
DOSSIER pORTE avions
Partie IV : GAN et menace
LE GAN
La mise en œuvre d'un porte-avions ne se limite pas à la maîtrise d'un bâtiment de projection ; elle impose la constitution d'un Groupe Aéronaval (GAN). Cette force navale complexe repose sur une synergie de moyens humains et technologiques visant à projeter une puissance de feu tout en garantissant l'invulnérabilité du "High Value Unit" (le porte-avions).
L'Escorte : La Défense en Profondeur
Pour contrer les menaces asymétriques, saturantes ou sous-marines, l'escorte organise une protection en "couches" autour du porte-avions :
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La Lutte Anti-Aérienne (AAW - Anti-Air Warfare) : Véritable bouclier du groupe, l'escorteur (type Frégate de Défense Aérienne - FDA) assure le contrôle de l'espace aérien sur plusieurs centaines de kilomètres.
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Senseurs : Radars longue portée (S1850M) et radars de conduite de tir (Herakles ou Sea Fire).
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Hard Kill : Missiles d'interception à longue et moyenne portée (famille Aster 15 et 30) et artillerie de proximité.
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Soft Kill : Systèmes de guerre électronique (brouillage) et lance-leurres (NGDS).
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La Lutte Anti-Sous-Marine (ASW - Anti-Submarine Warfare) : C'est le domaine de l'invisibilité. La frégate (type FREMM) traque les menaces sous la surface.
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Senseurs : Suite sonar complète intégrant un sonar de coque, un VDS[1] VDS variable depth sonar il s’agit d’un « poisson » immergé tracté par un bâtiment de surface, servant aux émissions sonores.
(Variable Depth Sonar) pour passer sous les couches thermoclines, et un TAS (Towed Array Sonar - antenne linéaire remorquée).
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Moyens d'action : Hélicoptères de lutte ASM (type NH90 Caïman) larguant des bouées acoustiques et torpilles légères (MU90).
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La Lutte Anti-Surface (ASuW - Anti-Surface Warfare) : Elle vise à interdire l'approche de bâtiments hostiles.
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Hard Kill : Missiles mer-mer (type Exocet MM40 Block 3C) et capacités de frappe vers la terre (Missile de Croisière Naval - MdCN).
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Les Multiplicateurs de Force : Sous-marins et Ravitailleurs
Le GAN ne serait pas complet sans deux acteurs de l'ombre :
Le Sous-marin Nucléaire d'Attaque (SNA) : Positionné en avant-garde, il assure le nettoyage de la zone ("sea clearing") et renseigne le commandement sur les mouvements adverses sans jamais être détecté.
Le Bâtiment de Ravitaillement de Force (BRF) : C'est le poumon logistique. Il fournit le carburant (F-76 pour les navires, F-44 pour les avions), les munitions et les vivres, permettant au GAN de tenir plusieurs mois en haute mer.
| Classe | Électronique | SONAR | Frappe contre terre | Interception | Lutte antinavire |
|---|---|---|---|---|---|
| FREMM 🇫🇷 🇮🇹 | Herakles | Coque + VDS/TAS [1] | MDCN [2] | 32 VLS + 76 mm [3] | 8 Exocet block III/3C |
| FDA 🇫🇷 🇮🇹 | S1800M | Coque + TAS | / | 32 VLS + 76 mm | 8 Exocet block III/3C |
| FDI 🇫🇷 | SeaFire | Coque + VDS/TAS | / | 16 VLS + 76 mm | 8 Exocet bloc 3C |
| Type 45 🇬🇧 | S1850M | Coque | 113 mm | 48 VLS | 8 NSM |
| Type 31 🇬🇧 | NS110 | Coque | / | 32 VLS | 8 NSM |
| Arley Burke/ 🇺🇸 Oscar Austin | AN/SPY-6(V)1 | Coque + TAS | Tomahawk | 64 VLS | NSM/harpoon |
| Ticonderonga* 🇺🇸 | SPS-49(V)7 | Coque | Tomahawk | 101 VLS | 8 Harpoon |
| 052D 🇨🇳 | 346A | Coque + VDS/TAS | 130 mm + CJ10 | 64 VLS + RAM + CIWIS [4] | YJ18/YJ83 |
| 055 🇨🇳 | 346B | Coque + VDS/TAS | 130 mm + CJ10 | 112 VLS | YJ18 |
| Kolkata 🇮🇳 | EL/M-2248 MF-STAR | Coque + VDS/TAS | Brahmos | 48 VLS + 76 mm + 4 CIWIS | Brahmos |
* Seul les USS Gettysburg (CG 64) USS Chosin (CG 65) USS Cape St. George (CG 71) sont prolonges jusqu'en 2030 le reste est retire du service actif.
[1] VDS variable depth sonar il s’agit d’un « poisson » immergé tracté par un bâtiment de surface, servant aux émissions sonores.TAS Towed array sonar il s’agit d’une antenne immergée tractée par un bâtiment de surface, servant à l’écoute du son dans l’eau.
[2]Le Programme FMAN/FMC (Futur Missile Antinavire/Futur Missile de Croisière) remplacera à partir 2030 les MDCN, NSM, exocet, storm shadow. Développer par l’industriel MBDA conjointement avec le Royaume-Uni et l’Italie. Il s’agit des nouveaux missiles T15 pour la partie croisière et RJ10 pour la partie antinavire.
[3] Le 76 mm est utilisé en lutte anti aérienne (120 coups/minutes) et peut mettre en œuvre des HE-PFF (Pre-Fragmented Fragmentation) : Spécialement conçue pour la défense antimissile, elle disperse des billes de tungstène pour un effet de fragmentation optimisé, avec une fusée de proximité. Le 127 mm est utilisé en tir contre terre (45 coups/minutes) et peut mettre en œuvre des VULCANO : Elle peut atteindre des portées de 70 km (version non-guidé ER extension range) et jusqu’à 100 km pour la version guidée (GLR — Guided Long Range).
[4] CIWS : Close-in weapon system, système de défense anti-missile antinavire courte portée généralement compose d’une ou plusieurs gatling. Valable uniquement pour les bâtiments étrangers, ceux de la marine nationale n’en sont pas équipés par mesure budgétaire.
Les menaces
1 Le missile hypersonique
Dans les nouvelles menaces, comment ne pas citer l’hypersonique, une technologie dont on entend beaucoup parler sur fond de conflit en Ukraine, au Yémen, et en Iran. Qu’est-ce qu'un missile hypersonique ? Pourquoi est-il si redoutable et quel est son impact sur la tactique navale ?
Un missile est considéré comme hypersonique lorsqu’il atteint ou dépasse Mach 5. Sa vitesse et sa bande de fréquence rendent extrêmement difficile à détecter, et à intercepter. Pour résumer, il est rapide et discret. Il a eu également pour conséquence d’accroitre considérablement la portée d’engagement de quelques centaines de kilomètres à plusieurs milliers. Il est également utilisé dans le domaine aérien et terrestre.
Dans le domaine naval, les principaux utilisateurs sont la Russie avec le ONIKS qui porte jusqu’à 800 km et le ZIRCON jusqu’à 1000 km. La Chine met en œuvre le CJ10 en missile de croisière avec 2 000 km de portée. En antinavire, le YJ18 qui porte à 540 km, et le YJ100 son dernier né dérivé antinavire du CJ10, porte à 1 500 km. Enfin, l’Inde met en œuvre le BrahMos développé conjointement avec la Russie porte à 800 km en version croisière et antinavire. L’Inde développe déjà son successeur le BrahMos II qui portera à 1 500 km.
2 Les Drones :
De manière générale, ils ont un cout de production très faible, c’est une technologie facile à maitriser, et on peut le produire en masse ce qui lui donne un ratio cout /efficacité très attractif.
La terminologie des drones inclue différente catégories précises qui sont décrites ci-dessous. Nous allons nous concentrer sur l’impact qu’ils ont sur le combat naval uniquement. On peut commencer par l’impact des drones aériens avec la possibilité de disposer d’un moyen de reconnaissance sans la mise en œuvre contraignante de l’hélicoptère, et la possibilité de les mettre en œuvres depuis des bâtiments de plus petite taille qui n’ont pas forcément la place d’accueillir un hélicoptère. Ensuite en tant que menace les technologies de détection permettent de les détecter, le problème va être de les discriminer (en fonction de sa vitesse, paterne, altitude) et ça c’est si vous avez qu’un ou deux drones. Mais s’ils attaquent en essaims c’est une autre affaire il va falloir discriminer et traiter la menace d’autant plus rapidement. Habituellement les bâtiments sont équipés en missile d’interception[1] qui ne sont pas conçu pour la lutte anti drone d’une part car leurs paterne les rends peu efficace si le drone est trop proche, et d’autre part car ils coutent beaucoup trop chère pour ce type d’emploi. D’où la nécessité pour les nouveaux bâtiments de surfaces de disposer de moyens d’autodéfense accru, pour ce faire plusieurs possibilités : Le CIWIS[2], RAM[3], rajout d’une tourelle[4], rajout de canons de 20 ou 40mm. On peut citer aussi les nouveaux systèmes optroniques comme le PCLCMA[5] développe par Safran. Nous venons de voir l’impact des drones aériens sur le naval mais depuis le conflit Ukrainiens deux nouveaux types qui étaient jusqu’alors peu répandus ce sont démocratises. Les USV et UUV. Depuis le début du conflit Ukrainien 20 bâtiments de la flotte de la mer noir ont été mis hors de combat par ces drones. La flotte Russe qui pourtant sur le papier disposait d’un format conséquent a été obligé de se replier de sa base de Sébastopol vers celle ce Novorossisk rendant quasi inopérante celle-ci durant le reste du conflit le tout avec des drones qui coutent entre 100 et 300 000 dollars pièces.
[1] Un aster 30 vaut 2 millions pièces.
[2] Close-in weapon system désigne un système de défense anti-missile antinavire qui a été conçu et fabriqué l’entreprise américaine par Raytheon portée maximale 5 km. Par la suite plusieurs pays ont développés leurs propres systèmes.
[3] Rolling Airframe Missile est un systeme sol-air léger conçu pour la défense rapprochée des navires contre les menaces aériennes, notamment les missiles de croisière et anti-navires portée maximale de 9km. Par la suite plusieurs pays ont développé leurs propres systèmes.
[4] Choix retenu par la marine Italienne.
[5] Poste de commande de lutte contre menace asymétrique système optronique de cameras très haute résolution permettant une veille a 360 degrés autour d’un bâtiment.
Les differents types de drones
Domaine aérien :
Drones de reconnaissance et de surveillance ISR ( — Intelligence, Surveillance, Reconnaissance)
Ci-contre un S300 Camocopter de la marine nationale
Drone de combat aérien (UCAV - Unmanned Combat Aerial Vehicles)
Ci-contre le NEURON de Dassault (en coopération avec l’espagnol Airbus Defence and Space, l’italien Leonardo, le suédois SAAB, le suisse RUAG et le grec EAG)
MALE (moyenne altitude longue endurance)
Ci contre le premier drone MALE 100 % français, le AAROK conçu par l’industriel Turgis Gaillard.
HALE (haute altitude longue endurance)
Ci-contre le RQ4 Global Hawk, fabriqué par Northrop Grumman.
Munitions rôdeuses (Loitering Munitions/Drones « suicides »)
Ci-contre le drone Lancet 3 russe de l’industriel ZALA. Il existe deux modèles 1 et 3. La différence se fait par la taille et la portée. Le 1 porte à 40 km et possède une charge de 1 kg le 2 porte à 70 km et possède une charge de 3 kg.
Domaine naval :
USV (Unmanned Surface Vessels)
Ci contre le drone magura V5 fabriqué par la société ukrainienne SpetsTechnoExport.
UUV (Unmanned Underwater Vehicles)
Ci-contre le drone sous-marin Tolka utilisé par les Ukrainiens en mer noire.
XLUUV (Extra Large Unmanned Undersea Vehicles)
Ci-contre le démonstrateur XLUUV de Naval Group.