Jean Bart
Le loup de Dunkerque
1650 – 1702
Le Flamand (1650-1678)
Le plus français des marins de Louis XIV n'est pas né français, ou du moins pas tout à fait.
Dunkerque est une ville flamande, de langue flamande, tournée vers la mer du Nord, qui vit depuis un siècle d'un métier unique : la course. Ses corsaires ont fait saigner les Hollandais pendant toute la guerre de Quatre-Vingts Ans. La course y est une institution, presque une industrie, avec ses familles, ses chantiers et ses règles. On y naît corsaire comme ailleurs on naît tisserand.
Jean Bart naît là le 21 octobre 1650 [À VÉRIFIER : paroisse], dans une de ces familles. Son père, Jean-Cornil Bart, est marin et corsaire, et sa mère s'appelle Catherine Janssen [À VÉRIFIER : état civil des parents, profession exacte du père]. La tradition familiale compte plusieurs générations de gens de mer et rattache même la famille au célèbre corsaire Michel Jacobsen, le « Renard de la mer » [À VÉRIFIER : parenté réelle ou légende familiale]. La famille n'a ni terre, ni office, ni fortune. Elle a un nom connu sur le port et des parts dans des bateaux.
Pendant son enfance, la ville change plusieurs fois de maître. [À VÉRIFIER, point important : le duc d'Enghien prend Dunkerque en 1646 et la ville reste française jusqu'en 1652. En 1650, Jean Bart naît donc dans une ville des Pays-Bas espagnols alors occupée par la France. Ton accroche « né sujet du roi d'Espagne » est à nuancer, mais l'idée d'une ville ballottée entre les couronnes en sort renforcée] Les Espagnols la reprennent en 1652 et la perdent de nouveau en 1658, après la bataille des Dunes, au profit des Anglais de Cromwell. Charles II la revend finalement à Louis XIV en 1662 [À VÉRIFIER : montant de la vente, cinq millions de livres selon la tradition, et réaction de la population]. Jean Bart a douze ans quand il devient définitivement français, et il le devient par un acte notarié entre deux rois.
Cela explique deux traits qui le suivront toute sa vie. Il parle flamand, et son français restera rudimentaire, ce qui achèvera de le rendre exotique à Versailles [À VÉRIFIER : son niveau réel de français ; savait-il écrire ? Témoignages contemporains]. Et il ne doit rien à la monarchie française. Il la servira magnifiquement, mais en homme qui ne lui doit ni sa naissance ni son rang.
[À DÉVELOPPER : ses débuts en mer, vers douze ans, comme mousse. Sur quel bateau, sous quel patron ?]
Le paradoxe se prolonge : le jeune Bart apprend son métier de guerre sous pavillon hollandais.
Pendant la deuxième guerre anglo-hollandaise, il sert dans la flotte des Provinces-Unies, sous les ordres de De Ruyter [À VÉRIFIER : durée du service, fonction, vaisseau (la tradition cite De Zeven Provinciën, le vaisseau amiral de Ruyter). A-t-il vraiment servi sous ses ordres directs ? Le point est souvent embelli]. Il a seize ou dix-sept ans et il voit fonctionner la meilleure marine du monde, celle qui remonte la Medway en juin 1667 et brûle la flotte anglaise dans son propre fleuve [À VÉRIFIER : sa participation au raid sur la Medway, affirmée par certains auteurs].
En 1672, Louis XIV attaque les Provinces-Unies. Jean Bart rentre à Dunkerque et arme contre ceux qui l'ont formé. Il n'y a là ni trahison ni cas de conscience : la course est un métier, il est sujet du roi de France, et c'est une déclaration de guerre qui désigne l'ennemi. Mais il connaît désormais les Hollandais de l'intérieur, avec leurs convois, leurs routes et leur manière d'escorter. C'est contre eux qu'il fera l'essentiel de sa carrière.
Corsaire (1672-1678)
Il commence tout en bas, sur de petits bâtiments armés par les négociants dunkerquois, et il monte vite. Son premier commandement est une galiote, le Roi-David [À VÉRIFIER : nom, date (1674 ?), armement, armateur].
Dès ces années-là, sa manière n'est pas celle d'un tacticien mais celle d'un chasseur. Il connaît les bancs de la mer du Nord comme un pêcheur, navigue par des fonds où les vaisseaux de guerre n'osent pas le suivre, joue de la brume et du mauvais temps, et il aborde. L'abordage est sa signature. Il préfère prendre un navire que le couler, parce qu'un navire coulé ne rapporte rien, ni à l'armateur ni à l'équipage, et qu'un équipage dunkerquois sait aborder mieux que personne.
En six ans de guerre, il se taille une réputation qui dépasse le port. Louis XIV lui fait remettre une chaîne d'or après la prise d'une frégate de guerre hollandaise [À VÉRIFIER : date (1676 ?) et nom du bâtiment]. Quand la paix de Nimègue est signée en 1678, il a vingt-huit ans et compte parmi les premiers corsaires de Dunkerque.
[À DÉVELOPPER : la période est racontée sans un seul fait d'armes daté. Il faudrait au moins un combat précis, raconté en scène, et un bilan chiffré de ses prises]
[À DÉVELOPPER : sa vie privée manque. Premier mariage avec Nicole Gontier en 1676, naissance de François-Cornil en 1677 — à vérifier]
Au service du roi (1679-1693)
En janvier 1679, Jean Bart entre dans la marine du roi comme lieutenant de vaisseau [À VÉRIFIER : date exacte de la commission ; qui le recommande ?]. C'est à la fois une reconnaissance et une humiliation. Une reconnaissance, parce qu'on ne fait pas cela pour n'importe quel corsaire. Une humiliation, parce qu'à son âge et avec son palmarès, un gentilhomme commanderait déjà un vaisseau, et qu'il va obéir à des hommes qui connaissent la mer moins bien que lui.
Toute la suite de sa carrière est une remontée de cette pente, grade par grade et victoire par victoire. Il lui faudra dix-huit ans pour devenir chef d'escadre. [correction : ton texte ajoutait qu'il serait « le premier de son origine à y parvenir ». C'est faux, et ta propre série le contredit : le chevalier Paul, fils naturel sans naissance, et Duquesne, fils d'un capitaine marchand de Dieppe, ont atteint ce grade avant lui. J'ai supprimé l'affirmation]
C'est de là que vient aussi le personnage de légende : le marin flamand qui parle mal le français, fume sa pipe dans l'antichambre du roi et répond aux courtisans par des brutalités. Vraies ou non, ces anecdotes disent une réalité sociale. Versailles s'amusait de lui comme d'un phénomène, et cette condescendance donne la mesure de ce qu'il a dû forcer.
[À VÉRIFIER : il faut trier les anecdotes de cour (la pipe, la scène de l'antichambre, le « Sire, vous avez bien fait » lors de sa nomination de chef d'escadre) entre ce qu'attestent des contemporains et ce qu'ont inventé le XVIIIᵉ ou le XIXᵉ siècle. Je te conseille une règle unique pour toute la biographie : citer les plus belles en les présentant explicitement comme « la tradition rapporte »]
5. Les années obscures (1679-1688)
Titres proposés : « Les années d'attente » · « Dix ans de patience » · « Au service ordinaire »
[À DÉVELOPPER, trou chronologique majeur : dix ans absents du récit. Pistes à vérifier : campagnes en Méditerranée contre les Barbaresques, peut-être les bombardements d'Alger (1682-1683) ; promotion au grade de capitaine de frégate (1686 ?) ; mort de sa première femme (1682 ?) ; remariage avec Marie-Jacqueline Tugghe, fille d'un notable dunkerquois (1686 ?)]
La guerre de la Ligue d'Augsbourg le remet en mer, et elle commence pour lui par un désastre.
En mai 1689, alors qu'il escorte un convoi en Manche avec le chevalier de Forbin, il est attaqué par deux vaisseaux anglais très supérieurs [À VÉRIFIER : date, lieu, noms des navires (la Railleuse pour Bart, les Jeux pour Forbin ?), force des Anglais, durée du combat, pertes]. Le convoi s'échappe, mais les deux Français se battent jusqu'à l'épuisement. Blessés l'un et l'autre, ils finissent par se rendre.
Ils sont emmenés à Plymouth. Au bout de quelques jours, ils s'évadent, gagnent la côte et traversent la Manche à l'aviron dans une petite embarcation pour toucher la Bretagne [À VÉRIFIER : date, point de départ et d'arrivée (près de Saint-Malo ?), durée de la traversée, nombre d'hommes]. C'est l'un des exploits les plus célèbres du siècle, et l'un des mieux racontés, puisque Forbin l'a écrit dans ses Mémoires, en s'y donnant le beau rôle.
[RENVOI : Forbin. Si la scène complète figure déjà dans sa biographie, réduis-la ici à un paragraphe et garde seulement ce que l'évasion révèle de Jean Bart]
À son retour, Louis XIV le fait capitaine de vaisseau [correction et À VÉRIFIER : ton texte parlait d'une promotion au grade de capitaine de frégate après l'évasion, puis de capitaine de vaisseau vers 1691-1693. La plupart des sources le disent capitaine de frégate dès 1686 et capitaine de vaisseau en 1689, juste après l'évasion]. La remontée commence.
7. La mer du Nord (1690-1693)
Titres proposés : « Le maître de la mer du Nord » · « Brûler ce qu'on ne peut prendre » · « Forcer le blocus »
En 1690, il commande la frégate l'Alcyon dans l'armée navale de Tourville à Béveziers [RENVOI : Tourville, dont le texte le mentionne déjà] [À DÉVELOPPER : une phrase sur son rôle].
Les années suivantes le voient opérer dans son élément, entre Dunkerque, les côtes d'Écosse et la Norvège, sur les routes où passe tout ce qui fait vivre l'Angleterre et la Hollande : le charbon de Newcastle, les bois et les chanvres de la Baltique, le hareng.
Il n'y agit plus en simple preneur de prises. Il commande des escadres légères, quelques frégates agissant de concert, et il détruit autant qu'il capture : il brûle ce qu'il ne peut ramener, descend à terre et rançonne des ports. En 1691, bloqué dans Dunkerque par une escadre anglo-hollandaise, il force le blocus de nuit avec quelques frégates, puis ravage les pêcheries hollandaises et les côtes d'Écosse [À VÉRIFIER : date, nombre de frégates, bilan, réalité et lieux des descentes à terre].
En 1693, il participe avec Tourville à la campagne de Lagos, contre le convoi de Smyrne [À VÉRIFIER : nom de son vaisseau (le Glorieux ?) et son rôle] [RENVOI : Tourville].
Il a plus de quarante ans, et il commande enfin comme il le devrait.
Le pain du royaume (1694)
Au printemps 1694, un convoi considérable de navires chargés de blé descend vers la France [À VÉRIFIER : nombre de bâtiments (on cite plus d'une centaine), provenance, pavillons]. Le 28 juin, une escadre hollandaise l'intercepte au large du Texel et s'en empare. Pour Versailles, la nouvelle est épouvantable : la moisson d'un royaume qui meurt de faim est entre les mains de l'ennemi.
Jean Bart a appareillé de Dunkerque avec une escadre légère [À VÉRIFIER : six vaisseaux et frégates ? Son navire amiral, le Maure ?]. Le 29 juin, il retrouve le convoi, escorté désormais par huit vaisseaux de guerre hollandais sous le contre-amiral Hidde de Vries [À VÉRIFIER]. Malgré son infériorité, il attaque aussitôt, sans manœuvre préalable, et fait ce qu'il a toujours fait : il aborde. Le combat se règle au sabre sur le pont du vaisseau amiral hollandais, le Prins Friso. De Vries, grièvement blessé, mourra quelques jours plus tard [À VÉRIFIER : nom du vaisseau, sort de De Vries, nombre de vaisseaux pris (trois ?), pertes des deux bords]. L'escorte enlevée, le convoi est repris presque en entier et ramené dans les ports français.
L'effet à Versailles est immense, et il est politique autant que militaire : un corsaire flamand vient de rapporter le pain du royaume. Louis XIV lui accorde des lettres de noblesse [À VÉRIFIER : date (août 1694 ?), motif, armes et devise].
C'est le seul moment du règne où une victoire navale touche directement des millions de gens qui n'ont jamais vu la mer. [À VÉRIFIER, nuance à envisager : plusieurs historiens soulignent que le blé du convoi pesait peu face aux besoins du royaume, et que la récolte de 1694 était proche. L'effet fut surtout moral et politique. Ça ne diminue pas la scène, ça la rend plus juste]
[correction : j'ai retiré deux consignes de rédaction restées dans ton texte, « il faut d'abord dire dans quel état est le royaume » et « Écrivez la scène pour ce qu'elle est »]
Chef d'escadre (1696-1702)
Deux ans plus tard, il récidive à plus grande échelle. Le 18 juin 1696, au large du Dogger Bank, il tombe sur un grand convoi hollandais venu de la Baltique, escorté par cinq vaisseaux de guerre [À VÉRIFIER : date, force de l'escorte et nom de son commandant, composition de l'escadre de Bart]. Il enlève l'escorte et s'empare d'une bonne partie des marchands. Mais une escadre anglo-hollandaise surgit à l'horizon [À VÉRIFIER : celle de Benbow ?]. Plutôt que de perdre ses prises, il les incendie et se dérobe avec ce qu'il peut sauver [À VÉRIFIER : nombre de navires pris, brûlés et ramenés].
[correction : ton texte faisait de l'incendie du convoi un choix stratégique (« il ne ramène pas, il brûle »). D'après la plupart des récits, Bart brûle faute de pouvoir ramener, à cause de l'arrivée de l'escadre ennemie. À vérifier dans tes sources avant de trancher]
10. La mission de Pologne (1697)
Titres proposés : « Un roi à Dantzig » · « La mission de Pologne » · « Le passeur du prince »
Le 1ᵉʳ avril 1697, il est fait chef d'escadre [À VÉRIFIER : date. Ton texte plaçait la promotion après la mission de Pologne, mais elle la précède]. Un fils de marin flamand, né dans une ville que se disputaient trois couronnes, entré dans la marine à vingt-huit ans par la petite porte, commande une escadre du roi.
[À VÉRIFIER : la réponse célèbre au roi qui lui annonce sa nomination, « Sire, vous avez bien fait ». À ranger avec les anecdotes de tradition]
La même année lui vaut sa mission la plus singulière. En juin 1697, une partie de la noblesse polonaise a élu roi le prince de Conti, contre le candidat saxon soutenu par l'Empereur et la Russie. Louis XIV veut le faire parvenir en Pologne, alors que les Alliés tiennent toutes les mers du Nord. On confie l'affaire à Jean Bart. En septembre, il embarque le prince à Dunkerque, force le blocus, traverse la mer du Nord et la Baltique et le débarque à Dantzig [À VÉRIFIER : dates de l'aller et du retour, composition de l'escadre, incidents de la traversée].
La tradition rapporte que, pour ne pas livrer le prince à l'ennemi, il avait posté son fils près de la sainte-barbe, prêt à faire sauter le navire en cas de capture [À VÉRIFIER : anecdote célèbre, source probable Conti lui-même ou la tradition. À présenter comme telle].
Politiquement, l'échec est complet. Auguste de Saxe a pris les devants et s'est fait couronner, Conti ne régnera jamais, et Jean Bart le ramène en France à la fin de l'année. Militairement, la mission démontre ce que valent un marin et une escadre rapide face à un ennemi qui tient la mer.
La paix de Ryswick, signée en septembre 1697, met fin à la guerre et à son emploi. Il reste à Dunkerque, où il prépare l'escadre pour la guerre suivante, qui s'annonce pour la succession d'Espagne [À DÉVELOPPER : ses fonctions exactes entre 1697 et 1702 (commandement de la marine à Dunkerque ?)].
Il meurt à Dunkerque le 27 avril 1702, d'une pleurésie, à cinquante et un ans, au moment où la guerre qu'il attendait commence [À VÉRIFIER : lieu d'inhumation, l'église Saint-Éloi ?]. Son fils François-Cornil Bart fera dans la marine du roi la carrière régulière que son père a dû arracher, et montera jusqu'au grade de vice-amiral [À VÉRIFIER : grades et dates ; autres enfants ?].
12. Ce qu'il laisse
Titres proposés : « La fabrique d'un héros » · « Ce qu'il laisse » · « Le corsaire et la légende »
Jean Bart n'a jamais commandé une flotte de ligne, n'a jamais livré de bataille rangée, n'a laissé ni écrit, ni théorie, ni traité. Comparé à Tourville, il n'est pas un homme de l'art naval. Il est autre chose, et probablement plus rare : un homme qui a fait exactement ce que son pays pouvait encore faire.
Sa carrière reflète le choix fait à Versailles après La Hougue. Puisque la France ne peut plus disputer la mer, elle attaquera ce qui passe dessus. Jean Bart n'a pas choisi cette stratégie, il l'a incarnée, et son efficacité tient à ce qu'il n'a jamais fait autre chose : trente ans de mer du Nord, les mêmes bancs, les mêmes routes, le même ennemi.
Reste à dire pourquoi, de tous les marins du règne, c'est lui que la France a gardé en mémoire. Ce n'est pas seulement l'exploit. C'est que sa victoire a nourri le peuple, et qu'il venait lui-même du peuple [correction : ton texte disait « le seul qui vînt du peuple », ce que ta biographie du chevalier Paul contredit]. Le XIXᵉ siècle en fait un héros national : la statue de David d'Angers se dresse à Dunkerque dès 1845 [À VÉRIFIER : date], et la IIIᵉ République l'installe ensuite dans les manuels. Le Jean Bart des statues et des livres d'école, avec sa pipe, son sabre et ses réponses insolentes au roi, est en grande partie une construction de ce temps-là [correction : ton texte datait le mythe de la seule IIIᵉ République, alors qu'il commence dès la monarchie de Juillet].
[À DÉVELOPPER : une page sur la fabrication du mythe, avec la statue, les navires qui ont porté son nom (dont le cuirassé Jean Bart) et les manuels scolaires. Ce serait un très bon final, et un contrepoint aux figures nobles de tes autres biographies]