Maillé-Brézé
Le météore de Richelieu
1619 – 1646
Jean Armand de maille braize nee en 1619 est le fils de Nicole Du Plessis de Richelieu la soeur du grand cardinal et donc son neveu et filleul. Avant de nous attarder sur ses exploits plongeons dans ce qu’était la France en 1600 en ce début de XVIIIe.
La France dans les guerres de religion
En 1600, la France sort de quarante ans de guerres de Religion (1562–1598) auxquelles met fin l’édit de Nantes. Si le texte accorde aux protestants la liberté de culte et rétablit la paix civile, il leur octroie également le contrôle de places de sûreté, à l'image de La Rochelle, véritable enclave maritime adossée à l'Angleterre. Sur le plan extérieur, le royaume demeure encerclé par l'Empire et les possessions des Habsbourg.
L’assassinat d'Henri IV en 1610 ouvre une période de régence troublée sous la houlette de Marie de Médicis. Dans cette instabilité politique ravivée par la révolte des princes et le réveil des tensions confessionnelles grandit le jeune Louis XIII. En pleine crise politique, la monarchie convoque les états généraux de 1614. C'est à la clôture de cette assemblée, en février 1615, que le jeune évêque de Luçon, Armand Jean du Plessis — futur cardinal de Richelieu —, s'illustre par une harangue magistrale qui porte sa réputation aux quatre coins du royaume. Il y pose déjà les fondements de sa pensée politique sur la primauté absolue de l'autorité monarchique :
Les rois étant les images vivantes de Dieu, le respect qu'on leur porte est une marque de piété envers lui […] L'obéissance des sujets envers leurs souverains est si nécessaire que, sans elle, les sociétés ne peuvent subsister ; elle doit être pleine et entière, sans exception de personne.
La justice et la force doivent marcher de compagnie pour le maintien des États : la justice sans la force est exposée au mépris des méchants ; la force sans la justice est une tyrannie insupportable.
Richelieu, Testament politique
Comme le souligne l'historien Arnaud Teyssier, Richelieu possède ce style propre aux grands bâtisseurs d'État, capables d’embrasser dans un même regard une matière politique, administrative, économique et diplomatique très vaste. Ses objectifs politiques ne surgissent pas ex nihilo lors de son rappel au Conseil en août 1624 : ils sont le fruit d'une longue maturation nourrie de sa culture historique, de son expérience épiscopale en Poitou et de son premier passage aux affaires auprès de la reine mère.
Une fois devenu principal ministre, ses priorités sont arrêtées. Il les résumera rétrospectivement dans son Testament politique :
J'employai toute mon industrie et toute l'autorité qu'il lui plaisait me donner pour ruiner le parti huguenot, rabaisser l'orgueil des Grands, réduire tous ses sujets en leur devoir, et relever son nom dans les nations étrangères au point où il devait être.
Richelieu, Testament politique
Ce programme suppose de briser l'hégémonie de la Maison d'Autriche. Pour y parvenir, Richelieu forge un État moderne doté d'une diplomatie agressive, d'un réseau de renseignement, d'une armée renforcée et, surtout, d'une arme nouvelle : une marine permanente. Car le ministre a forgé sa certitude à l'épreuve des faits :
La puissance des armes requiert non seulement que le Roi soit fort sur la terre, mais aussi qu'il soit puissant sur la mer.
La mer est, de tous les héritages, celui sur lequel tous les souverains prétendent le plus de part, et néanmoins c'est celui sur lequel les droits de chacun sont le moins éclaircis […] En un mot, les titres de cette domination sont la force et non la raison : il faut être puissant pour prétendre à cet héritage.
Richelieu, Testament politique
Richelieu fonde la marine
Pour concrétiser cette ambition, le ministre commence par unifier le commandement. En octobre 1626, il rachète au duc de Montmorency sa charge féodale d’amiral de France pour la supprimer, et se fait nommer « Grand-maître, chef et surintendant général de la navigation et du commerce ». En 1631, il y adjoint la charge d'amiral de Bretagne. L'amirauté devient ainsi une institution centralisée, directement rattachée au pouvoir d'État.
Le constat de départ est pourtant accablant. De 1627 à 1633, Richelieu missionne Louis Le Roux d’Infreville sur les côtes occidentales et Henri de Séguiran en Méditerranée pour dresser l'inventaire des forces maritimes. L'état des lieux est désastreux : la France ne possède presque aucun navire de guerre en propre et doit recourir à des louages hollandais ou anglais. Richelieu lance alors un programme naval sans précédent. L’ordre de bataille prévoit quarante-cinq vaisseaux au Ponant, ainsi que trente galères et dix vaisseaux en Méditerranée. Ne disposant pas encore d'arsenaux royaux suffisants, la monarchie commande d'abord des bâtiments en Hollande et à des chantiers privés, avant de structurer les ports de Brest et de Toulon (Le Havre et Brouage montrant vite leurs limites d'engorgement).
L’affirmation de la puissance maritime voulue par Richelieu déclenche immédiatement une secousse majeure à l'intérieur comme à l'extérieur du royaume. En se faisant nommer, en octobre 1626, Grand-maître et surintendant général de la navigation, le ministre rompt avec des siècles de morcellement féodal. Pour la Couronne d'Angleterre, cette prétention royale sur les côtes atlantiques constitue un intolérable défi. Comme le souligne Michel Carmona :
Ce qui est sûr, c'est que l'Angleterre ne devait à aucun prix laisser la France devenir une grande puissance maritime, ainsi que le gouvernement de Paris en affichait l'intention.
Michel Carmona, Richelieu l'ambition et le pouvoir.
Face à ce que Londres conçoit comme une « guerre préventive », le roi Charles Iᵉʳ confie près de quatre-vingt-dix vaisseaux au duc de Buckingham avec la mission explicite d'empêcher Louis XIII « d'étendre sa monarchie sur l'Océan et d'arracher à l'Angleterre cette souveraineté en ces mers ».
Sur le front intérieur, cette centralisation maritime heurte de plein fouet les libertés traditionnelles de La Rochelle. Comme le démontre Arnaud Teyssier, Richelieu est convaincu que le compromis né de l'édit de Nantes n'était qu'un leurre : tant que les réformés conservent la force des armes et des havres ouverts sur l'Océan, ils forment « littéralement un État dans l'État », tentés de s'allier à l'étranger. Les dirigeants huguenots comme le duc de Soubise n'hésitent plus à franchir le pas de la trahison. Le diagnostic du cardinal est sans appel :
Louis XIII et Richelieu savent pertinemment que la monarchie ne sera jamais assurée sur ses bases, ni apte à conduire une politique européenne digne de ce nom tant que la question de la puissance politique et militaire protestante et de son alliance possible avec l'Angleterre n'aura pas été réglée.
Le ministre l'exprime d'ailleurs dans une formule tranchante :
« La gangrène qui paraissait extérieurement venait d'une cause interne […] Le vrai remède est la prise de La Rochelle. »
Arnault Teyssier, Richelieu
Lorsque les voiles anglaises paraissent devant l'île de Ré en juillet 1627, l'impuissance navale de la Couronne éclate au grand jour. La monarchie ne possède pas d'escadre de combat permanente pour verrouiller ses rades. Pour conjurer le désastre, le ministre se mue en logisticien de crise : il engage sa propre fortune, emprunte en son nom, rassemble barques et pinasses pour forcer le blocus anglais et secourir le marquis de Toiras dans Saint-Martin-de-Ré, tout en ordonnant l'édification de la digue de Métezeau pour interdire la rade aux renforts de la perfide Albion.
Durant cette épreuve, Richelieu éprouve durement la versatilité et la tiédeur des officiers de la haute noblesse féodale, dont les hésitations confinant à la mauvaise foi menacent à plusieurs reprises l'entreprise royale. Il en tire une double leçon capitale.
D'abord, matérielle : après la capitulation de la cité rebelle en octobre 1628, l'effort naval ne faiblit pas. Au contraire, le cardinal érige à Brouage, place catholique fidèle fortifiée par Thiriot, un véritable « grand port de commerce et de guerre » pourvu d'arsenaux et de magasins d'État.
Ensuite, humaine : pour manœuvrer ces futurs vaisseaux de ligne et exécuter sa doctrine avec une rigueur absolue, le cardinal ne peut plus s'en remettre aux grands seigneurs autonomes. Il lui faut des chefs d'un moule nouveau, dépourvus de factions et liés corps et âme à sa politique. C'est au cœur de son cercle familial le plus intime et dévoué — celui des Brézé — que le ministre façonnera le futur fer de lance de sa flotte de guerre : son neveu, Jean Armand de Maillé-Brézé.
Le fondateur
Richelieu fonde la marine
Armand Jean du Plessis, cardinal de Richelieu (1585-1642)
En 1626, la France n'a presque pas de flotte de guerre et loue ses navires aux Hollandais. Seize ans plus tard, son neveu réunit devant Barcelone quarante-quatre vaisseaux et dix-sept galères. Entre les deux, un homme, une charge nouvelle et une idée fixe : il n'y a pas de grande monarchie sans puissance sur la mer.
Pour concrétiser cette ambition, le ministre commence par unifier le commandement. En octobre 1626, il rachète au duc de Montmorency sa charge féodale d'amiral de France pour la supprimer, et se fait nommer grand-maître, chef et surintendant général de la navigation et du commerce. En 1631, il y adjoint l'amirauté de Bretagne. L'amirauté cesse ainsi d'être un fief pour devenir une institution centralisée, directement rattachée à l'État.
Les deux derniers mots du titre ne sont pas une formule. Ils disent la doctrine entière : le commerce nourrit la finance, la finance paie la guerre, et les vaisseaux protègent le commerce. C'est ce cercle que Richelieu veut refermer, et que Colbert reprendra quarante ans plus tard presque mot pour mot.
La navigation et le commerce
Le cardinal fonde donc, dans le même mouvement que sa flotte, les compagnies qui doivent la justifier. La Compagnie de Saint-Christophe ouvre les Antilles en 1626 ; la Compagnie de la Nouvelle-France, dite des Cent-Associés, reçoit en 1627 le monopole du Canada et la charge de le peupler ; d'autres suivront pour le Sénégal, les îles d'Amérique et l'Orient. [vérifier la liste et les dates dans ta source] Aucune ne prospérera vraiment du vivant du ministre, mais toutes posent le principe : une marine de guerre n'existe que pour protéger un négoce, et un négoce n'existe que protégé.
L'inventaire et le programme
Le constat de départ est pourtant accablant. De 1627 à 1633, Richelieu missionne Louis Le Roux d'Infreville sur les côtes occidentales et Henri de Séguiran en Méditerranée pour dresser l'inventaire des forces maritimes. L'état des lieux est désastreux : le royaume ne possède presque aucun navire de guerre en propre et doit recourir à des louages hollandais ou anglais.
Le cardinal lance alors un programme sans précédent, et lui donne sa forme durable : deux flottes permanentes, séparées par le détroit de Gibraltar et par tout ce qui distingue la voile de la rame. La flotte du Ponant, à l'Atlantique et à la Manche, doit compter quarante-cinq vaisseaux ; la flotte du Levant, en Méditerranée, trente galères et dix vaisseaux. Ces deux armées navales encadreront la marine française jusqu'à la Révolution. Faute d'arsenaux royaux, la monarchie commande d'abord ses bâtiments en Hollande et à des chantiers privés, avant de structurer Brest et Toulon.
Une secousse au-dedans et au-dehors
Cette prétention de la Couronne sur les côtes atlantiques rompt avec des siècles de morcellement féodal, et l'Angleterre y voit aussitôt un défi intolérable.
« Ce qui est sûr, c'est que l'Angleterre ne devait à aucun prix laisser la France devenir une grande puissance maritime, ainsi que le gouvernement de Paris en affichait l'intention. »
Michel Carmona, Richelieu. L'ambition et le pouvoir, p. 00.
Londres décide donc de frapper avant que la flotte française n'existe. Charles Ier confie près de quatre-vingt-dix bâtiments au duc de Buckingham, avec la mission explicite d'empêcher Louis XIII « d'étendre sa monarchie sur l'Océan et d'arracher à l'Angleterre cette souveraineté en ces mers ».
Sur le front intérieur, la même centralisation heurte de plein fouet les libertés de La Rochelle. Comme le démontre Arnaud Teyssier, Richelieu tient le compromis né de l'édit de Nantes pour un leurre : tant que les réformés conservent les armes et des havres ouverts sur l'Océan, ils forment littéralement un État dans l'État, tentés de s'allier à l'étranger. Des chefs huguenots comme Benjamin de Rohan, duc de Soubise, ont d'ailleurs franchi le pas de l'alliance anglaise.
« La gangrène qui paraissait extérieurement venait d'une cause interne […] Le vrai remède est la prise de La Rochelle. »
Cité par Arnaud Teyssier, Richelieu, p. 00.
L'île de Ré, ou la leçon de l'impuissance
Lorsque les voiles anglaises paraissent devant l'île de Ré en juillet 1627, l'impuissance navale de la Couronne éclate au grand jour : la monarchie n'a pas d'escadre de combat permanente pour verrouiller ses rades. Pour conjurer le désastre, le ministre se fait logisticien de crise. Il engage sa propre fortune, emprunte en son nom, rassemble barques et pinasses pour forcer le blocus et secourir le marquis de Toiras dans Saint-Martin-de-Ré, et ordonne l'édification de la digue conçue par Clément Métezeau et Jean Thiriot, qui doit interdire la rade aux renforts anglais.
Durant cette épreuve, il éprouve durement la tiédeur des officiers de la haute noblesse, dont les hésitations, confinant parfois à la mauvaise foi, menacent à plusieurs reprises l'entreprise royale. Il en tire une double leçon.
Matérielle d'abord : après la capitulation de la cité rebelle, en octobre 1628, l'effort naval ne faiblit pas. Le cardinal érige au contraire à Brouage, place catholique fidèle fortifiée par Thiriot, un grand port de commerce et de guerre pourvu d'arsenaux et de magasins d'État.
Humaine ensuite : pour manœuvrer ces futurs vaisseaux et appliquer sa doctrine avec rigueur, il ne peut plus s'en remettre à de grands seigneurs autonomes. Il lui faut des chefs d'un moule nouveau, sans factions, liés corps et âme à sa politique. C'est au cœur de son cercle familial le plus intime, celui des Brézé, qu'il façonnera le fer de lance de sa flotte : son neveu, Jean Armand de Maillé-Brézé.
Une flotte de chêne français
Restait à cesser d'acheter. Mise en chantier en 1634 à La Roche-Bernard, au fond de l'estuaire de la Vilaine, La Couronne est lancée en 1637 : soixante-douze canons de bronze, six cent quarante hommes, le premier grand vaisseau que la France construise elle-même au lieu de le commander en Hollande. [les sources donnent 1636, 1637 ou 1638 pour le lancement] Son constructeur, Charles Morieu, est un Dieppois formé par les Hollandais, et il faut voir là tout le chemin parcouru : le royaume n'a pas encore son propre savoir-faire, mais il l'achète pour ne plus avoir à acheter de navires. La carrière du vaisseau sera brève, il est désarmé dès 1643, et ses qualités nautiques médiocres ; il aura pourtant appris leur métier aux chantiers du roi.
La preuve vient cinq ans plus tard. En mai 1642, devant Barcelone, Maillé-Brézé réunit sous un seul commandement quarante-quatre vaisseaux, dix-sept galères et treize brûlots, et bat l'armada de secours espagnole. Le cardinal meurt le 4 décembre suivant. En seize ans, il a trouvé un royaume qui louait ses navires et il laisse deux flottes permanentes, des arsenaux d'État, des compagnies de commerce et un chef de vingt-trois ans formé à sa doctrine. Le reste, l'effondrement sous Mazarin, la Fronde, les dix-huit vaisseaux que trouvera Colbert en 1661, appartient à un autre chapitre.
D'après [auteur, titre, éditeur, année, p. 00-00].
La guerre de Trente Ans
Il faut d'abord lever une confusion, car deux guerres s'emboîtent ici. La guerre de Trente Ans proprement dite naît à Prague le 23 mai 1618, quand les États protestants de Bohême défenestrent les représentants de l'empereur, et s'achève en 1648 par les traités de Westphalie. C'est d'abord une guerre d'Empire, une querelle allemande née de la remise en cause de la paix d'Augsbourg. La guerre franco-espagnole, elle, commence en 1635 à l'intérieur de la première, mais lui survit de onze ans et ne s'éteint qu'au traité des Pyrénées, en 1659. Maillé-Brézé appartient tout entier à cette seconde guerre : il meurt en 1646, deux ans avant Westphalie, et la flotte qu'il a commandée continuera de croiser contre l'Espagne bien après lui. [Pagès, introduction]
Le conflit avance par vagues successives, chacune amenant un nouvel intervenant. À la révolte de Bohême écrasée à la Montagne Blanche succède l'intervention danoise, brisée par Tilly et Wallenstein, qui permet à Ferdinand II de promulguer en 1629 l'édit de Restitution et de rêver d'un Empire enfin catholique et unifié. C'est le moment où l'équilibre européen menace de basculer pour de bon. Il bascule dans l'autre sens en 1630 avec le débarquement de Gustave-Adolphe en Poméranie, foudroyant à Breitenfeld, tué à Lützen en 1632, puis en 1634 avec le désastre suédois de Nördlingen, qui laisse la maison d'Autriche à nouveau maîtresse du terrain. [Pagès, chapitres sur les périodes danoise et suédoise]
Pendant ces quinze années, la France ne tire pas l'épée. Elle fait la guerre autrement, et c'est ce que l'on nomme la guerre couverte. La stratégie de Richelieu est simple et implacable : financer ceux qui se battent contre les Habsbourg sans exposer un royaume encore occupé à régler ses affaires intérieures, protestants et grands seigneurs. Le traité de Bärwalde, en janvier 1631, achète ainsi l'épée du roi de Suède contre un subside annuel. Le cardinal catholique paie un souverain luthérien pour ruiner un empereur catholique : la raison d'État a définitivement supplanté la solidarité confessionnelle, et l'Europe entière le comprend. Il s'agit, comme le ministre l'écrira, d'user méthodiquement les forces de la maison d'Autriche jusqu'à faire naître un équilibre où les nations petites et moyennes n'auraient plus à subir la loi de Madrid et de Vienne. [Pagès, chapitre sur la politique française]
Nördlingen met fin à ce confort. Les alliés protestants sont hors de combat et la France doit désormais payer de sa personne. En mai 1635, un héraut d'armes français porte à Bruxelles la déclaration de guerre à l'Espagne. La réponse ne se fait pas attendre : dès l'été 1636, les Espagnols enlèvent Corbie et leur cavalerie pousse jusqu'aux portes de Paris. Le royaume découvre alors ce que coûte une guerre totale contre le premier empire du monde.
Reste ce que les histoires générales du conflit ne disent presque jamais, et qui est pourtant décisif pour comprendre la carrière de Maillé-Brézé : cette guerre continentale se gagne aussi sur l'eau. La monarchie espagnole tient par deux cordons. Le premier est l'argent d'Amérique, qui arrive par convois à Cadix et Séville et qui paie les tercios : sans lui, les armées de Flandre et d'Italie ne sont plus soldées. Le second est la route logistique qui relie l'Espagne aux Pays-Bas, par mer vers Gênes ou Dunkerque, puis par terre le long du fameux chemin des Espagnols. Couper ces deux cordons, c'est la mission assignée à la marine que Richelieu vient de créer. Cadix n'est donc pas une escarmouche au large de l'Andalousie : c'est une main posée sur l'artère financière de l'ennemi.
L'entreprise devient possible parce que l'Espagne vient d'encaisser, en octobre 1639, la perte de son armada dans les Downs, détruite par le Hollandais Tromp. La route atlantique n'est plus tenue. Et l'année 1640 achève de disloquer l'édifice : en juin, la Catalogne se soulève ; en décembre, le Portugal fait sécession et se donne un roi. C'est dans cet empire qui se fissure de toutes parts que Maillé-Brézé porte ses coups. Ses campagnes cessent alors d'être une succession de combats pour devenir ce qu'elles sont réellement : le volet maritime d'une stratégie d'étranglement, qui frappe le convoi d'argent devant Cadix en 1640, bloque les côtes catalanes, écrase l'escadre de secours devant Barcelone en 1642 et ouvre ainsi la route de Perpignan aux armées de terre.
Ce que la guerre a laissé
Les traités de Westphalie, en octobre 1648, ne mettent pas fin à la guerre de la France. Ils règlent l'affaire allemande : l'Empire sort morcelé en une poussière de principautés souveraines, la France obtient ses droits en Alsace et la confirmation des Trois-Évêchés, et l'Europe se met à vivre sous un régime d'États égaux en droit. Mais Madrid refuse de signer avec Paris. Pire, l'Espagne a traité séparément avec les Provinces-Unies en janvier, reconnaissant enfin leur indépendance : la France perd du même coup son meilleur allié naval. La guerre franco-espagnole continuera donc seule pendant onze ans, jusqu'au traité des Pyrénées de 1659, qui donne le Roussillon et l'Artois au royaume et scelle le mariage de Louis XIV avec l'infante. [Pagès, chapitres finaux sur les négociations et la paix]
Pour la marine, en revanche, le bilan est cruel, et c'est le paradoxe de cette histoire. L'instrument que Richelieu avait forgé ne survit pas à la génération qui l'a servi. Maillé-Brézé tombe à Orbetello en 1646 ; la Fronde éclate deux ans plus tard et dévore l'argent comme les hommes ; Mazarin, tout à sa diplomatie continentale, laisse la flotte pourrir dans les ports. En 1650, la charge de grand-maître de la navigation échoit à César de Vendôme, c'est-à-dire précisément à ce type de grand seigneur que Richelieu avait voulu écarter du commandement de la mer. Quand Colbert reprend l'affaire au début du règne personnel de Louis XIV, il ne trouve presque plus rien et doit tout recommencer.
C'est ce qui donne à la trajectoire de Maillé-Brézé sa grandeur et sa mélancolie. Il n'est pas le fondateur d'une tradition continue : il est la première démonstration, brève et éclatante, que la France pouvait battre l'Espagne sur mer. Il faudra quinze ans d'oubli avant que la leçon soit reprise.
Maille Braize au combat
Maille Braize fait ses premières armes sous les ordres de Sourdis aux batailles de la Corognes et Tarrago.Il defait les Espagnols devant Cadix en 1640 Puis en 1642 Maille Braize obtient la commission de lieutenant general ce qui correspond au commandement de l’integralite de la flotte. L’objectif est le blocus des cotes Espagnols pour permettre aux troupes terrestre d’envahir la Catalogne et le Rousillion. Le nouveau lieutenant general peut compter sur l’escadre du Ponant (Brest) compose de vingt et un vaisseaux deux flutes , six brulots. Vient s’ajouter une flotte de setps galeres commande par De Baumes. Enfin L’escadre du levant compose de dix neuf vaisseaux. Et Enfin dix setps galeres commande par Forbin.
Cadix 1640
Le vingt et un juillet 1640 Maille Braize qui a comme mentor le commandeur des gouttes tombe sur trente six vaisseaux de l’amiral espgnol Gomez qui escort un convoie d’Amerique. L’amiral Espagnol deroute son convoi et se porte au devant des Français Maille Braize envellope la flotte Espagnole et la foudroie. Les Espagnoles perdent quatres bâtiments. Les espgnols battent en retraites , la flotte françaises les tolonant de prêt. Maille braize n’ayant que six vaisseaux le reste de sa flotte étant a la traine ne peut reengager le combat et aneantir les Espangols qui se refugient en baie de Cadix. Puissament protege par ses defense naturelles et ses fortification. Pour combattre les espagnols Maillé braisé et dégoutte ont utilisé la tactique de la formation en ligne attaquant l'ennemi au centre et le débordant en tête et en queue une manœuvre d'abord canon ensuite et utilise les brûlots pour achever les navires en difficulté ne recourant à l'abordage qu'à la dernière extrémité. Les espagnols perdent cinq vaisseaux et 1500 hommes , victoire francaise.
Barcelone
Le 22 juin maille Braize tient un conseil de guerre. Le 30 juin la flotte espagnole tente une percee elle ouvre un feu compacte contre le flotte francaise et tente un abordage mais Maille Braize manœuvre habilement par vent contraire met les espagnols en echec. Le 1er juillet La flotte espagnole est de nouveau en vue. La flotte francaise en trois colonnes foncent sur les Espagnols l’avant-garde francaise est commande par le chevalier De Cange se bat furieusement mais un brulot francais mal manœuvrer vient percuter son batiment le Galion De Guise. Il ordonne a ses hommes d’evacuer mais reste a son bord et sombre avec lui. « Une émule de porsmoger il l'entraîne dans l'abîme la Magdalena de tierconnelle comme la cordelière avaient entraîné le régent congé à appliquer jusqu'au bout la consigne inspiré des statues de l'ordre de Malte placez en tête du règlement rédigé par le vice amiral de mantin et par le commandaire de la porte oncle de Richelieu il est nécessaire que les capitaines aient perpétuellement devant les yeux que le roi leur a mis dans les mains leur navire pour y mourir plutôt que de les rendre à l'ennemi et y commettre la moindre lâcheté du monde » Les Espagnoles perdent 10 vaisseaux et n’ont plus ravitailler la ville de Perpignan. La victoire Francaise est totale.
Le cap de Gata (1643)
Cap Gata
Le 9 août l'armée navale de monsieur debrézé mit le cap au sud il longea la côte espagnole elle comprenait une vingtaine de vaisseaux commandés par les meilleurs marins français le lion couronné capitaine dégoût le Saint-Charles capitaine cabaret la perle capitaine marron L'Europe capitaine de la lande le Triton capitaine Saint Martin la duchesse capitaine La Ferté l'amiral de biscaye capitaine de broc 5 mars la Vierge capitaine la roche Allard le saint-paul laroche bras de fer le cygne capitaine de bayern le saint-thomas-d'aquin capitaine deschasseries. Le 3 septembre la flotte Espagnole est en vue . Elle comprend vingt et un vaisseau et six galeres commande par l’amiral Don Martín Carlos de Mencos a bord du . Du cote francais Maille Braize a bord du grand saint louis manœuvre toute la nuit pour gagner au vent. Sous le soleil implacable d'Andalousie, l'immense armada de Don Martín Carlos de Mencos déploie ses forteresses flottantes avec la lenteur majestueuse des géants. Vingt galions d'Espagne, calés sur la mer houleuse, verrouillent l'horizon de leurs murailles de chêne sombre, prêts à dérouler le rituel immuable de la guerre navale : un canonnage lointain, policé, où l'on s'épuise en salves d'honneur sans jamais risquer l'irréparable.
Sur la dunette du Grand Saint-Louis, Jean Armand de Maillé-Brézé balaie ces convenances d'un geste sec. À vingt-trois ans, le neveu du défunt cardinal ne fait pas la guerre pour parader ; il la fait pour détruire. Méprisant l'alignement parallèle et les bordées d'apparat, il ordonne de porter la voile et jette sa proue, étrave écumante, droit sur le flanc du dispositif ennemi.
Les capitaines français suivent leur jeune chef dans ce qui ressemble à une folie furieuse : fendre le cœur même de la ligne hispanique sans lâcher un seul coup de canon.
À bord des vaisseaux royaux, l'angoisse s'étire dans un silence de mort que seul déchire le grincement des haubans. Les galions espagnols crachent la première bordée. Leurs boulets labourent les vagues, sifflent entre les cordages, fauchent la toile et font voler quelques espars, mais les canonniers de France, mèches allumées au-dessus des bassins, demeurent pétrifiés derrière leurs sabords. La consigne du grand-maître est clair : interdiction formelle de tirer tant qu'on ne distingue pas le blanc des yeux des officiers Espagnols.
L’ecart entre le deux flottes se reduit. Cent pas…. Cinquante pas…. Ca y’est les canoniers francais sont À portée, on distingue netement le blanc des yeux des matelots adverses, l'ordre est donne enfin dans le porte-voix : FEUX !
Soudain c'est le cataclysme qui s’abat. Les batteries basses françaises, chargées ras la gueule à double boulet et à mitraille, dechainent les enfers.
Le choc est si titanesque que les vaisseaux s'inclinent sous l'effet du recul.
En face, la muraille espagnole ne fléchit pas : elle explose. Les ponts sont balayés comme de la paille, les pièces ennemies arrachées de leurs affûts s'écrasent sur leurs servants, et le chêne massif éclate en milliers d'échardes meurtrières. En quelques minutes d'une boucherie aveuglante, les geants de l'armada sont pulverise par le bas, démâtés et noyés de fumée, sous le regard glacial d'un Maillé-Brézé qui vient d'imposer le sceau des armes du lys sur l’aigle des Hasbourg.
Orbitello 1646
En 1646 nasa en revient à la politique italienne il décide d'attaquer les président de Toscane hors betello Porto ferrajo et l'idée là pour couper les communications espagnoles avec les 2 essiles mazin veut donner comme droit au napolitain le prince Thomas de Sao un ordre secret parce qu'il y a la flotte de débarquer en Toscane à orbiter l'eau un corps expéditionnaire commandé pour le prince
Il separe sa flotte en 3 escdres Au centre l’amiral est sur le grand saint louis
Juin 1646, devant les falaises du mont Argentario et les lagunes d'Orbetello, la monarchie espagnole joue son va-tout pour dégager ses présides toscans, artères vitales reliant le royaume de Naples à la péninsule ibérique. Surgie de l’horizon, l’armada du comte de Linhares déploie ses galions de Castille et ses navires napolitains, pavillons à croix rouge au vent. Face à eux, impassible sur la dunette du Grand Saint-Louis, Jean Armand de Maillé-Brézé attend son heure. À vingt-six ans, couvert de gloire et investi de l’autorité souveraine sur les flottes du Roi, le jeune grand-maître n'a rien perdu de sa fougue implacable : il ne conçoit la victoire que par l'écrasement direct du fer adverse.
Debut d’après-midi du 14 juin, le vent faiblit, figeant les deux flottes sur une mer d’huile. Qu'à cela ne tienne : Maillé-Brézé fait atteler ses galères pour remorquer ses vaisseaux de haut bord et lancer ses brûlots droit sur le dispositif espagnol. Fidèle à la méthode qui a triomphé à Barcelone et au cap Gata, il refuse la canonnade polie. Il veut le choc, la poudre brûlante et le vacarme des membrures fracassées.
Les batiments français envoient une premiere bordee, puis une seconde, encore et encore ! sur les bastingages ennemis. Dans une brume aveuglante de soufre, les galions de Linhares plient, pris en écharpe par la fureur méthodique de l'escadre Francaise. Les mâts s'effondrent, les ponts Espagnolent jonge de sang se vident sous la mitraille, et la déroute de Madrid semble imminente au milieu des clameurs de victoire des matelots français.
Debout au sommet de son commandement, silhouette éclatante bravant le feu, Maillé-Brézé désigne du geste les vaisseaux en fuite pour sonner la curée.
C'est à cet instant précis, alors que le triomphe absolu lui tend les bras, que le sort frappe. Un ultime boulet de vingt-quatre livres, craché au hasard par un galion ennemi désemparé, déchire la fumée et balaye la dunette du Grand Saint-Louis. Le projectile fauche net le jeune chef en pleine poitrine. Le grand-maître de la navigation s'écroule sur les planches rougies de son navire amiral, tué sur le coup, fauché en pleine jeunesse comme un météore naval.
La stupeur pétrifie son état-major, incapable de concevoir la disparition de celui qui incarnait à lui seul l'âme offensive de la flotte. Privés de son autorité de fer, ses subordonnés hésitent, laissent échapper les débris de l’armada espagnole et lèvent bientôt le siège d’Orbetello.
Mais la légende est scellée dans le sang. En six années d'un commandement foudroyant, le neveu de Richelieu aura brisé la suprématie des Habsbourg en Méditerranée et prouvé que la monarchie du lys possédait désormais des marins capables de dominer les mers.
La perte de Monsieur de Brézé est un coup si rude pour le service du Roi qu'il est impossible de l'exprimer ; il semblait né pour relever la gloire navale de cette Couronne au-dessus de toutes les nations du monde. Cardinal Mazarin