Defense

Dossier : Porte avions

Quels enjeux pour le prochain porte-avion français ?

 Le 1 juillet 2025 le ministre des armées Sébastien Lecornu a annoncé que la construction du prochain porte avion français ne serait pas reporte. Cette annonce fait suite au rapport parlementaire intitule ‘quels équilibres pour les équipements militaire français’ rédige par les députes Thomas Gassiloud et Damien Girard ou ils évoquent l’idée de décaler la construction du prochain porte avion afin de financer de nouvelles frégates. Cette annonce est l’occasion de faire le point sur les enjeux liés à la construction d’un porte-avion et de mieux comprendre l’utilité de ces ponts-plats. Comment sont-ils nés ? Quels sont leurs coûts ? Quelles marines le mettent en œuvre ? À quelles menaces nouvelles font-ils face ?

Le but de cet article est de répondre à ces questions et de donner des éléments permettant au lecteur de mieux comprendre, d’approfondir la réflexion s’il le souhaite sur ces géants des mers. Au-delà de l’enjeu national autour du porte-avion en lui-même, il est nécessaire de  situer sa place au sein de la puissance maritime. Pour ce faire, nous allons distinguer le « naval » du « maritime ». Le naval envoie au domaine militaire donc à la marine et au porte avion. Le maritime renvoie au domaine civil, la puissance maritime est une combinaison des deux. Comment ne pas évoquer le facteur de l’environnement sans quoi il n’y aurait pas de puissance maritime : la mer. Elle . En effet, nos économies mondialisées en dépendent plus que jamais. Ainsi, comme le dit Pierre Royer[1], le XXIe siècle sera maritime. La place des mers et des océans a en effet pris une [2] dans la géopolitique mondiale. Dans ce cadre, le contrôle et la maîtrise des [3] est primordiale pour toute-puissance maritime. Primordial, car c’est par elles que sont transporté nos ressources énergétiques (60 % du pétrole mondial est acheminé par voie maritime). Sans elles, beaucoup d’entre nous seraient affamés et congelés dans le noir, pour reprendre la formule de Doug Casey[4]. Ce n’est pas par hasard si les Britanniques, dès le XVIIe siècle ont inclus dans leurs doctrines[5] le contrôle des lignes d’approvisionnement, repris par leurs homologues de l’US Navy et plus récemment de la marine populaire chinoise. Bref comme disait sir Walter Raleigh « Celui qui commande la mer commande le commerce ; celui qui commande le commerce commande la richesse du monde, et par conséquent le monde lui-même ».

[1] Pierre Royer, géopolitique des puissances maritimes La découverte 2023.

[2] Maxence Brischoux, géopolitique des mers presse universitaire de France 2023.

[3] Lieutenant colonel Reynolds B. Peele, maritime chokepoints : key sea line of communications and   strategy US army war   college 1997.

[4] Marin Katusa, The colder war Wiley and son 2014.

[5] Philippe Masson, La puissance navale au XXe siècle, Perrin 2002.

I Histoire du porte-avion

1.1. La naissance du porte-avion

Entre les premiers porte-avions comme le , un siècle d’évolution technique s’est écoulé. Une rétrospective s’impose pour comprendre la naissance et l’évolution de ces géants des mers.

Le porte-avion apparaît peu de temps après l’aviation militaire, au début du XXe siècle. Au commencement, on transforma des bâtiments déjà existants (contre-torpilleur Foudre, USS Pennsylvania) pour leur permettre la mise en œuvre d’aéronefs. L’aéronavale durant le premier conflit mondial essentiellement composée d’hydravions et peu active. On doit la première attaque aéronavale de l’histoire aux Japonais en 1914. Ils opèrent depuis le transporteur d’hydravions Wakamiya pour bombarder la baie de Jiaozhou sous contrôle de l’empire colonial allemand en Chine continentale.

Ce n’est que dans l’entre-deux-guerres que le porte-avion pris forme se rapprochant de la silhouette actuelle qu’on lui connait. Clément Ader, le père français des porte-avions, dira en 1909 dans son ouvrage l’Aviation militaire[1] : « Un bateau porte-avions devient indispensable. Ces navires seront construits sur des plans différents de ceux usinés actuellement. D’abord, le pont sera dégagé de tout obstacle ; plat, le plus large possible, sans nuire aux lignes nautiques de la carène, il présentera l’aspect d’une aire d’atterrissage. Le mot atterrissage n’est peut-être pas le terme à employer, puisqu’on se trouvera sur mer, nous lui substituerons celui d’appontage ». On ajouta un îlot, puis on décida la construction de bâtiments spécialisés (HMS Furious, Béarn). Le porte-avion était né. Son utilisation fut démocratisée lors du second conflit mondial par la flotte impériale japonaise et l’US Navy dans la bataille du Pacifique, notamment lors des batailles de la mer de Corail et Midway.

 

[1] Clément Ader, l’aviation militaire 1911.

[2] La doctrine « fleet in being » ou flotte de dissuasion trouve son origine avec le comte de Torrington connu sous le nom d’Herbet en 1690. À ce moment-là il fait face à une flotte française à son apogée (bataille de Bévézier). L’idée était de conserver sa flotte intacte, même en état d’infériorité et de livrer le combat dans des conditions favorables. Le simple fait qu’une force britannique même inférieur croise au large des côtes continentales, faisait peser une menace existentielle qui obligeait la flotte française à scinder ses forces pour parer à cette menace. La doctrine a plus tard été reprise par l’amiral Phillip Colomb en 1898 dans son ouvrage « naval warfare » de 1891. Côté français, on peut citer plus récemment l’amiral Duval ou il fait lien entre « flotte in being » et l’actuelle dissuasion.

[3] Hervé Coutau Bégarie, le meillleur des ambassadeurs théorie et pratique de la diplomatie navale, Economica 2010. L’ouvrage décrit l’histoire de la diplomatie, dont une partie est dévolue au porte-avion. Aussi il distingue la diplomatie navale en trois catégories : La permanence symbolique (Arborer le pavillon nationale en présence d’alliés ou des zones ciblés), La défense (exposition capacitaire dans le but de vente de bâtiments), et celle de crise (crise humanitaire, crise géopolitique).

[4] Voir numéro 109 de l’institut stratégique comparé « De l’histoire navale aux défis contemporains » première table ronde troisième partie 2015.

1 la Bataille du pacifique

C’est lors de la bataille du pacifique qui opposa l’us navy a la marine impériale Japonaise que les portes avions s’imposèrent. Le moment le plus connu est l’attaque de Pearl Harbor du 7 décembre 1941 à Hawaï dans le pacifique. L’objectif pour les Japonais est la destruction de la flotte américaine et le lancement d’une vaste opération navale et terrestre en direction de la Malaisie, Birmanie, Hong Kong, Singapour et enfin des Philippines. L’amiral Yamamoto[2] disait : « Si nous devons faire la guerre à l’Amérique notre seule chance de vaincre serait de détruire la flotte américaine des eaux d’Hawaï ». Pour la réussite du plan, la flotte impériale mise sur l’effet de surprise et sa concentration de force composée de six porte-avions mettant en œuvre 180 aéronefs (40 avions torpilleurs, 100 bombardiers, 43 chasseurs). Le résultat fût terrible, du côté américain on dénombre :

  • 2 cuirassés coulés
  • 6 cuirassés endommagés
  • 200 avions détruits
  • 128 avions endommagés
  • 2 403 tués ou disparus

Le lendemain, les États-Unis déclarent la guerre au Japon, ils entrent officiellement dans le conflit mondial.

La bataille de la mer du corail eu lieu du 7 mai au 8 mai 1942 opposant l’US Navy à la Marine impériale Japonaise. C’est la première bataille uniquement aéronavale. Elle résulte de la volonté Nippone d'envahir Port Moresby, au sud de la Nouvelle-Guinée, et Tulagi, au sud-est des îles Salomon. Leur force d’invasion est composée de :

  • 2 porte-avions
  • 1 porte-avion léger
  • 9 croiseurs
  • 15 destroyers
  • 1 pétrolier
  • 1 transport d'hydravions
  • 12 transports
  • 127 appareils

 

[1] Le Moing Guy, Les 600 plus grandes batailles navales marines édition 2011.

[2] Isoroku Yamamoto (1884-1943) est un marin Japonais, personnalité marquante de la Seconde Guerre mondiale, il a commandé les forces navales japonaises pendant la première partie de la guerre du Pacifique. Il a organisé et dirigé l'attaque de Pearl Harbor.Il connait bien les états unis pour y avoir séjourné de 1919 à 1921 à l'université Harvard. Il est considéré comme un stratège brillant (il avait très vite compris le potentiel des porte-avions et des sous-marins ; il avait aussi prédit que la supériorité japonaise ne durerait que six mois à un an dans le Pacifique, la bataille de Midway lui donna raison.Il mourut le 18 avril 1943 lors de l'opération Vengeance, lorsque le bombardier qui le transportait fut attaqué, ainsi que son escorte, par une escadrille américaine, avertie du voyage après avoir percé le code de transmission japonais.

 

Quant à elle l’US Navy était composée de :

  • 2 porte-avions
  • 9 croiseurs
  • 13 destroyers
  • 2 pétroliers
  • 1 transport d'hydravions
  • 128 appareils

La bataille voit les deux forces se neutraliser. Le bilan est équilibré avec un porte-avions coulé de part et d’autre. Concernant les pertes humaines, le bilan est plus lourd côté Japonais et va occasionner un manque de pilotes, les plus expérimentés étants morts durant l’affrontement.

La bataille de Midway eu lieu le 6 juin 1942 et marque définitivement l’ascendant Américain sur la marine impériale, donnant raison à l’amiral Yamamoto. La présence Américaine dans cet archipel est une menace permanente pour les Japonais qui décident de s’en emparer. Sur le papier ils disposent de moyens considérables :

  • 4 porte-avions
  • 2 cuirassés
  • 2 croiseurs lourds
  • 1 croiseur léger
  • 8 destroyers
  • 10 navires de soutiens
  • 248 avions embarqués

La flotte Américaine se compose de :

  • 3 porte-avions
  • 7 croiseurs lourds
  • 1 croiseur léger
  • 15 destroyers
  • 233 avions embarqués
  • 127 avions basés à terre

L’amiral Yamamoto commit une erreur qui coûta chère aux Japonais. Il dispersa sa force en trois groupes qui ne purent se porter assistance. Ils perdirent leurs avantages numériques et matériels. Les Américains concentrèrent leurs forces sur le groupe de l’amiral Nagumo[1] les pertes Japonaises furent terribles avec :

[1] Chūichi Nagumo (1887-1944) est une personnalité importante de la Marine impériale japonaise. Il a commandé la Force Mobile de grands porte-avions, qui est allée de succès en succès, de l'attaque de Pearl Harbor (7 décembre 1941) au raid sur Ceylan (5-9 avril 1942), mais qui a subi une terrible défaite à la bataille de Midway. Il n'a plus eu de commandement à la mer après novembre 1942. En juillet 1944, il se suicide pour ne pas être fait prisonnier lors de l'attaque américaine sur les îles Mariannes.

  • 4 porte-avions
  • 1 croiseur lourd
  • 248 avions
  • 3 057 morts
    • Du coté Américains les pertes sont relativement faibles :

    • 1 porte-avion
    • 1 destroyer
    • 107 avions
    • 307 morts
      • La victoire de l’US Navy est décisive, la Marine impériale perd définitivement sa suprématie.

        Comme on vient de le voir ces trois batailles illustrent le bouleversement que produit l’utilisation de groupes aéronavales. Que ce soit via des raides navales comme l’avait prédit l’amiral Castex, ou le ‘combat d’escadre’ va nécessiter le control aéromaritime d’une zone dans le cadre d’une projection de puissance.

        Dès lors la supériorité aéromaritime devient une primauté dans le succès du combat navale.

        À la sortie du second conflit mondial, le porte-avion était devenu le capital ship[1] succédant au cuirassé. Soutien aux opérations amphibies, frappe dans la profondeur, supériorité navale, éclairage d’une force navale, il devint un atout incontournable pour toute marine ayant pour ambition d’être une force de premier rang.

        [1] Voir section 2.4 vaincre en mer au XXIe Thibault Lavernhe (Commandant) Francois-Olivier Corman (Commandant) équateur 2023 « la première catégorie est celle des escadres composées de bâtiments dits “capitaux” (capital ships en terme anglo-saxons) et de leurs escortes, conçues pour la guerre d’escadre dans un but de destruction de la flotte adverse. Hier galères puis vaisseaux, ces bâtiments capitaux se sont incarnés à l’époque contemporaine dans les cuirarassés puis dans les portes-avions.(…)D’autre part, car les capital ship ont vu leur action basculer progressivement de la conquête du milieu maritime vers son exploitation, comme en témoigne l’emploi majoritaire des portes avions dans des campagnes aéroterrestres depuis la fin de la seconde guerre mondiale. »

      1L’évolution de la flotte mondiale depuis 1945

      Après la Seconde Guerre mondiale l’US Navy alignait une centaine de porte-avions [20 porte-avions lourds classe Essex, 8 porte-avions légers classe Independence, 70 porte-avions d’escorte]. Elle en céda une partie à ses alliés et condamna le reste. Comme le souligne Hervé Coutau-Bégarie, dans les années 60, en dehors des États-Unis, seules la France et la Grande-Bretagne sont capables de construire des porte-avions[1], de sorte que dix marines mettent en œuvre des porte-avions. Trois d’entre elles en arment plusieurs : États-Unis, Grande-Bretagne, France. Sept n’en possèdent qu’un : Argentine, Australie, Brésil, Canada, Espagne, Inde et Pays-Bas.

      Par la suite, le développement des technologies à réaction, rendant les avions toujours plus lourds, et l’apparition de la propulsion nucléaire fit monter drastiquement les coûts d’acquisition de ces géants. C’est pourquoi plusieurs marines abandonnèrent leurs capacités aéronavales. De sorte qu’à la fin de la guerre froide en 1990, seuls neuf pays possédaient des capacités aéronavales :

       Les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne, l’URSS, Italie, Espagne, Inde, Argentine et Brésil. Le terme « capacité aéronavale » comprend les porte-avions et porte-aéronefs. Il convient de distinguer la différence entre les deux.

       

      [1] Hervé Coutau Bégarie, le problème du porte-avion Economica 1990.

       

       

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