Tourville

Le seigneur des mers

1642 – 1701

Le sang des Costentin

[À DÉVELOPPER : la biographie commence sans portrait de l'homme. Un paragraphe d'ouverture accrocherait le lecteur : son physique (on le disait l'un des plus beaux hommes de la Cour), son caractère, sa réputation de bravoure. À vérifier dans tes sources]

Anne Hilarion de Costentin (ou Cotentin), comte de Tourville, naît à Paris le 24 novembre 1642 dans une famille de vieille noblesse normande. Son père, César de Costentin, est seigneur de Tourville. Sa mère, Lucie de La Rochefoucauld, est dame d'honneur d'Anne d'Autriche [À VÉRIFIER].

C'est cette parenté maternelle qui lui ouvre toutes les portes. César de Costentin devient gentilhomme du duc de Saint-Simon, le père du mémorialiste, puis premier gentilhomme de la chambre du prince de Condé [À VÉRIFIER : dans ton texte, le « il » laisse croire que ces charges sont celles du futur amiral. Or elles reviennent au père, mort en 1647. Autre point : avant 1646, le « duc d'Enghien » est le Grand Condé lui-même, donc la formule « à la demande du Grand Condé, premier gentilhomme du duc d'Enghien » ne tient pas. À reformuler d'après ta source].

L'École de Malte (1647-1666)

Il est reçu « de minorité » dans l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem le 11 avril 1647, à quatre ans. L'indult pontifical qui l'y autorise précise son âge. Sa famille verse pour cela mille écus d'or au trésor de l'Ordre [À VÉRIFIER : montant].

Il fait ses caravanes dès l'âge de seize ans [À VÉRIFIER : la plupart des biographes le font arriver à Malte vers 1660, à dix-sept ou dix-huit ans]. Ce sont les campagnes obligatoires sur les galères de l'Ordre, en principe quatre croisières de six mois, que tout chevalier doit accomplir pour accéder aux dignités. Malte n'est pas la seule école de mer d'Europe, puisque Anglais et Hollandais forment leurs officiers au combat d'escadre. Mais c'est la meilleure de la Méditerranée. Tourville y apprend son métier en faisant la course aux Barbaresques d'Alger et de Tunis, notamment au large de Zante et du cap Matapan.

[À DÉVELOPPER : la section reste un résumé. Ses campagnes avec le chevalier d'Hocquincourt, sur une frégate armée en course, et les combats où il se distingue contre les corsaires fourniraient une vraie scène d'abordage. À vérifier]

Sa réputation devient telle que le doge de Venise le fait « protecteur du commerce maritime » [À VÉRIFIER : titre et source, cela ressemble à une légende]. Il rentre en France après le naufrage de sa frégate en 1666 [À VÉRIFIER : « il quitte l'Ordre » : avait-il prononcé ses vœux ? Son mariage en 1690 laisse penser que non. À préciser].

Entrée dans la Royale (1666-1671)

La Rochefoucauld, l'auteur des Maximes et parent de sa mère, le présente au roi, qui le nomme capitaine de vaisseau [À VÉRIFIER : date, 1667 selon la plupart des sources]. Il se lie alors au jeune marquis de Seignelay, fils de Colbert et futur secrétaire d'État à la Marine. Cette amitié pèsera sur toute sa carrière [RENVOI : encadré Seignelay, en ouverture de la section Béveziers].

Il commande le Courtisan dans les escadres du duc de Beaufort et conduit un ambassadeur à Alger [À VÉRIFIER : date et nom de l'ambassadeur].

En 1669, il commande le Croissant, puis l'Hercule, et protège le commerce en Méditerranée. La même année, il participe à l'expédition de Candie, où la France tente de secourir les Vénitiens assiégés par les Turcs [À DÉVELOPPER : Beaufort y est tué lors d'une sortie, le 25 juin 1669. C'est une scène forte, qui fait aussi le lien avec la biographie du chevalier Paul, où Beaufort est très présent]. En 1670, il assiste à la visite de Louis XIV à Dunkerque [À VÉRIFIER : 1670 ou 1671].

Il commande ensuite le Duc [À VÉRIFIER : nom du vaisseau] lors d'une campagne contre les Barbaresques. Il arme ensuite l'Excellent à Rochefort, mais s'échoue dans la Charente. Colbert lui garde sa confiance et lui confie le Sage.

[À VÉRIFIER : chronologie 1669-1671. Ton texte contenait deux entrées « 1669 » et plusieurs commandements sans date]


4. La guerre de Hollande (1672-1678)

Titres proposés : « À l'école de Ruyter » · « Le baptême du feu en escadre » · « Témoin des grandes batailles »

Le 7 juin 1672, il combat à Solebay à la barre du Sage, dans l'escadre du comte d'Estrées, aux côtés de Duquesne [À VÉRIFIER : nom du vaisseau] [À DÉVELOPPER : son rôle personnel dans la bataille] [RENVOI éventuel : Duquesne].

[À DÉVELOPPER, point capital : dans les pages qui suivent, plus de 1 200 mots, Tourville n'apparaît pas une seule fois. Soit tu les passes en encadré, comme je l'ai fait ci-dessous, soit tu les recentres sur lui : où est-il au Schooneveld et au Texel, sur quel vaisseau, que voit-il de la dérobade de d'Estrées ? Il ferait un témoin idéal pour raconter la bataille de l'intérieur]

Le grand événement

Trois batailles pour sauver un pays

1673 : De Ruyter sauve les Provinces-Unies

1672 est l'année terrible des Provinces-Unies. Les armées de Louis XIV tiennent Utrecht, les Hollandais n'ont sauvé Amsterdam qu'en ouvrant les digues, et les frères Jan et Cornelis de Witt sont massacrés par la foule de La Haye le 20 août. Guillaume III devient stathouder. Sur terre, la République ne survit que derrière sa ligne d'eau, immobile. Tout se joue donc sur mer.

Le plan allié

Pour 1673, Anglais et Français ont un dessein simple : détruire la flotte hollandaise, puis débarquer des troupes sur la côte, dans le dos de la ligne d'eau. La flotte alliée est confiée au prince Rupert du Rhin ; elle comprend une escadre française d'une trentaine de vaisseaux sous le vice-amiral Jean II d'Estrées.

En face, Michiel de Ruyter a soixante-six ans et sera inférieur en nombre dans chacune des trois batailles de l'année. Il compense par l'audace, par la connaissance des bancs, et par une réconciliation que Guillaume III lui impose : celle avec Cornelis Tromp, son rival de toujours, qui prendra l'arrière-garde et s'y battra comme un lion.

Le Schooneveld, ou le refuge des bancs de sable

En juin, De Ruyter se retranche au Schooneveld, un dédale de hauts-fonds devant l'Escaut où l'ennemi n'ose pas le suivre. Il en sort deux fois, les 7 et 14 juin, pour frapper au moment qu'il a choisi, puis s'y replie. Les alliés doivent se retirer pour réparer : le débarquement est repoussé d'un été.

Le Texel, victoire hollandaise et scandale français

Le 21 août, au large du Texel, soixante-quinze vaisseaux hollandais affrontent plus de cent bâtiments alliés, alourdis par les troupes du débarquement. La bataille se décompose aussitôt en trois duels séparés.

À l'avant-garde, d'Estrées tente d'envelopper l'escadre zélandaise d'Adriaen Banckert en profitant de son avantage numérique. La manœuvre réussit d'abord, puis Banckert perce la ligne française, la coupe du reste de la flotte et la laisse dériver sous le vent. Les Français ne rejoindront le combat que vers sept heures du soir. Banckert, lui, revient renforcer De Ruyter.

Au centre, De Ruyter et Rupert s'épuisent des heures durant, le vent passant d'un camp à l'autre. À l'arrière-garde, Tromp et l'Anglais Edward Spragge se cherchent avec une hargne personnelle ; tous deux doivent changer de bord, leur vaisseau démoli sous eux, et Spragge se noie en tentant de hisser son pavillon sur un troisième.

Au soir, aucun vaisseau n'a été coulé ni pris de part et d'autre. Mais trois mille hommes sont morts, dont deux tiers d'Anglais et de Français, et le résultat stratégique est sans appel : l'invasion est abandonnée, le blocus des côtes levé, et la flotte des Indes rentre intacte au port, ce qui remet de l'argent dans les caisses de la République.

75 contre 100vaisseaux hollandais face aux alliés, au Texel
3 000morts en une journée, deux tiers côté allié
Aucunvaisseau coulé ni pris, dans l'un ou l'autre camp

Les conséquences sont surtout politiques. Les Anglais, qui ont vu l'escadre blanche dériver hors du combat, accusent les Français de les avoir laissés saigner seuls ; c'est la quatrième bataille en deux ans où le reproche revient. Le 19 février 1674, le traité de Westminster fait sortir l'Angleterre de la guerre et laisse la France seule face à l'Europe.

En France, le marquis de Martel, chef de division sous d'Estrées, accuse publiquement son amiral de s'être dérobé : il y gagne la Bastille. [vérifier le titre exact de Martel et la date de son embastillement] Le débat n'est pas tranché aujourd'hui encore. D'Estrées était-il un courtisan sans métier, comme le pensait Duquesne, ou un officier qui obéissait à l'ordre implicite de ménager une flotte toute neuve et hors de prix ?

D'après [auteur, titre, éditeur, année, p. 00-00].

Les lendemains du Texel

Le Texel a fait plus de dégâts dans l'alliance que dans les flottes. Les Anglais ont vu l'escadre française rester sous le vent pendant des heures et en ont conclu que Louis XIV les faisait saigner à sa place. L'opinion londonienne, déjà hostile à une alliance avec une France catholique, bascule. En février 1674, le traité de Westminster fait sortir l'Angleterre de la guerre et laisse la France seule.

Côté français, l'affaire tourne au scandale. Le marquis de Martel, l'un des chefs de division de d'Estrées, rédige un mémoire accusant son amiral de s'être dérobé et d'avoir empêché ses subordonnés de combattre ; il le paie d'un séjour à la Bastille. La querelle est restée un classique de l'historiographie navale française. Les uns voient en d'Estrées un courtisan incapable. Les autres rappellent que Colbert et le roi avaient ordonné de préserver la flotte, cette marine toute neuve dans laquelle on avait englouti des millions.

[À DÉVELOPPER : quelle position prend Tourville dans l'affaire Martel ? C'est le moyen le plus simple de le remettre dans cette partie du récit]

La Sicile

En 1675-1676, il fait campagne en Sicile, où la France soutient la révolte de Messine contre l'Espagne [ENCADRÉ : la révolte de Messine]. Sous Duquesne, il combat à Alicudi en janvier 1676, puis à Agosta en avril, où Ruyter est mortellement blessé [RENVOI : Duquesne]. En juin, il se bat à Palerme, sous les ordres de Vivonne. C'est en Sicile que Tourville se fait un nom. Il est promu chef d'escadre en 1677 [À VÉRIFIER].

[À DÉVELOPPER : ton texte dit que « c'est là que Tourville se fait un nom », mais l'épisode tient en une ligne. Il faudrait au minimum raconter Palerme (2 juin 1676), où il joue un rôle de premier plan. À vérifier]

Entre deux guerres (1679-1689)

En 1679, il commande une escadre de quatre vaisseaux et s'échoue à Belle-Île [À VÉRIFIER : il s'agirait plutôt du naufrage du Sans-Pareil pendant une tempête, dont Tourville réchappe de justesse. Si c'est bien cela, la scène mérite d'être écrite].

En 1682 et 1683, il participe aux bombardements d'Alger, puis, en 1684, à celui de Gênes, sous les yeux de Seignelay embarqué en personne [RENVOI : Duquesne ; encadré Seignelay] [À DÉVELOPPER : une phrase sur les galiotes à bombes de Renau d'Élissagaray, grande nouveauté technique].

[À DÉVELOPPER : cette décennie tient en trois lignes, alors que c'est elle qui fait de lui un amiral. Il manque sa promotion comme lieutenant général (1682 ?), le bombardement de Tripoli (1685), celui d'Alger avec d'Estrées (1688), sa nomination comme vice-amiral du Levant (1689) et le passage d'une escadre de Toulon à Brest en 1689. Tout cela est à vérifier]

[ENCADRÉ manquant : la Glorieuse Révolution de 1688 et la guerre de la Ligue d'Augsbourg. Sans ce contexte, le lecteur ne comprend ni pourquoi la France combat les Anglais ni ce que Jacques II fait à La Hougue]

[À DÉVELOPPER : son mariage en 1690 avec Louise-Françoise Lambert d'Herbigny, à vérifier. Il n'en est question nulle part, alors que la note finale évoque un fils]

Béveziers, 10 juillet 1690

Le ministre

L'autre Colbert

Jean-Baptiste Colbert, marquis de Seignelay (1651-1690)

On le réduit volontiers à un « fils de » : un héritier fastueux et arrogant, installé par son père dans une charge taillée pour lui. C'est injuste. De 1683 à 1690, Seignelay est le ministre de la Marine le plus actif du règne, et la flotte qui combat à Béveziers est au moins autant la sienne que celle de son père.

Un apprentissage sur le terrain

Né à Paris le 1er novembre 1651, il est formé par Colbert avec une rigueur de maître d'école. En février 1669, à dix-sept ans, il obtient la survivance des charges paternelles — il ne s'agit pas de la seule Marine, mais d'un secrétariat d'État qui réunit la Marine et la Maison du roi. Puis vient l'école du terrain : Rochefort en juillet 1670, la Provence et ses galères en 1671, enfin l'Italie, la Hollande et l'Angleterre, dont il rentre en janvier 1672. Son père lui a remis des instructions minutieuses : noter les méthodes de construction, l'organisation des chantiers, la tenue des magasins. Le 23 mars 1672, il est admis à seconder Colbert. Il travaillera onze ans dans son ombre avant de lui succéder à sa mort, le 6 septembre 1683.

Un ministre qui embarque

En mai 1684, il fait ce que presque aucun ministre n'a fait avant lui : il monte à bord. Devant Gênes, coupable d'avoir armé des galères pour l'Espagne, il assiste en personne au bombardement de la ville par les galiotes à bombes de Duquesne et conduit lui-même les pourparlers. L'année suivante, le doge doit venir s'humilier à Versailles, un fait sans précédent. À l'été 1689, il est à Brest pour hâter la jonction des escadres et presser l'armement de la flotte. [vérifier la durée exacte du séjour à Brest et s'il pousse jusqu'à Toulon]

Le législateur de la marine

Son grand œuvre est l'ordonnance pour les armées navales et arsenaux de marine du 15 avril 1689. Elle fixe dans le détail tout le fonctionnement de la marine de guerre : hiérarchie, discipline, service à bord, arsenaux, constructions. Elle restera le socle du droit de la marine française jusqu'aux grandes refontes de la fin du XVIIIe siècle. [préciser jusqu'à quelle réforme exactement — 1765 ? 1786 ?] Il consolide aussi le système des classes, qui recense les gens de mer du littoral pour armer les vaisseaux du roi, et développe la formation des officiers dans les compagnies de gardes de la marine. Sous son ministère, la flotte atteint son apogée : de dix-huit vaisseaux en 1660, la marine du roi est passée à cent vingt-cinq.

17 ansson âge à la survivance de la charge, en février 1669
18 → 125vaisseaux du roi entre 1660 et 1690
39 ansson âge à sa mort, quatre mois après Béveziers

L'outre-mer aussi

Le secrétariat d'État à la Marine administre alors les colonies. C'est sous son ministère que paraît, en mars 1685, le Code noir, préparé du temps de son père, qui réglemente l'esclavage aux Antilles. C'est lui encore qui appuie en 1684 l'expédition de Cavelier de La Salle vers l'embouchure du Mississippi.

Contre Louvois

Toute sa carrière est un duel avec le clan Le Tellier-Louvois, qui tient la Guerre et pousse le roi vers les campagnes terrestres. L'affront est d'emblée personnel : à la mort de Colbert, c'est Louvois qui hérite de la surintendance des Bâtiments du roi. À la vieille rivalité des deux familles s'ajoute surtout une opposition de fond. Louvois voit dans la flotte un gouffre financier, Seignelay y voit l'instrument qui peut abattre la Hollande et l'Angleterre. Quand éclate la guerre de la Ligue d'Augsbourg, il obtient de soutenir Jacques II en Irlande et de jouer la carte d'une grande bataille navale. En 1689, le roi le fait ministre d'État et l'appelle au Conseil d'en haut : une consécration que son père avait attendue bien plus longtemps.

L'homme

Il a le goût du faste que son père n'avait pas. À Sceaux, hérité de Colbert, il donne des fêtes somptueuses : le 16 juillet 1685, il y reçoit Louis XIV et Mme de Maintenon avec l'Idylle sur la paix, un texte de Racine mis en musique par Lully. Ses contemporains le disent brillant, dur et orgueilleux, capable de travailler des nuits entières puis de disparaître dans les plaisirs. [chercher ici le portrait qu'en donne Ézéchiel Spanheim dans sa Relation de la cour de France, 1690 — le texte est en ligne sur Gallica et contient une notice développée sur Seignelay]

En 1690, déjà rongé par la maladie, il veut la victoire qui forcera la paix. Béveziers sera sa bataille — et sa dernière : il meurt le 3 novembre 1690, deux jours après son trente-neuvième anniversaire.

D'après [auteur, titre, éditeur, année, p. 00-00].

Un ministre qui joue sa dernière carte

Le projet ne vient pas de Tourville mais de Seignelay, conseillé par l'intendant de Bonrepaus et rongé par la maladie qui l'emportera quatre mois plus tard. Le ministre veut une victoire navale, une vraie, de celles qui forcent une puissance à signer la paix. Les instructions sont ambitieuses jusqu'à la démesure : conquérir la maîtrise de la mer, détruire les forces ennemies, attaquer les rades britanniques. La sortie est fixée au 1ᵉʳ mai.

Elle n'aura pas lieu le 1ᵉʳ mai. Malgré tous les efforts de Tourville, les équipages manquent, et la flotte n'est prête qu'au début de juin. Puis le vent refuse. L'armée navale ne quitte Brest qu'à la fin du mois, renforcée par les dix vaisseaux que Châteaurenault vient d'amener de Toulon. Elle compte alors soixante-dix vaisseaux de ligne, dix frégates, dont l'Alcyon, commandée par un capitaine dunkerquois nommé Jean Bart, et vingt brûlots. Elle aligne en tout 4 122 bouches à feu [À VÉRIFIER]. Trente ans d'arsenaux, de forêts abattues et de matelots recensés dans les paroisses du littoral tiennent là, en une seule ligne.

La rencontre

Tourville longe ostensiblement la côte anglaise. Ce n'est pas de la négligence : il veut être vu, il veut que l'Angleterre compte ses voiles du haut de ses falaises.

Un seul homme ne paraît pas impressionné. Arthur Herbert, comte de Torrington, hausse les épaules et lâche que les Français ne tiendront pas une heure devant lui. Il dispose pourtant de cinquante-six vaisseaux, 3 696 canons et 26 680 marins seulement, et il sait parfaitement qu'il est le plus faible. Il envisage d'ailleurs de se replier dans la Tamise. Il faudra un ordre écrit de la reine Marie II pour qu'il se résolve à combattre.

Le 5 juillet, les éclaireurs français découvrent la flotte alliée mouillée au large de Beachy Head, que les Français appellent Béveziers, près de la plage de Pevensey où Guillaume le Conquérant avait pris pied six siècles plus tôt.

Le 10 juillet, sept heures du matin

Le vent de nord-est est faible, le cap au nord-ouest, et les deux lignes sont sensiblement parallèles. L'avantage du vent est aux alliés.

À l'avant-garde française se tient Châteaurenault, sur le Dauphin-Royal et ses cent dix canons ; devant lui, en tête de ligne, le marquis de Villette sur le Conquérant. Ils ont en face d'eux les vingt-deux vaisseaux hollandais d'Evertsen. Au centre, Tourville, en cuirasse sur la dunette du Soleil-Royal [À VÉRIFIER : 98 canons ; on lui en attribue souvent 104], fait face à Ashby et à Torrington lui-même. À l'arrière-garde, Victor-Marie d'Estrées, sur le Grand, s'aligne devant Delaval.

À neuf heures, les avant-gardes se canonnent vivement. À neuf heures et demie, les arrière-gardes s'engagent à leur tour, et le feu court le long des deux lignes, du nord au sud.

À dix heures, Ashby attaque le centre français. Il est sévèrement repoussé par le Soleil-Royal et les vaisseaux qui l'encadrent.

L'étau

Vers onze heures intervient la manœuvre qui décide de la journée. La division de Villette remonte obstinément la ligne ennemie malgré le vent contraire et parvient à passer au vent des Hollandais. Evertsen est désormais pris entre deux feux, avec des Français au vent, des Français sous le vent, et aucune issue.

Torrington, Ashby et Delaval comprennent ce qui se joue. Ils font remorquer leurs vaisseaux par leurs chaloupes, à force de rames, vers le vent et hors de portée des canons français. C'est prudent, peut-être sage, et cela laisse les Hollandais seuls dans l'anneau.

Tourville referme l'étau sur la division Evertsen. Des heures durant, les vaisseaux des Provinces-Unies encaissent sans rompre. Ils sont démâtés les uns après les autres, jusqu'à n'être plus qu'un chapelet d'épaves qui tirent encore.

La mer immobile

À seize heures trente, deux choses arrivent en même temps : le courant se renverse et le vent tombe.

Les Anglo-Hollandais mouillent aussitôt. Les Français les imitent trop tard, après avoir dérivé loin de l'adversaire. La bataille est finie, non parce qu'un camp a cédé, mais parce que la mer a cessé de la permettre.

Le bilan de la journée est sans appel : aucun vaisseau français n'est hors de combat, la plupart des vaisseaux hollandais sont désemparés, tandis que les Anglais, restés à distance, s'en tirent avec des avaries [correction : ton texte les disait « gravement avariés », ce qui contredisait leur repli hors de portée].

La nuit et la poursuite manquée

À neuf heures du soir, profitant du renversement de la marée et du retour de la brise, Torrington fait route à l'est. Tourville hisse le signal de chasse, mais dans l'obscurité ni d'Estrées ni Châteaurenault ne l'aperçoivent. La poursuite ne commence que le lendemain et ne dépasse pas le pas de Calais, faute de pilotes [À VÉRIFIER : on reproche souvent à Tourville d'avoir poursuivi en gardant sa ligne de bataille au lieu de lancer une chasse générale. Vois ce qu'en disent tes sources].

Les Anglais se réfugient dans la Tamise, les Hollandais dans la Meuse.

Villette, détaché pour couper la retraite à sept navires désemparés qui cherchent à gagner Portsmouth, achève le travail. Un trois-ponts hollandais se jette à la côte sous le cap Béveziers. Cinq autres tentent de doubler le cap, sont poursuivis, s'échouent près de Rye et sont incendiés par leurs propres équipages. Dans sa lettre du 15 juillet à Seignelay, Villette recommande les officiers de sa division, qui se sont bien conduits [correction : ton texte disait « le lieutenant général », ce qui était ambigu].

Tourville croise quelques jours à l'entrée du pas de Calais, puis entre en rade du Havre pour y débarquer deux mille huit cents blessés.

La plus belle victoire, et la plus vaine

Une dizaine de vaisseaux alliés, presque tous hollandais, ont été détruits ou brûlés, et Tourville n'en a perdu aucun [À VÉRIFIER : ton texte donnait trois chiffres différents, « une quinzaine de bâtiments dont neuf vaisseaux de ligne », « une dizaine » et six navires dans l'épisode de Villette. Choisis-en un et tiens-t'y]. C'est la victoire navale la plus nette de tout le règne, et la seule fois où le pavillon blanc règne seul entre Ouessant et les Dunes.

Les Anglais ne s'y trompent pas : Torrington est enfermé à la Tour de Londres. Il passera en cour martiale, sera acquitté, mais ne commandera plus jamais.

Il ne sortira pourtant presque rien de cette victoire. Le lendemain même de Béveziers, Jacques II est battu à la Boyne par Guillaume d'Orange et s'enfuit d'Irlande pour la France [À VÉRIFIER : la Boyne, le 11 juillet 1690 selon le calendrier grégorien]. Pendant que Tourville promène sa supériorité dans la Manche, l'ordre arrive d'attaquer Plymouth. Il juge l'entreprise vouée à l'échec et se contente d'un coup de main sur Torbay, où sa flotte brûle Teignmouth : quelques maisons et quelques barques de pêche, dérisoire monnaie d'une telle journée [À VÉRIFIER : dates. Ton texte place Torbay au 12 août, alors que Teignmouth est généralement daté du début d'août. J'ai fusionné les deux épisodes, qui n'en font qu'un]. Il rentre à Brest le 18 août, rapatrie les troupes d'Irlande et désarme le 1ᵉʳ septembre une flotte épuisée.

La flotte ennemie n'a pas été détruite, et aucune armée n'est prête à embarquer : pas de plan de débarquement, pas d'argent pour tenir la mer un été de plus. La France a gagné la mer et perdu la guerre du même été.