affaires étrangères et de la Défense), dont la première édition s’est tenue à Paris en juillet 2023 les deux pays se sont engagés à organiser ces réunions tous les deux ans, en alternance. Dans le domaine de la défense cela a donné la signature d’un accord bilatéral dans ce domaine de coopération, approuvé par l’Assemblée nationale en mars 2025. L’Indonésie envisage, envisage de commander des avions de combat Rafale supplémentaires ainsi que des frégates, des sous-marins Scorpène et des canons Caesar.

Vietnam

En octobre 2024, à l’occasion de la visite officielle à Paris du Secrétaire général du Parti communiste vietnamien, Tô Lâm, les deux pays ont élevé leur relation au rang de partenariat stratégique global, une première entre le Vietnam et un pays de l’Union européenne. Puis du 25 au 27 mai 2025, le Président Emmanuel Macron a effectué une visite d’État au Vietnam, marquant une nouvelle étape dans la coopération bilatérale. À cette occasion, une déclaration conjointe a été adoptée, réaffirmant :

  • L’attachement commun à la Charte des Nations Unies et aux principes du multilatéralisme.
  • La volonté de renforcer l’indépendance, l’autonomie et le développement des deux pays.
  • L’adoption d’un Plan d’action 2025–2028, visant à concrétiser les engagements du partenariat stratégique global.

Les deux pays s’engagent à : Intensifier les échanges de haut niveau à tous les échelons (gouvernement, parlement, collectivités locales). Renforcer les mécanismes de dialogue et de coopération, notamment dans les domaines de la défense, de l’économie, de l’éducation, de la santé et de la transition énergétique.

Soutenir la stabilité en mer de Chine méridionale, en appelant au respect du droit international, notamment la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer de 1982 (CNUDM).En 2024, le commerce bilatéral a atteint 5,42 milliards de dollars, avec une croissance continue en 2025.La France est le 5e partenaire commercial européen du Vietnam et l’un de ses principaux bailleurs d’aide publique au développement (APD).

Inde

La relation franco-indienne s’est intensifiée avec la feuille de route Horizon 2047, adoptée en juillet 2023, qui vise à structurer les relations bilatérales jusqu’au centenaire de l’indépendance de l’Inde. Ce partenariat recouvre plusieurs domaines comme le militaire, nucléaire civil, intelligence artificielle, cybersécurité, lutte contre le terrorisme et spatial. Elle prévoit également la préparation de l’Année France–Inde de l’Innovation qui aura lieu en 2026. Cette feuille de route a donné plusieurs mesures concrètes :

  • Une première commande de 26 Rafales (+ une de 90 appareils courant 2026) et 3 sous-marins Scorpène en 2025.
  • Renforcement des échanges entre la DGA française et la DRDO indienne.
  • Coopération sur les petits réacteurs nucléaires modulaires et les technologies de défense avancées.
  • Création d’un centre franco-indien pour les sciences numériques entre l’INRIA et le DST.
  • Déclaration conjointe sur l’intelligence artificielle éthique et inclusive.
  • Objectif d’accueillir 30 000 étudiants indiens en France d’ici 2030.

Grèce

Les liens entre la France et la Grèce remontent à plusieurs siècles, avec des moments clés comme : Le soutien français à la guerre d’indépendance grecque au XIXe siècle. L’appui de la France au retour de la démocratie en Grèce en 1974. Puis la contribution française à l’adhésion de la Grèce à la CEE en 1981. La langue française est la seconde langue enseignée dans le pays derrière l’anglais,  l’Institut français présent en  Grèce ayant une grande contribution. Les deux pays défendent une préférence européenne dans les politiques commerciales, agricoles et migratoires. Récemment le 27 septembre 2021, les deux pays ont signes une clause de défense mutuelle. Cette alliance a contribué à plusieurs contrat dans l’armement entre les deux pays :

  • Contrat d’acquisition de 18 rafales auprès de l’industriel Dassault aviation
  • Contrat d’acquisition de quatre frégates de défense et d’intervention (FDI) auprès de Naval Group
  • Contrat d’acquisition de 16 missiles Exocet auprès de MBDA France.

Comme on vient de le voir la permanence aéronavale est nécessaire, pour garantir les intérêts français sur les mers et la stratégie française d’être une puissance d’équilibre [1] en indopacifique face aux tensions croissantes entre Pékin et Washington. La mission Clemenceau 25 a démontré les avantages de posséder ces ponts plats qui offre des perspectives uniques de coopération avec nos différents allies. Nous sommes les seules à être inter opérable avec l’US Navy, lors de l’exercice VARUNA 25 le porte aéronef Vikrant de la marine Indienne a pu s’entrainer conjointement avec le porte avion Charles De Gaulle nous sommes les seuls allies Européens à leurs offrir cette possibilité. Enfin n’oublions pas que ces géants des mers sont de formidable ambassadeurs de l’industrie Française a plusieurs reprises le porte avion Charles de gaulle a fait escale dans des pays partenaire ou il a promu le rafale fleuron de l’industrie aéronautique française, contribuant pleinement à l’acquisition de plusieurs contacts.

[1] Stratégie française en Indopacifique | Ministère des Armées